D’amour et d’eau fraîche ?

Ce dimanche je me suis lancée dans l’élaboration des relevés royalties des artistes du label, moi incluse. L’occasion de faire un petit point comptabilité aussi, un an après notre création, afin de savoir ce qu’on a dépensé pour chacun de nos artistes, et ce qu’on a gagné sur les ventes physiques et sur le digital. Autant vous dire que je n’avais jamais fait ça avant ce soir, m’attardant rarement sur mes propres relevés, par incompétence ou par flemme, mais surtout par désenchantement.

Je voudrais vous faire une démonstration (un peu) simplifiée concernant la rémunération sur le digital qui aura certainement de l’écho auprès de ceux qui achètent des disques et consomment de la musique en streaming, comme moi.

– My Dear Recordings a vendu 106 albums de « Highline » (toutes plateformes confondues), et le label a encaissé 135€ net (après part du distributeur).

– L’album « Highline » a été streamée  212 000 fois (tout titre et toute plate-forme confondus, Youtube incluse), et My Dear Recordings a encaissé 194€ net (après part du distributeur).

– L’album « Highline » a donc généré 329€ de recettes nettes pour le label qui applique un taux de royalties très enviable à ses artistes, puisque sur le digital il leur reverse 50%, sans abattement.

À ce jour, en tant qu’artiste signé sur My Dear Recordings, j’ai gagné 164,50€ sur l’exploitation digitale de mon disque. Un disque dont la production a coûté environ 15 000 euros.

Est-il besoin de commenter?

Que je porte la casquette de fondatrice de label ou d’artiste indé, je m’insurge de la même façon. Les revenus issus du digital ne permettent pas aux petits labels d’investir pour soutenir leurs artistes, et à moins d’exploser les compteurs, aucun artiste ne peut s’y retrouver, même quand les contrats sont honnêtes.

Du coup, les labels indés s’accrochent au format physique, qui demeure encore le plus rentable. Au moins les calculs sont clairs : on connaît le prix de la fabrication d’un cd ou d’un vinyle, la marge de son distributeur, et en produisant de petites quantités, on peut s’y retrouver, même si il faut souvent ramer pour écouler ses stocks.

Mais à qui profite donc cette révolution technologique qui a changé les usages et les habitudes de consommation de la musique et qui a considérablement rapproché l’artiste de son public? Elle devrait pourtant permettre à tous les acteurs de s’y retrouver. Regardez à nouveaux les chiffres ci-dessus.

Quand allons nous prendre nos responsabilités et ruer dans les brancards? Qui d’autre que nous — artistes, micro labels, producteurs engagés, public outré — pour changer ces pratiques? Comment pouvons-nous espérer alimenter la diversité culturelle quand de telles aberrations subsistent?

Vous l’avez deviné, je suis agacée.

La voix de la raison

Depuis quelques mois je me suis rapprochée de la GAM, l’association qui porte la voix des artistes de la musique en France. Fondée il y a 4 ans (5 en février prochain), à l’initiative de Kent, Issam Krimi, Axel Bauer et Suzanne Combo, l’organisation est force de propositions afin de faire valoir les interêts des artistes (auteurs, compositeurs et interprètes), confirmés ou en développement, auprès des institutions. Il y a encore 6 mois, je ne savais pas que la Gam existait, et pourtant, maintenant que je la fréquente, elle est d’une évidence déconcertante. Hélas, trop peu d’artistes la connaissent.

Pourquoi les artistes français peinent-ils ainsi à se regrouper ? En Angleterre, la Fac (Featured Artists Coalition) existe depuis 2009 et bénéficie d’une visibilité enviable grâce à certains membres de son bureau tels que Annie Lennox, Imogen Heap ou Fran Healy (Travis). Pourquoi sommes nous si réticents à partager nos inquiétudes et mettre en commun notre expertise?

Mercredi dernier, j’ai assisté à la keynote d’Imogen Heap au MaMA. J’aime bien cette artiste, son petit côté nerd m’a toujours plu. Elle a été la première à expérimenter la sortie d’un de ses singles en utilisant la technologie blockchain (Ethereum) via Ugo Music en 2015. Même si je n’y comprenais absolument rien à l’époque, cela m’avait paru diablement cool.
Au delà de l’originalité de la démarche, l’idée était aussi de montrer comment cette technologie permet de rendre la chaîne de valeur transparente entre le fan et l’artiste. En se passant d’une multitude d’intermédiaires qui rendent la distribution de la rémunération opaque, le fan sait exactement où va son argent, et l’artiste sait qui reçoit quoi, selon les termes et pourcentages des contrats définis au préalable. L’expérience a eu un succès relatif, car ce sytème demeure encore très mystérieux pour l’utilisateur lambda. Même si’ il est de plus en plus médiatisé, et que d’autres artistes s’y frottent (RAC), il s’apparente encore à un autre monde.

Pourtant, ce qui m’a enthousiasmée lors de cette conférence, c’est l’engagement vigoureux de l’artiste anglaise, totalement en accord avec son temps, et pour le bien de tous. Car cette bataille pour une chaîne de valeur transparente bénéficierait évidemment à l’ensemble des acteurs de notre écosystème et permettrait d’assainir définitivement une industrie en décrépitude, et dramatiquement inégalitaire. Nous, artistes, avons besoin de labels, de distributeurs, et d’une multitude de partenaires pour nous développer et nous faire connaître. Hélas, la valeur que nous créons est dissoute dans un système opaque dont nous ne tirons aucun bénéfice.

