To stream or not to stream ? Impressions

J’ai mis du temps à sauter le pas, mais ça y est je me suis abonnée à Spotify.

Pourquoi Spotify et non Tidal ou Apple Music, ou encore Deezer? Je ne sais pas. En grande partie parce que j’avais envie de varier les plaisirs, ne pas avoir un mac tout Apple, et parce que j’en avais assez de ne pas pouvoir écouter les playlists Spotify des artistes que j’aime.

Ce qui m’intéresse ici n’est pas la part ridicule reversée à l’artiste ou le fonctionnement économique du système, mais la façon dont le streaming modifie nos habitudes d’écoute.

Jusqu’à il y a un mois, je n’étais abonnée à aucun service de streaming. Mon téléphone était rempli de mp3 que je téléchargeais consciencieusement à partir des cartes de download récupérées dans les vinyles. Je n’achète plus de cds depuis des années, mais beaucoup (trop) de vinyles. Je n’écoute pas de musique dans la rue ou dans le métro, je n’ai pas de casque Beats ou Marshall à 300 euros, et mes habitudes étaient jusqu’alors assez old school. Je découvrais des artistes par recommandation, ou par le net, sur des sites spécialisés, fouillais sur youtube ou sur le site de l’artiste pour en savoir un peu plus sur son actu, ses projets, et si j’amais, j’achetais le vinyle. Parfois même aux US, directement auprès des labels, quand les artistes n’étaient pas disponibles en Europe, et tout en me délestant de 30 euros de frais de ports. Mais toujours avec le sourire et la certitude d’avoir soutenu un groupe indépendant de qualité et donc d’avoir fait avancer l’humanité dans le bon sens.

Puis j’écoutais ensuite le vinyle chez moi, au calme.

Spotify m’a obligée à changer un peu ces habitudes. Tout d’abord j’ai acheté un connecteur bluetooth pour pouvoir piloter facilement l’appli de mon tel ou mon ordi et profiter du plaisir de mon système de son sans envahir mon appartement de cables. Quand ça marche c’est plutôt pas mal.

Alors, un nouveau monde s’est ouvert à moi et j’ai erré dans l’immensité du catalogue Spotify.

Cette errance m’a permis d’écouter beaucoup de musique, beaucoup plus que d’habitude. A force de rebondir sur une suggestion de l’algorithme, d’écouter les playlists, d’aller fouiller chez mes contacts et espionner leurs préférences, j’ai perdu un temps précieux, fait quelques découvertes, mais en vérité, rien de véritablement marquant.

Le streaming rend passif et fainéant. Ma platine ne tourne plus, mais j’écoute tout, beaucoup, ce qu’on me suggère, ou ce qu’on ne me suggère pas, des albums anciens, des nouveaux, je découvre des artistes que m’étaient inconnus, et mon cerveau ne fait absolument plus la part des choses. Je ne peux pas vous citer le nom d’une seule découverte.
J’écoute beaucoup, vite, et mal.

Oui, le streaming nous encourage à une consommation quantitative et non qualitative, il n’y a aucun doute. L’immensité de l’offre n’est absolument pas contrebalancée par une démarche artistique des plateformes. Il y a certes des recommendations, par style, mais elles tombent à côté de la plaque une fois sur deux parce que c’est un robot qui applique son algorithme en fonction des albums écoutés par l’utilisateur, du temps passé sur tel ou telle page, de la vitesse à laquelle ce dernier à zappé le titre etc. L’automatisation tue complètement la dimension personelle de l’acte d’écoute. C’est un gavage organisé.
On peut toujours essayer de dégotter de bonnes playlists spécialisées, mais c’est long, fastidieux, et les choses vraiment intéréssantes sont bien cachées.

Pour un consommateur avisé, cette immensité donne la nausée.

A mon sens, une plateforme de streaming devrait être comme un disquaire. On ne devrait pas tout avoir à dispo, mais chaque plateforme devrait obéir à une ligne artistique. Aussi les fans de jazz, soul, musique du monde iraient plutôt chez untel et les mordus de pop rock indé plutôt chez trucmuche. A cela s’ajouteraient des mises en avant censées, obéissant à une ligne artistique cohérente, comme lorsqu’un magasin de disque fait découvrir des choses à ses clients. Il y aurait des spécialistes.

Evidemment, si mon rêve se réalisait, le marché serait morcelé en une multitude de petites offres de streaming. Il y aurait les gros, bien sûr, mais on pourrait aussi aller chez les petits qui feraient un travail humain et à une échelle concevable, de défrichage et de découverte. Comme dans la vraie vie.

D’une façon plus générale, je pense qu’il faut remettre de la personnalité et de l’humain dans toutes nos entreprises, qu’elles soient commerciales, ou artistiques. Personne ne peut s’identifier à la société telle qu’elle fonctionne aujourd’hui, et ces plateformes sont un énième exemple d’un modèle vide de sens, où l’on accumule des catalogues d’oeuvres dans une immensité qui n’est pas absolument structurée.

Quelle culture musicale pourrions-nous bien nous forger en abandonnant nos oreilles à spotify et consorts?

Une culture chaotique et sans histoire, artificiellement assemblée par un robot qui, par définition, n’est pas très humain.

J’hésite à me désabonner.

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Montage of Kurt

I finally got a chance to watch the new Kurt Cobain documentary everybody has been talking about : ‘Montage of Heck ‘. Reading Buzz Osborne interview on the Talkhouse this morning made me jump ahead. If this documentary is 99% bullshit, I had to see for myself.

Well, as a matter of fact, I didn’t like it. I haven’t learned anything, and I thought it was just a collection of sounds and images, but couldn’t see any insightful purpose behind it all.

I read Kurt’s dairy and Charles R. Cross book “Cobain Unseen” a few years ago and I knew almost everything already : how the divorce of his parents affected him deeply, the fear of humiliation, how music and the development of Nirvana structured his life for a while, his influences and surroundings, how sudden was the exposure to massive media, as well as his struggle with heroin, the fake stomach issues to justify drug medication, the shady influence of Courtney, and of course the awful ending.
What else is there to say?

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This being said, I did enjoy how the documentary was built. The animations are really great, the footage from his childhood, and some demos we can hear in the backround turned out being really inspiring. Unfortunately, the final result is nothing but a montage, and there is no convincing thread holding the images together.
Footages of Kurt and Courtney totally high while taking care of Frances Bean Cobain are terrible, and make you want to shut the whole thing down. What’s the point of showing this anyway?

It is obvious that Kurt was a smart yet fragile fellow, with a huge talent, and I do believe he is one of the finest songwriters ever. But as many others, he got crushed by success and mass exposure, and he couldn’t cope with being the leader of an entire generation. That’s basically all there is to know. There were many others like him. Celebrity and money often lead to bad influences, bad surroundings and bad people, all of this combined with drugs…well, it also usually leads to a bad ending.

Save two hours of your life for something else, you obviously don’t need to see ‘Montage of Heck’.
So there.

 

 

Girls & Bands

I was not convinced I should read Kim Gordon’s memoir. Although I do like Sonic Youth, it was never a band that fascinated me. I respected them a lot, and I bought some of their records, but I was more into Nirvana at the time, it was more pop, more visceral and spoke to me more. I always thought Sonic Youth was a bit too artsy.
Therefore, Kim Gordon was not my reference as THE woman in a band. She looked too strong, and too confident, there was something harsh about her. Maybe she was too American, too girlie. Maybe I was more into girls playing guitar and I despised bass. Maybe she was not enough of a leader. I never really thought about it, but she was not my type and I never identified with her.