Défendre ses droits, et prendre position contre un système injuste n’est pas synonyme d’isolement. J’ai moi-même monté mon label avec un ami artiste, et je travaille avec des artistes en arborant la casquette de productrice. Je n’ai absolument rien contre les labels et les producteurs, certains artistes peuvent s’en affranchir, d’autres non, selon les parcours, le moment, et les personnalités. Reconstruire la confiance entre le producteur et l’artiste fait partie des enjeux centraux. Cette relation est hélas aujourd’hui très abîmée : personne ne regarde plus loin que le bout de son nez, et les comportements des uns méprisent les problématiques des autres, sans jamais s’intéresser à l’interêt général.

Je ne sais pas si l’immobilisme des gros artistes français est lié à une inquiétude – celle peut-être de froisser les producteurs – ou si elle s’explique par un simple désintérêt. Je le trouve regrettable, car ces derniers pourraient porter de façon très convaincante la parole de tous les autres, forts de leur crédibilité dans l’industrie et de leur visibilité médiatique. De plus, cela serait un élégant travail de transmission auprès des plus jeunes générations.
Mais à vrai dire, je comprends encore moins l’inertie des plus petits et des plus jeunes. Eux qui incarnent si parfaitement le statut d’Artiste-entrepreneur et qui maîtrisent l’ensemble des aspects de leur métier. Ne devraient-ils pas s’insurger de la façon dont l’industrie dysfonctionne?

Combien de mes amis artistes ne regardent plus leur relevé de royalties sur le streaming, estimant la bataille perdue d’avance ? Je comprends ce sentiment, mais je refuse de m’y abandonner. Peut-être est-ce seulement après quelques étapes clés et un lot de désillusions que l’engagement apparaît soudain si vital, si urgent.
Je crois pourtant que l’action ne doit pas découler de la seule colère.
Puisse ce combat trouver ses racines dans un idéal solide et plein de bon sens, mené par tous les artistes et créateurs : petits, grands, jeunes, confirmés, vous et moi.

À bon entendeur.

Let’s make a record

Dans deux mois sortira Highline, mon troisième album.
Ce fut une longue aventure qui a commencé il y a presque trois ans, et que je voudrais vous raconter ici.

Farewell Bandit

Après le Bandit, sorti en 2013, disque horriblement difficile à faire, et qui en porte sans doute la trace, les perspectives semblaient très réduites. Le disque eut une durée de vie minimum et j’en ai vendu très peu. A peine quelques centaines. Je n’ai pas échappé à la difficulté du deuxième disque et même si je l’avais pressenti, c’est arrivé, comme à tant d’autres avant moi.
Mais que faire après cette déconvenue?

Le label ne m’avait pas encore quittée, mais j’anticipais. C’était quasi inéluctable, même si j’espérais une autre issue. En attendant le couperet, j’écrivais beaucoup. Fallait-il vraiment que je m’acharne? Sans répondre à la question, je m’acharnais.

Quelques mois plus tard, j’obtins une nouvelle avance éditoriale, ce qui laissait logiquement présager que nous nous dirigions ensemble vers un troisième album. Mais en novembre 2014 et après de nombreuses hésitations, le label se décida enfin et ne valida pas l’option. Désolée Pam. Merci. Au revoir.

J’avais trop travaillé sur ces nouveaux titres et trop engagé l’investissement de tout un groupe pour envisager d’en rester là.

  

Formule magique

J’ai donc passé les mois suivants à chercher des idées, à aller voir des amis en studio, à demander des devis, à guetter le salut à New York, à écrire encore et toujours, échanger des démos, rencontrer tout le monde et personne, écouter les conseils des uns et ceux des autres, afin d’avoir assez d’informations pour me décider enfin. Mais comment diable faire ce disque?
Une chose était sûre cette fois, je voulais déléguer davantage et travailler avec un producteur. Sur ’Bandit’ j’avais voulu ne rien changer à la formule du 1er album, mais sans réel succès car les ingrédients étaient différents. Pas question de refaire la même erreur. Je devais prendre mon temps : un véritable calvaire pour une impatiente de ma sorte.

Hélas, je ne trouvais pas la solution. Tout était confus, et comme souvent, lorsque la réponse traîne et ne s’impose pas d’elle même, je fouille le passé et y cherche les certitudes et les inchangés.
C’est ainsi qu’en rangeant mes disques un matin, j’ai retrouvé l’album du groupe Jordan. Ces trois garçons faisaient une sorte d’emo rock noise et étaient dans la même structure promo que moi dans les années 2000. Ce n’était pas totalement mon genre de musique, mais j’aimais bien leur esthétique. Ils arboraient de belles fender mustang et j’avais beaucoup aimé le son de leur disque, au point d’en avoir un souvenir assez précis. Je savais qu’ils avaient enregistré à San Francisco avec un certain Jay Pellicci. Ils racontaient leur périple et leur expérience avec avec un tel enthousiasme que ça m’avait beaucoup impressionnée à l’époque.
Bingo.
Tout s’éclairait. Jay existait toujours, Jay enregistrait toujours, je décidai donc d’écrire à Jay. Sa réponse fut rapide et toutes ses remarques sur les chansons me plaisaient. Aussi, il semblait partant pour relever le challenge de l’enregistrement dans une maison à la campagne. Tout commençait enfin à se préciser et j’y voyais beaucoup plus clair.

Le périple

Nous avons donc enregistré dix jours en juin 2015 dans une grande et vieille maison du sud de la France. L’enregistrement s’est très bien passé malgré un épisode de canicule redoutable. Jay était très assidu à sa tâche; il réglait les caisses claires et les toms avant chaque morceau, choisissait les amplis sur lesquels nous devions jouer, réglait nos pédales d’effets… Les conditions rendaient l’exercice compliqué. Il faut s’imaginer une grande maison, avec des pièces transformées en studio juste pour l’occasion, et des kilomètres de câbles dévalant les escaliers pour relier un micro et un ampli.
Epique, et esthétique, mais pas vraiment pratique.

Lorsque les prises furent enfin terminées, je devais rejoindre Jay à San Francisco et Oakland pour mixer dans son studio, puis rejoindre New York pour masteriser l’album à Sterling Sound avec Steve Fallone.

Même si les chansons qui constituent l’album ont été écrites bien avant ce voyage, ‘Highline’ a trouvé sa couleur lorsque nous l’avons mixé en Californie. Pendant que Jay travaillait sur les titres, j’explorais San Francisco en solitaire, puis en fin d’après-midi je prenais le Bart pour rentrer à Oakland et faire les retouches en studio avec lui.
Il y a beaucoup d’errances et de déambulations sur ce disque. Des errances mentales et sentimentales, à l’image des heures de marche solitaire dans la poussière désertique de la Californie, ou du mouvement frénétique de l’hyper densité New Yorkaise.
Je suis restée un mois aux Etats-Unis cet été-là.

Le master finalisé, je suis rentrée à Paris, trois bandes ATR 1,4’’ sous le bras et une valise remplie de disques vinyles chinés au cours du voyage. L’analogique pèse lourd.
Je me souviens avoir eu ce petit mouvement de recul lorsque j’ai ouvert la porte de chez moi après un mois passé loin de la France. Je voulais déjà repartir. J’ai mis plusieurs semaines à me remettre d’un violent jet lag et à apprivoiser l’idée que le disque était enfin terminé.

La traversée

Mon objectif était de signer une licence avec un label pour pouvoir sortir l’album dans de bonnes conditions. À la rentrée 2015, j’ai rencontré Elodie, ma manageuse, qui m’a aidée à faire les démarches, et m’a mise en relation avec divers professionnels. J’ai contacté à peu près tous les labels indépendants de France et de Navarre, de Suisse, Belgique et d’Allemagne, et tous les tourneurs qui existent sur le territoire (and beyond). Mes requêtes étaient toujours personnelles et ciblées. J’écoutais le catalogue du label ou du tourneur pour savoir si j’y aurais ma place. Lorsque réponse il y eut, ce fut presque toujours la même : « J’ai bien écouté l’album, il est vraiment très bien, mais on ne va pas pouvoir s’engager avec toi sur ce projet, on a déjà trop de travail avec nos artistes ». Une fois. Deux fois. Dix fois. Trente fois. Cent fois.
Parfois il y a même eu des rendez-vous. Un. Puis deux. Très bon contact. Réel interêt. Ah mais non. Finalement non.
Cela en devenait comique.

L’année se passa ainsi, à frapper aux portes, sans succès, mais aussi à reconstruire un projet live, avec Eva – nouvelle venue dans l’aventure -, Pierre et Ernest, mais sans Igor, qui avait décidé de définitivement quitter le navire.
Je n’ai jamais autant aimé jouer sur scène qu’avec ce nouveau groupe. Je n’avais jamais fait l’expérience de cela avant eux, c’est une sorte d’évidence. Je ne sais pas si c’est lié à l’expérience ou si c’est autre chose. Mais c’est très émouvant.

D’une certaine façon, tous ces morceaux que vous découvrirez bientôt ne m’appartiennent plus. Le seul moment où je suis intimement liée à la chanson est celui de l’écriture. Ensuite, lorsque le morceau est enregistré, même si ce n’est pas de façon définitive, il devient une matière molle, comme une pâte à modeler qu’il faut façonner de la meilleure façon au gré des arrangements. Tout le groupe participe à ce processus. Ensuite, sur scène, on interprète à l’infini cette matière. Chacun y met quelque chose de spécial et de personnel. Je ne sais pas comment l’exprimer convenablement, mais c’est très beau. Il y a une sorte d’abandon à la chanson, parce que chacun y trouve une résonance singulière dans sa propre histoire et l’interprète. Je ne savais pas que c’était possible de faire l’expérience de cela avec des musiciens. C’est un peu comme certaines histoires d’amour dont on sait qu’elles n’auront jamais d’équivalent.

Cette traversée du désert (californien) fut éreintante. Subir ces refus répétés me fit mal, au point de vouloir tout arrêter. Il y a un an, je ne voyais plus aucune solution. Je n’avais plus de fonds, plus de perspectives, et plus d’énergie pour avoir envie. J’ai passé un week-end terrible à ranger toutes mes guitares les larmes aux yeux, et en me disant que c’était terminé, qu’il fallait que je grandisse et trouve un vrai travail.

Le salut

Au printemps dernier, la rencontre avec Julien Le Nagard – guitariste, réalisateur -, a été déterminante puisque nous avons monté My Dear Recordings ensemble. La création de ce label était la pièce manquante du puzzle à bien des égards. Ce label a redonné du sens à toute ma démarche.

Dans la musique électronique ils avaient compris bien avant tout le monde que pour survivre il fallait supprimer les intermédiaires entre l’artiste et le public. Dans la pop ou le rock les choses ont pris plus de temps. On pensait qu’on avait d’autres ressources, et que le milieu de l’electro raisonnait de cette façon parce c’était un marché de niche. C’est exact. Mais à vrai dire, le rock indé l’est aussi. Aujourd’hui, chaque groupe constitue un marché de niche à lui tout seul.