When Kim and Thurston’s marriage exploded, and Sonic Youth called it a day, I felt weird. It was rather unexpected. It’s true that those two looked like a myth, it was the perfect rock and roll couple and everyone thought they couldn’t ever separate. They had been through so much already, they were in a rock band together! That had to be the biggest test ever for a relationship! But they failed, after so many years, and like most couples do, in the most pathetic way. There is no exception for rockstars, obviously. Everybody goes by the same rules.
I remember the official statement the band made for the press, it was simple, clear, and straightforward. There was no crazy media fuss about it, which I thought was elegant.
I was not a Sonic Youth fan, but those two meant something to me, and I grew up with them. Sadly, I realized how important they were to me when they separated.

‘Girl in a Band’ sounded like a good hook.
I, too, am a girl in a band after all. And whether Kim Gordon is my type or not, she is so damn cool. So I bought the book.

Autobiographies or memoirs are always interesting when you are in the music world yourself, because most of the artists now in their late 50s or 60s or even older have had unusual lives. My generation is much more formatted and trajectories often look the same. But back in the days, there were real musical movements and all those people were, if not pioneers themselves, part of something huge, something that changed the society, the music, the fashion, the way of life, and the business too. And grunge was probably the last real musical movement along with britpop. I was a teenager when it happened, I remember it all, I was watching MTV, and those bands were everywhere; on television, on the radio, on the mixtapes I made for my friends and we exchanged at school, and in my imagination too. I wanted to be like those guys. I wanted to be a girl in a band.

Kim Gordon’s book looks like an essay to me. It’s extremely insightful. As I was reading along I took a bunch of notes. She reflects about being a woman in general, and in this band in particular, about relationships, in the band, outside the band, in the business, in art, in love, in the family. It’s not a boring collection of chronological events summarizing her life. Of course, it made a lot of sense to me. Some questions I also have, some issues are simply identical because I am a woman, surrounded by guys, and expectations are somehow similar.

I was convinced Kim was a pure New Yorker, but although she was born in Rochester, NY, she was raised in California. The sunny glamorous halo surrounding her probably comes from there. But her intellectual journey really took off in New York around the no-wave movement.
What I really found fascinating is that she never really describes her job as a songwriter’s duty. It’s not about the songs, or the melodies, but mostly about the performance and the idea. For her, music, at least in the beginning, seemed to have been an artistic medium like any other. Making sound was as important as creating pictures, filming, painting, dancing or performing in any way.
It’s definitely not how I came to music, I came to music by the melody, and how it obsessed me, and by rhythmic patterns and how they appealed to me physically. It was not intellectual, at first, but totally instinctive and sensitive.
Although Kim appears as an overly sensitive person, she seemed to have found a shelter in the intellectual aspect of art. When you hide behind an idea, everything seems much easier, because that idea structures what you are doing as much as it shapes your being. It’s fully reassuring. Kim wanted to create, and it was natural for her to move into the art world. Although performing was vital for her, she doesn’t speak precisely about writing and the band’s workflow. Some songs are highlighted, and she tells the story about specific lyrics but you really understand, that despite such a raw and primitive sound, Sonic Youth’s music was guided by a highly sophisticated ambition.

Gordon also speaks as a woman, a wife and a mother, and depicts herself as insecure and fragile. She is not indecent in any way, but still manages to share a lot about herself. It’s a strong book and you sometimes feel she probably had written more than what was kept in the final version. All extracts about Kurt Cobain are amazing, their affinity was moving and it didn’t surprise me. There is something solid about her, probably linked to her social background, that makes her so wonderfully normal.
I believe one needs to have this sort of solidity to succeed in art; normal is necessary. The strength and longevity comes from that. Normal doesn’t mean boring, it’s just a structure. It means you know where you come from, and where you’re heading at, and it supposes you are not building things up randomly. It’s like a grid you can always refer to. It doesn’t protect you from everything, but I think it helps keeping you alive in a world that constantly requires you to open up, and puts a lot of pressure on you.
Kim Gordon did just that. She wasn’t really aware of herself as a rockstar. In the book you understand she somehow figured out what she represented for the kids, but it was never meaningful to her. She always had her feet on the ground. Maybe her marriage didn’t survive that normality, but I tend to believe she did, as a woman. Her career and life looks very consistent to me. She was never a girl in a brand.