Un de mes amis de lycée a monté son label electro il y a plus de 10 ans alors que je commençais juste à écrire les chansons de ce qui deviendrait mon premier EP. Son label existe toujours et va plutôt bien. Il sort uniquement des vinyles et presse ses sorties à 1000 exemplaires. Il signe des licences ultra simplifiées et souples avec les artistes et cela fait dix ans qu’il existe. Il ne perd pas d’argent et a même une certaine réputation dans le milieu de l’electro minimale; certains artistes rêvent de signer chez lui.

Mieux vaut tard que jamais. Dix ans après, lassée de recevoir 0,0002€ de royalties sur le streaming (et le reste), et vexée de ne pas toucher mes droits Sacem pour cause d’avance éditoriale non remboursée, j’ai pensé qu’il était grand temps d’imiter mon ami.
Le constat est simple : à partir du moment où les artistes vendent moins de disques, il est impossible d’appliquer les mêmes règles qu’à l’époque où l’on vendait des millions d’albums. Il ne peut pas y avoir 12 intermédiaires entre l’artiste et son public, qui prennent chacun leur part, si les quantités vendues sont de l’ordre de 500 disques. C’est suicidaire. Il faut réfléchir autrement et à toute petite échelle.
C’est cette évidence qui nous a poussés, Julien et moi-même, à monter ce label, et c’est ce système qui j’espère nous permettra de sortir une multitude de beaux albums.

Après avoir déposé les statuts de notre SAS et signé avec le jeune distributeur Kuroneko, la label était né : quatre groupes déjà, tous des amis, et une release party de toute beauté. Puis les premières sorties, des cassettes fabriquées à la main, deux EP, des disques, une boutique en ligne, et même un nouveau venu dans l’équipe, David, qui gère d’une main de maître le shop et le merchandising.
Tout est allé assez vite finalement.

Bon vent

Quelle aventure !
«  Highline », est le résultat de trois ans de travail. Un travail qui m’a fait porter les casquettes d’auteur, compositeur, arrangeur, productrice, réalisatrice, commerciale, label manager, PR, directeur artistique, entrepreneur, tour manager, community manager… J’ai adoré porter tous ces chapeaux, et même si ce fut parfois dans l’adversité, mener à bien un tel projet est extrêmement gratifiant.

C’est une grande fierté pour moi d’attendre avec impatience cette sortie, comme si c’était la première de ma vie. La première sur mon label, la première d’une autre manière, la première sans le moindre regret.
C’est aussi la première fois que je n’attends rien, sinon partager ce disque avec vous. Et c’est très agréable. Attendre, sans rien attendre.

To stream or not to stream ? Impressions

J’ai mis du temps à sauter le pas, mais ça y est je me suis abonnée à Spotify.

Pourquoi Spotify et non Tidal ou Apple Music, ou encore Deezer? Je ne sais pas. En grande partie parce que j’avais envie de varier les plaisirs, ne pas avoir un mac tout Apple, et parce que j’en avais assez de ne pas pouvoir écouter les playlists Spotify des artistes que j’aime.

Ce qui m’intéresse ici n’est pas la part ridicule reversée à l’artiste ou le fonctionnement économique du système, mais la façon dont le streaming modifie nos habitudes d’écoute.

Jusqu’à il y a un mois, je n’étais abonnée à aucun service de streaming. Mon téléphone était rempli de mp3 que je téléchargeais consciencieusement à partir des cartes de download récupérées dans les vinyles. Je n’achète plus de cds depuis des années, mais beaucoup (trop) de vinyles. Je n’écoute pas de musique dans la rue ou dans le métro, je n’ai pas de casque Beats ou Marshall à 300 euros, et mes habitudes étaient jusqu’alors assez old school. Je découvrais des artistes par recommandation, ou par le net, sur des sites spécialisés, fouillais sur youtube ou sur le site de l’artiste pour en savoir un peu plus sur son actu, ses projets, et si j’amais, j’achetais le vinyle. Parfois même aux US, directement auprès des labels, quand les artistes n’étaient pas disponibles en Europe, et tout en me délestant de 30 euros de frais de ports. Mais toujours avec le sourire et la certitude d’avoir soutenu un groupe indépendant de qualité et donc d’avoir fait avancer l’humanité dans le bon sens.

Puis j’écoutais ensuite le vinyle chez moi, au calme.

Spotify m’a obligée à changer un peu ces habitudes. Tout d’abord j’ai acheté un connecteur bluetooth pour pouvoir piloter facilement l’appli de mon tel ou mon ordi et profiter du plaisir de mon système de son sans envahir mon appartement de cables. Quand ça marche c’est plutôt pas mal.

Alors, un nouveau monde s’est ouvert à moi et j’ai erré dans l’immensité du catalogue Spotify.

Cette errance m’a permis d’écouter beaucoup de musique, beaucoup plus que d’habitude. A force de rebondir sur une suggestion de l’algorithme, d’écouter les playlists, d’aller fouiller chez mes contacts et espionner leurs préférences, j’ai perdu un temps précieux, fait quelques découvertes, mais en vérité, rien de véritablement marquant.

Le streaming rend passif et fainéant. Ma platine ne tourne plus, mais j’écoute tout, beaucoup, ce qu’on me suggère, ou ce qu’on ne me suggère pas, des albums anciens, des nouveaux, je découvre des artistes que m’étaient inconnus, et mon cerveau ne fait absolument plus la part des choses. Je ne peux pas vous citer le nom d’une seule découverte.
J’écoute beaucoup, vite, et mal.

Oui, le streaming nous encourage à une consommation quantitative et non qualitative, il n’y a aucun doute. L’immensité de l’offre n’est absolument pas contrebalancée par une démarche artistique des plateformes. Il y a certes des recommendations, par style, mais elles tombent à côté de la plaque une fois sur deux parce que c’est un robot qui applique son algorithme en fonction des albums écoutés par l’utilisateur, du temps passé sur tel ou telle page, de la vitesse à laquelle ce dernier à zappé le titre etc. L’automatisation tue complètement la dimension personelle de l’acte d’écoute. C’est un gavage organisé.
On peut toujours essayer de dégotter de bonnes playlists spécialisées, mais c’est long, fastidieux, et les choses vraiment intéréssantes sont bien cachées.

Pour un consommateur avisé, cette immensité donne la nausée.

A mon sens, une plateforme de streaming devrait être comme un disquaire. On ne devrait pas tout avoir à dispo, mais chaque plateforme devrait obéir à une ligne artistique. Aussi les fans de jazz, soul, musique du monde iraient plutôt chez untel et les mordus de pop rock indé plutôt chez trucmuche. A cela s’ajouteraient des mises en avant censées, obéissant à une ligne artistique cohérente, comme lorsqu’un magasin de disque fait découvrir des choses à ses clients. Il y aurait des spécialistes.

Evidemment, si mon rêve se réalisait, le marché serait morcelé en une multitude de petites offres de streaming. Il y aurait les gros, bien sûr, mais on pourrait aussi aller chez les petits qui feraient un travail humain et à une échelle concevable, de défrichage et de découverte. Comme dans la vraie vie.

D’une façon plus générale, je pense qu’il faut remettre de la personnalité et de l’humain dans toutes nos entreprises, qu’elles soient commerciales, ou artistiques. Personne ne peut s’identifier à la société telle qu’elle fonctionne aujourd’hui, et ces plateformes sont un énième exemple d’un modèle vide de sens, où l’on accumule des catalogues d’oeuvres dans une immensité qui n’est pas absolument structurée.

Quelle culture musicale pourrions-nous bien nous forger en abandonnant nos oreilles à spotify et consorts?

Une culture chaotique et sans histoire, artificiellement assemblée par un robot qui, par définition, n’est pas très humain.

J’hésite à me désabonner.

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L’ Acharnement

Chers tous, ça fait un bail.
Pourtant j’ai plein de choses à vous dire, à vous écrire.
J’ai sorti un vinyle,  puis un clip, et j’ai monté un label avec plein d’artistes chouettes.
Si vous voulez en savoir un peu plus, voici une interview parue aujourd’hui sur l’excellent blog “Les Acharnés“.
L’occasion de faire un rapide résumé de mon parcours de ces dernières années, de mes péripéties, et de mes nouveaux projets.
La suite très vite.

L’ ACHARNEE DU MOIS #8

Gunshot

Un matin, une chambre d’hôtel dans un pays chaud. Un état écartelé par la guerre. Il est tôt, tout est calme. La lumière est belle et dorée. Elle se réveille et regarde son compagnon assis à la table de leur chambre écrire une carte postale. Il est photographe, ou journaliste, peu importe, mais il est là pour son travail.  Il la regarde et esquisse un sourire. Le coup retentit, la fenêtre est ouverte, il tombe de sa chaise. Un bruit sourd, et les oreilles se mettent à siffler. Puis plus rien.
C’est lui, le mort, qui raconte.

J’ai écrit ce titre pour mon nouvel album que j’ai terminé en août, et comme souvent, le texte s’est articulé autour d’images que j’avais en tête quand j’ai fredonné la mélodie.
Vendredi, trois heures après avoir posté le teaser de la vidéo que j’annonçais depuis une semaine, des assassins ont terrorisé Paris et volé la vie de centaines de personnes; une exécution planifiée et incompréhensible.
Ce titre est apparu comme une affreuse prémonition, non parce qu’il parle de terrorisme précisément, mais parce qu’il parle de la balle qui fauche. Avant elle il y a la vie et l’insouciance. Le mouvement et le langage. Puis en un instant il n’y a plus rien, juste le silence, l’absence, et le vide.

Lorsque j’étais à New York cet été j’ai beaucoup marché. J’habitais à Harlem près de l’université de Columbia. Lors d’un de mes périples, je me suis arrêtée dans un petit café, à l’angle de Broadway et de la 97e. J’ai bu un thé glacé en rêvassant, mon Olympus argentique vissé autour du cou. Un jeune garçon est venu m’aborder pour parler photo. Il s’est présenté comme photographe, monteur et vidéaste, et alors que je lui disais que j’étais française il m’a répondu dans un français parfait que lui-même était haïtien. La conversation n’a pas duré et je suis rentrée chez moi en me disant que je voulais qu’il fasse des images de New York pour ‘Gunshot’. Je l’ai contacté le soir même et nous avons décidé de filmer, sans véritable objectif, une longue balade mélancolique dans la ville. Je ne savais pas ce que j’allais en faire, mais j’étais là-bas et je voulais me souvenir. Cette ville est si belle en noir et blanc.

J’ai donc passé les jours suivants à marcher avec lui, un peu partout dans la ville, et naturellement, nous avons beaucoup parlé. Gaël vient d’une famille catholique haïtienne, sa famille habite en Floride mais lui est venu à NY il y a quinze ans. Il a servi en Iraq et s’est converti à l’Islam il y a peu.
Alors que nous partagions un avocado burger un soir, je me souviens lorsqu’il m’a dit, les yeux brillants, « I converted to Islam and I love it ».