Anyway, this book a must-read and Kim Gordon is obviously a smart woman. He reflections are genuinely openhearted and inspiring. It was stimulating in many ways. It’s not a rockstar’s ego-centered autobiography, but a woman’s collection of thoughts and memories. And a very valuable one.

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Stormy Christmas

I haven’t posted music in a while, so I decided it was about time to share a glimpse of what is going on in my world.
2014 has been pretty blurry and was mostly a « work in progress » kind of year. I wrote a bunch of songs, that should be released at some point in 2015, maybe here, maybe elsewhere, maybe under another name. I don’t know yet, but I have a lot of leads and ideas.

Anyway, I want to share this song with you because it sums up pretty well the end of my year. It hasn’t been so great for me : my record label decided we should stop the adventure after two records and I had pretty serious health issues. Of course, I had no choice but go through all of it and hang in there. That’s right : run through the storm. That’s what the songs says, and as it often happens – strangely enough – I wrote it before I got all the bad news.

I recorded this demo at home in Paris, last october. I finished it in one evening and although it’s not perfect, there is something intimate about it I really like.

I’m not sure I will leave it online forever but right now, I want to share this song with you all.

I hope you will enjoy it, and while it’s around, feel free to share.

Love you all, and Merry Christmas.

Voici.

Je n’ai pas posté de musique depuis longtemps, et j’ai pensé que c’était le moment idéal pour partager un extrait de ce qu’il s’est passé dans mon univers en 2014. C’était une année d’hibernation et de travail. J’ai beaucoup écrit, et j’espère pouvoir vous révéler tout cela l’année prochaine, ici, ou ailleurs, ou peut-être sous la forme d’un autre projet. Je ne sais pas encore, mais j’ai beaucoup de pistes et d’idées.

Quoiqu’il en soit, je souhaite partager cette chanson avec vous car elle résume assez bien ma fin d’année. Cela ne fut pas idéal ; la collaboration avec mon label s’est achevée après deux disques et j’ai eu de sérieux problèmes de santé. Mais il n’est pas question de s’apitoyer, ce n’est pas dans mes habitudes. Alors voilà, il a simplement fallu que je prenne mon mal en patience afin de traverser la tempête. C’est ce que cette chanson raconte, et comme souvent, bizarrement, je l’ai écrite juste avant de recevoir toutes ces mauvaises nouvelles.

J’ai enregistré cette démo en octobre chez moi à Paris. Je l’ai terminée en une soirée, et même si elle est imparfaite, j’aime bien l’intimité bancale de cette version.

Je ne suis pas certaine de la laisser en ligne pour toujours, mais je tiens aujourd’hui à vous la faire écouter.

J’espère qu’elle vous plaira, et pendant qu’elle est en ligne, n’hésitez pas à partager.

Je vous embrasse, et vous souhaite un merveilleux Noël.

https://www.youtube.com/watch?v=DlgNsHS86ts

I love you Bandit.

Nous y sommes.

La tempête est passée, le Bandit est en cavale depuis lundi dernier et je ne sais pas exactement quoi écrire ici.

Je me doutais qu’en relisant la plupart de mes posts précédents à propos du disque, je sourirais. Un sourire tendre bien sûr, car je sais comment cela s’est passé, et je me souviens des nuits d’insomnies. Si les insomnies n’ont pas vraiment cessé, ce n’est plus à cause de l’angoisse lourde de ne pas arriver à faire un bon disque, mais de l’inquiétude de ne pas le défendre convenablement. On ne se refait pas. Il y a toujours une excellente raison pour ne pas dormir.