On a tourné des images, puis je suis rentrée à Paris. Nous n’avions pas vraiment parlé depuis. Je lui avais juste envoyé le montage du lyrics une fois terminé. Le jour des attentats, dans l’heure qui a suivi les horribles événements, Gaël m’a envoyé un message sur instagram pour me demander comment j’allais. Nous avons échangé brièvement, dans la panique, et il a écrit cette phrase « Ok. Be strong! Keep G’d close. Help others keep their spirit high. Broken spirit would be victory for them. I fought against people like that. They lust over broken spirits. Keep the Faith and stay strong».

Si les mots de Gaël sont ceux d’un sage, c’est un ensemble de symboles qui se regroupent autour de cette chanson. Alors il y a ce thème, comme prémonitoire, cette mélancolie sourde, et Gaël, un musulman croyant et pratiquant, qui m’a aidé à faire ce petit film.

J’aurais pu être là-bas, avec tous ces gens. Je pense à eux, tout le temps.

One morning. A hotel room in a hot country. A state torn apart by war. It’s very early, everything is silent and the light is golden and beautiful. As she wakes up, she watches her lover sitting at the table accross their bedroom, writing a postcard. He is a photographer or a journalist, either way, he is there for work. He looks at her too and almost smiles. The shot blasts, the window is opened, he falls from his chair. A dull noise and the ears ringing. It’s over.
It’s him, the dead boy, who is speaking.

I wrote this track for the upcoming record I finished last August. As it’s usually the case, the text was built according to images and visual sequences I had in my head when I sang the melody for the first time.  And friday, three hours after I posted the teaser for the release of the video I planned weeks ago, murderers terrorized Paris and stole the life of hundreds of people : a planified and unbearable execution.
This song appeared like a terrible premonition. It doesn’t specifically talk about terrorism, but it talks about that one shot that takes life away. Before there is  innocence, movement and language. And in a glimpse, it’s all over and what’s left is absence, silence, and emptiness.

When I was in New York this summer I walked a lot. I was staying in Harlem near the Columbia University. One afternoon, I took a break in a little coffee shop at the corner of Boroadway and 97th st. I ordered an iced tea, all lost in my thoughts, my Olympus Camera hanging around my neck. A young man showed up, sat next to me and we exchanged about photography. He said he was a photographer, film editor and film maker. As I was mentionning the fact that I was coming from Paris, he answered in a perfect french that he was from Haiti. We didn’t speak much longer but as I was walking back home I thought it would be great if he could shoot images of New York for the track ‘Gunshot’. I reached out that same night and we agreed on making a video, guided by the idea that it would look like a long melancolic walk in the city. I had no idea what I would do with it, but I was out there and wanted to remember. New York is so beautiful in black and white.

So here is how I spent the following days wandering around the city with my new friend. Naturally, we ended up talking a lot : Gaël comes from a catholic family in Haïti and they now all live in Florida. He arrived in NY fifteen years ago, served in Iraq, and converted to Islam recently. I remember one night, as we were sharing an Avocado burger, he told me, with sparkles in his eyes « I converted to Islam and I love it ».

We shot the images, and I flew back to Paris. We didn’t really talk I left, only I sent him the final cut of the video when it was finished.
The day of the attacks, an hour after the awful events, Gaël sent me a message on instagram asking how I was doing. We briefly talked, as I was rushed by panic, and he wrote those words : « Ok. Be strong! Keep G’d close. Help others keep their spirit high. Broken spirit would be victory for them. I fought against people like that. They lust over broken spirits. Keep the Faith and stay strong».

Gaël’s words sound wonderfully wise, and everything about this song is symbolic. There is the theme, the heavy melancholy and Gaël himself, a convinced muslim, that helped me make this video.

I could have been there, with all those people. I think about them all the time.

Wake up
can you feel the world outside
Can you see me writing postcards
while the sun is bright
In bed, you are staring at the window
You can hear me fall, low
There’s a gunshot outside

In the papers, you never saw his face
And maybe it’s a nightmare,
Anyway it’s too late

Stand up, cause the world is still humming
It could a beginning
As the sun still shines
In bed, you’re still staring at that window
And your ears are ringing low
There’s a gunshot outside

In the papers, you never saw his face
And maybe it’s a nightmare,
Anyway it’s too late

Montage of Kurt

I finally got a chance to watch the new Kurt Cobain documentary everybody has been talking about : ‘Montage of Heck ‘. Reading Buzz Osborne interview on the Talkhouse this morning made me jump ahead. If this documentary is 99% bullshit, I had to see for myself.

Well, as a matter of fact, I didn’t like it. I haven’t learned anything, and I thought it was just a collection of sounds and images, but couldn’t see any insightful purpose behind it all.

I read Kurt’s dairy and Charles R. Cross book “Cobain Unseen” a few years ago and I knew almost everything already : how the divorce of his parents affected him deeply, the fear of humiliation, how music and the development of Nirvana structured his life for a while, his influences and surroundings, how sudden was the exposure to massive media, as well as his struggle with heroin, the fake stomach issues to justify drug medication, the shady influence of Courtney, and of course the awful ending.
What else is there to say?

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This being said, I did enjoy how the documentary was built. The animations are really great, the footage from his childhood, and some demos we can hear in the backround turned out being really inspiring. Unfortunately, the final result is nothing but a montage, and there is no convincing thread holding the images together.
Footages of Kurt and Courtney totally high while taking care of Frances Bean Cobain are terrible, and make you want to shut the whole thing down. What’s the point of showing this anyway?