Donc lundi matin, ‘Bandit’ était dans les bacs et j’avais peur. Peur d’une catastrophe, d’un casse majeur, d’une garde-à-vue. Rien de tout cela n’est arrivé, et le disque est désormais libre, et probablement aussi prêt à en découdre que je le suis moi-même. A vrai dire, ma fierté est immense. Lorsque l’on sort son premier album on ne sait jamais si on parviendra à en sortir un deuxième. Et un deuxième que l’on pourra aimer convenablement.
Et bien ce disque je l’aime, un peu bêtement, comme on aime lorsqu’on est adolescent. Je l’aime parce qu’il m’a fait comprendre un certain nombre de choses essentielles, sur moi-même, et sur mon métier infernal.

Aujourd’hui tout est différent. Parce que je sors mon second disque, le regard que l’on me porte a changé. On lit diverses choses sur la maturité, l’évolution… Non il n’y a pas de maturité, pas encore, cela viendra peut-être un jour, mais certainement pas tout de suite. Il y a simplement davantage de moi-même dans cet album, et c’est sans doute ce qui lui donne une certaine valeur. Si le chemin pour s’enfuir fut long et tortueux, l’aventure s’est avérée essentielle.

On ne peut pas se cacher derrière un disque, c’est l’inverse qu’il faut faire. Il faut se révéler. Je ne l’avais pas compris, mais c’est désormais une évidence. Un disque n’est pas une photographie d’un moment comme je l’ai souvent dit à propos du premier album, c’est un morceau de soi-même que l’on choisit, que l’on façonne avec soin, et que l’on abandonne aux oreilles des autres. Alors oui, j’avais peur de la vulgarité, de l’impudeur, mais en vérité je n’ai partagé que de la joie et du bonheur avec le Bandit.

Maintenant que les couleurs sont revenues, je n’ai qu’un souhait à formuler : que le disque vous plaise, infiniment, et que vous l’aimiez autant que je l’aime.

BANDIT-BIG

Here we are.

The storm has passed and the Bandit is on the run since monday morning. I don’t really know what I should be writing here.

I knew that re-reading most of my previous posts would make me smile. A sweet smile of course, as I remember it all, as I recall the nights of insomnia. To tell the truth, insomnia is not exactly over, but now it’s not about finishing a good record anymore, it’s about how I can share it properly with you all. People can’t change their nature, right? There is always a good reason for not sleeping anyway.

So last monday the album was in most record stores and I was terribly scared. Scared of a catastrophe, a robbery or some kind of custody. None of this happened and the Bandit now runs free, and is probably as ready as I am to start the fight. I am very proud. When you release a debut album, you never know if you will ever get the chance to make a second one. Another record you’ll love properly. Well I do love this one. Probably in a puerile way, but I love it because it helped me go through essential things, about myself, and made me understand a bit better how my job works.

Everything has changed today. People look at you differently when you release your second album. You start reading things about maturity, change. No, there’s nothing like that yet, but it’s more personal and that’s probably what confers value to this LP. The road to get it done was as winding as the experience was vital. You cannot hide behind a record, you need to do the exact opposite and reveal yourself. Although it seems pretty obvious, it took me quite some time to understand it. A record is not a snapshot of a moment as I thought it was, it’s simply a part of yourself that you chose to let go, and share.

I was afraid of becoming somehow tacky, lacking reserve and delicacy, but what I found is priceless. I shared pure joy and delight with the Bandit.

And now that the colors are back, I hope you’ll love this record as much as I do : boundlessly.

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Thirteen songs for the end of the world

Je n’avais pas particulièrement envie de me prêter au jeu des sélections musicales de fin d’année mais, pressée par la menace de l’apocalypse, je n’ai pas résisté. Aussi ai-je créé mon premier poster avec checkthis, petite interface web originale, où j’ai choisi treize chansons. Les treize titres sont plutôt récents, le début de l’année 2012 m’ayant un peu échappé à cause des frasques du Bandit. J’espère qu’elles vous plairont.