It is obvious that Kurt was a smart yet fragile fellow, with a huge talent, and I do believe he is one of the finest songwriters ever. But as many others, he got crushed by success and mass exposure, and he couldn’t cope with being the leader of an entire generation. That’s basically all there is to know. There were many others like him. Celebrity and money often lead to bad influences, bad surroundings and bad people, all of this combined with drugs…well, it also usually leads to a bad ending.

Save two hours of your life for something else, you obviously don’t need to see ‘Montage of Heck’.
So there.

 

 

Cannonballs and seagulls

It’s funny how preparing a record makes you reflect on your musical identity.

When I was a teenager, I was clearly torn between the United Kingdom and the United States, between Blur and Nirvana, between Elastica and the Breeders…etc. I thought the Brits wrote killer songs but the Americans sounded better. Still makes sense for me today.

I’m listening to a lot of Breeders lately. I always loved this band, and I remember watching the Cannonball music video over and over again when the single came out. This song is such a miracle. You can tell when you listen to the entire record that this track is different from all the others. The sound is prodigious.

At the time, I already had started playing guitar. I was 11 or 12 and when my parents bought me a shitty classical guitar for Christmas. I learned a few chords and started recording songs. But I was not into acoustic things that much and I started dreaming of electric sounding guitars, of cables, distortions and amps.

Next to my my school, there was a little shop where they gave music lessons. In the shop window there was an acoustic guitar. Everytime I got out of school I would walk by the shop and stare at the guitar. It was a Seagull electro-acoustic, and it looked so beautiful compared to mine.
One day, encouraged by a friend, I entered the shop and asked if the guitar was for sale. The guy told me it was his guitar he placed in the front window so people would understand they gave music lessons but it wasn’t for sale. I asked if he was totally sure, and then he said maybe he could sell it to me.

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So that’s basically how I got my first real guitar : love at first sight. It was only a while after that I realized Kim Deal had exactly the same Seagull in the Cannonball music video, and I felt so bloody proud. Quickly after I  bought an awful 10W Park amplifier, and that’s basically how I experienced my first overdrive. The acoustic guitar was plugged into the amp and I would play alternative versions of smells like teen spirits, endlessly, until my parents told be to shut it down.
The funny thing is I learned years later that one of the reason why Cannonball sounds so special is that Kim Deal plugged her Seagull guitar in an amp in order to get this very specific distorted sound. I swear I didn’t know. But great minds think alike, right?

Anyway, I still play that guitar, and I never understood why this brand was not more popular. They are pretty cheap and sound awesome.

And the Breeders rock big time. I will never get tired of this band.

The Magic Blur

I left Blur a while ago, when I finished reading Alex James book « A bit of a Blur ». The band had exploded right in the middle of Think Tank’s recording sessions and it looked really gloomy. Damon and Graham’s relationship was such a struggle it seemed obvious fixing it would be the only key to any further Blur material.

When they reappeared in 2009 for a bunch of concerts I was wary. I thought their reunion looked genuine but I couldn’t understand why they would show off on such big stages. What was the purpose?  Although the media were getting all crazy about their comeback and the Hyde Park gigs, given the particular context, the band didn’t really made a fuss about it.
Damon kept telling the press he was not sure it would be followed by anything, and he implied the gigs were a desperate and unique attempt to work things out. It could as well be the end of it all. Of course, that was quite a tease. Everybody would want to go to the shows !
But yes, Graham and Damon finally had a chat after all these years, and felt like they could give it a try.
When you’re in a band, playing can sort a bunch of issues between egos. The thing is, those guys are not in a band, they are in Blur. One can easily understand how tricky it may be.

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As most european kids of my generation, britpop was my scene. In the nineties, it was the musical movement I adored. Blur, Elastica, or Sleeper were my favorites and they strongly influenced me. I watched MTV all day long and often went on holidays in London, Wales, or near Dublin to practice my english. I would usually spend all my pocket money in records, english music magazines or fish and chips.
Therefore, those bands were like older brothers and sisters. I watched them giving interviews, performing, and I followed their releases. They were part of my life. For some reason I thought I had a lot to learn from them and their songs, but I never really adopted a fan attitude. They were just doing the job I dreamed of, so I watched them tirelessly, trying to understand how it all worked.

Blur’s comeback was something I feared. But on the other hand, I knew the guys were smart enough, and wouldn’t reappear unless they had something valuable to share.
When the first pictures of the band working on new songs popped up on the internet I was surprised by how simple it all looked. All band members in the same room, small studio, in a total DIY atmosphere. The 30 minutes documentary that was released a few days after the release says just that : they needed to hide somewhere, jam, and it would eventually lead to a fine record. Graham obviously took the lead, and I believe that helped putting the pieces of the puzzle together.

The result is a great Blur record. It’s funny how the esthetics of it all -the cover, the chinese signs and artwork, and the songs themselves- contrast with the behind the scenes atmosphere. Mostly made of shitty iPad Videos of four guys working in a crappy studio… well, that’s not fancy at all ! Maybe fans were expecting something else, but it speaks for itself. All band members seem to be enjoying themselves and that’s all we needed to know.

I don’t want to write about the record itself. I am not a music critic. But I do like it and I think it’s a wonderful Blur record. It’s typical : great songwriting, nonchalant basslines and catchy guitar riffs with an elegant sound. Typical doesn’t mean it’s just another Blur record. It’s truly different, and there is a melancoly and solemnity about it that makes it really moving. Maybe it’s not the best record they’ve ever made, but it’s probably the most endearing one.
I feel my big brothers finally made up and it’s somehow heartwarming.

After ‘The Magic Whip’ finished spinning on my turntable, I was happy and wanted to hug those four guys and thank them for making pop music so bloody exciting.

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Girls & Bands

I was not convinced I should read Kim Gordon’s memoir. Although I do like Sonic Youth, it was never a band that fascinated me. I respected them a lot, and I bought some of their records, but I was more into Nirvana at the time, it was more pop, more visceral and spoke to me more. I always thought Sonic Youth was a bit too artsy.
Therefore, Kim Gordon was not my reference as THE woman in a band. She looked too strong, and too confident, there was something harsh about her. Maybe she was too American, too girlie. Maybe I was more into girls playing guitar and I despised bass. Maybe she was not enough of a leader. I never really thought about it, but she was not my type and I never identified with her.

When Kim and Thurston’s marriage exploded, and Sonic Youth called it a day, I felt weird. It was rather unexpected. It’s true that those two looked like a myth, it was the perfect rock and roll couple and everyone thought they couldn’t ever separate. They had been through so much already, they were in a rock band together! That had to be the biggest test ever for a relationship! But they failed, after so many years, and like most couples do, in the most pathetic way. There is no exception for rockstars, obviously. Everybody goes by the same rules.
I remember the official statement the band made for the press, it was simple, clear, and straightforward. There was no crazy media fuss about it, which I thought was elegant.
I was not a Sonic Youth fan, but those two meant something to me, and I grew up with them. Sadly, I realized how important they were to me when they separated.

‘Girl in a Band’ sounded like a good hook.
I, too, am a girl in a band after all. And whether Kim Gordon is my type or not, she is so damn cool. So I bought the book.

Autobiographies or memoirs are always interesting when you are in the music world yourself, because most of the artists now in their late 50s or 60s or even older have had unusual lives. My generation is much more formatted and trajectories often look the same. But back in the days, there were real musical movements and all those people were, if not pioneers themselves, part of something huge, something that changed the society, the music, the fashion, the way of life, and the business too. And grunge was probably the last real musical movement along with britpop. I was a teenager when it happened, I remember it all, I was watching MTV, and those bands were everywhere; on television, on the radio, on the mixtapes I made for my friends and we exchanged at school, and in my imagination too. I wanted to be like those guys. I wanted to be a girl in a band.

Kim Gordon’s book looks like an essay to me. It’s extremely insightful. As I was reading along I took a bunch of notes. She reflects about being a woman in general, and in this band in particular, about relationships, in the band, outside the band, in the business, in art, in love, in the family. It’s not a boring collection of chronological events summarizing her life. Of course, it made a lot of sense to me. Some questions I also have, some issues are simply identical because I am a woman, surrounded by guys, and expectations are somehow similar.

I was convinced Kim was a pure New Yorker, but although she was born in Rochester, NY, she was raised in California. The sunny glamorous halo surrounding her probably comes from there. But her intellectual journey really took off in New York around the no-wave movement.
What I really found fascinating is that she never really describes her job as a songwriter’s duty. It’s not about the songs, or the melodies, but mostly about the performance and the idea. For her, music, at least in the beginning, seemed to have been an artistic medium like any other. Making sound was as important as creating pictures, filming, painting, dancing or performing in any way.
It’s definitely not how I came to music, I came to music by the melody, and how it obsessed me, and by rhythmic patterns and how they appealed to me physically. It was not intellectual, at first, but totally instinctive and sensitive.
Although Kim appears as an overly sensitive person, she seemed to have found a shelter in the intellectual aspect of art. When you hide behind an idea, everything seems much easier, because that idea structures what you are doing as much as it shapes your being. It’s fully reassuring. Kim wanted to create, and it was natural for her to move into the art world. Although performing was vital for her, she doesn’t speak precisely about writing and the band’s workflow. Some songs are highlighted, and she tells the story about specific lyrics but you really understand, that despite such a raw and primitive sound, Sonic Youth’s music was guided by a highly sophisticated ambition.

Gordon also speaks as a woman, a wife and a mother, and depicts herself as insecure and fragile. She is not indecent in any way, but still manages to share a lot about herself. It’s a strong book and you sometimes feel she probably had written more than what was kept in the final version. All extracts about Kurt Cobain are amazing, their affinity was moving and it didn’t surprise me. There is something solid about her, probably linked to her social background, that makes her so wonderfully normal.
I believe one needs to have this sort of solidity to succeed in art; normal is necessary. The strength and longevity comes from that. Normal doesn’t mean boring, it’s just a structure. It means you know where you come from, and where you’re heading at, and it supposes you are not building things up randomly. It’s like a grid you can always refer to. It doesn’t protect you from everything, but I think it helps keeping you alive in a world that constantly requires you to open up, and puts a lot of pressure on you.
Kim Gordon did just that. She wasn’t really aware of herself as a rockstar. In the book you understand she somehow figured out what she represented for the kids, but it was never meaningful to her. She always had her feet on the ground. Maybe her marriage didn’t survive that normality, but I tend to believe she did, as a woman. Her career and life looks very consistent to me. She was never a girl in a brand.

Anyway, this book a must-read and Kim Gordon is obviously a smart woman. He reflections are genuinely openhearted and inspiring. It was stimulating in many ways. It’s not a rockstar’s ego-centered autobiography, but a woman’s collection of thoughts and memories. And a very valuable one.

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