I didn’t want to enter this end-of-the-year-tracklist game. But rushed by the threat of the apocalypse, I finally did. I created a poster with checkthis, a very nice web interface, and chose thirteen songs. Most of them are relatively new as I pretty much eluded the begining of the year because of the Bandit’s adventures.
Hope you’ll like them.

Thou shalt not become a rockstar

(english translation below)

Depuis quelques semaines la presse ainsi que le web s’intéressent au rock indépendant. Suite à un article sur le groupe Grizzly Bear publié fin septembre dans le magazine New York, le web et les journalistes s’emballent. À travers un entretien à rallonge qui évoque la genèse du groupe et ses questionnements, on y apprend – entre autres choses – que certains membres du groupe sont obligés de garder un job à côté de leurs activités artistiques. Suite à cet article, des milliers de commentaires et des débats sans fin ont envahi la toile et les réseaux sociaux, comme si, en somme, le monde découvrait à peine que vivre de sa musique au XXIème siècle était très difficile.

Coup de théâtre téléphoné, après Grizzly Bear, c’est Cat Power qui annule une partie de sa tournée, pour des problèmes de santé, mais surtout des complications financières. De quoi faire les choux gras des journalistes généralistes qui s’interrogent sur le (non) fonctionnement du business de la musique indépendante. Car Grizzly Bear ou Chan Marshall sont bien installés dans le paysage médiatique et incarnent une réussite réelle dans les limites des possibilités offertes par le business indépendant. Ils ont tous les deux vendu un nombre significatif d’albums, ont obtenu un succès critique et une aura internationale… et pourtant. Ni Grizzly Bear, ni Chan Marshall ne voyagent en jet privé. Comme c’est bizarre.

Entendons-nous bien, il ne s’agit pas de faire pleurer dans les chaumières. Je ne vis pas de ma musique, mais je tente de m’organiser pour lui consacrer tout mon temps. C’est un choix, compliqué, qui suppose un certain nombre de sacrifices, mais c’est le choix que j’ai fait. La plupart des artistes que je connais ont également trouvé d’autres moyens que les disques et les concerts pour subvenir à leurs besoins. C’est une simple organisation que chacun espère temporaire. Elle n’est cependant pas réjouissante, car le travail à accomplir afin de construire sa crédibilité artistique est titanesque quand bien même ce n’est pas lui qui paie nos factures.

Je suis malgré tout consternée de constater l’écho qu’ont eu ces articles dans la presse généraliste et sur le web. Comme si l’on découvrait, en 2012, l’immense fossé entre la reconnaissance médiatique et la réalité économique. Passer à la télévision ne signifie pas avoir un compte en suisse. Et aujourd’hui c’est encore plus vrai que par le passé, la célébrité ne tient qu’à un fil et ne dure à peine qu’un instant. Mais dans l’imaginaire collectif, les raccourcis erronés sont légion. Combien de personnes avec qui j’ai discuté étaient absolument persuadées que la signature avec un label m’assurait l’indépendance financière, ou – pire encore – que mon passage à la télévision était la preuve indiscutable que je n’étais pas à plaindre !

Cet article et les quelques autres qui lui ont fait écho m’ont également rappelé la longue et interminable conversation qu’avait suscité mon post ici même, suite à mon intervention sur Hadopi dans l’émission Envoyé Spécial, il y a maintenant deux ans. (http://pamelahute.com/blog/?p=91)
Si le piratage est toujours un sujet tabou chez les artistes indépendants qui ne savent pas vraiment sur quel pied danser pour ne pas froisser leurs fans, Eward Droste de Grizzly Bear est très clair à ce sujet. Acheter 9 $ sur un store digital un album qu’un artiste a mis deux ans à fignoler  – c’est-à-dire à peine le prix d’une grande part de popcorn au cinéma, plaisante-t-il – est plus important qu’il n’y paraît. Ce n’est pas tant en terme de revenus, les montants sont faibles à moins de vendre des quantités astronomiques de fichiers, mais comme Droste le rappelle, chaque disque vendu permet de construire la valeur du projet et de se rendre crédible vis-à-vis de l’industrie. Alors que le marché est encore en transition, c’est essentiel.

Faut-il donc simplement accepter qu’aujourd’hui, un artiste, à moins de devenir un produit commercial gigantesque, au détriment, trop souvent, de la qualité de ses créations, ne puisse pas vivre de son art seul ? Quand un membre de Grizzly Bear, groupe qui remplit d’immenses salles de concerts, espère bientôt pouvoir s’acheter une maison, et payer de bonnes études à son enfant, force n’est-il pas de constater que l’industrie survit sans véritablement fonctionner ? L’artiste est au centre de la problématique car sans lui il n’y aurait pas de musique du tout, et pourtant, il est le laissé-pour-compte. Comme l’a souligné David Lowery (http://en.wikipedia.org/wiki/David_Lowery & http://thetrichordist.wordpress.com/2012/06/18/letter-to-emily-white-at-npr-all-songs-considered/) dans une lettre ouverte à toute une génération, le problème réside dans l’évaluation des éléments de la chaîne. Pourquoi aujourd’hui donnons-nous davantage de valeur au réseau ou aux machines qui diffusent de la musique qu’à la musique elle-même? A quel moment cette absurdité est-elle devenue une désespérante évidence? Pourquoi sommes-nous prêts à dépenser des centaines de dollars pour acheter un iPod et réfractaires à l’idée de dépenser 9 $ pour acheter un album sur l’iTms. C’est une question insoluble qui masque mal une absence dangereuse de communication entre les géants de l’industrie et le public. Il ne s’agit pas de blâmer une génération, mais plutôt l’aider à comprendre à quel point les artistes ont besoin de ces 9 $, et pourquoi.

En faisant mine de le rendre plus accessible, le web a brisé le lien entre l’artiste et son public. En partageant la musique de l’artiste sans la payer, le public est persuadé de lui rendre service, car il le fait connaître au plus grand nombre. Il se rêve prêcheur. Mais en vérité, il s’éloigne de l’artiste, et de sa réalité.

Cet article du New York magazine a le mérite de décrire les choses telles qu’elles sont. Et le monde découvre combien elles sont désolantes.

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For a few weeks now, the press and the web have been discussing a lot about the indie music business. According to an article about the US rock band Grizzly Bear in the New York magazine published in September; both web and journalists are very excited. Through this long article, that tells us almost everything about the band – their rovings and thoughts – we learn,  amongst other things, that most members still have another job besides music. Thousands of commentaries and discussions invaded the web and social networks, as if the world was just discovering that making a living out of music in the twenty first century was not that easy.

Surprisingly enough, after Grizzly Bear, it’s Cat Power that announced she was cancelling part of her tour due to health issues and bankruptcy. The story stirred up a storm in the press which is now questioning the whole indie business. Both Grizzly Bear and Chan Marshall are confirmed artists, very well settled in the indie landscape. They have both sold a significant bunch of records, have critical acclaim and international aura…but still. They don’t have their own private jets to travel. How strange is that?

Let’s get it straight, I’m not trying to evoke pity. I don’t make a living out of my music myself, but I’m devoting all my time to it. It was a choice, a tough one, that meant a few sacrifices, but it’s the choice I’ve made. Most of the artists I know have found other way than playing gigs or selling records to pay their bills. It’s only about logistics, and we all hope it’s temporary. There’s absolutely nothing delightful about it though, as the work that we do to get an artistic credibility is titanic and is most likely never going to help pay our bills.

Despite everything, I am shocked by the strong repercussion those papers have had. As if people finally discovered the huge gap between the media’s gratitude and the economical realities. Airing on TV does not mean that you are a millionaire and today it’s even clearer than it was decades ago that celebrity fades in a glimpse. But in people’s minds, shortcuts are countless. How many people have I met thought that signing with a record label provided me financial stability or – even worse – that airing on telly was the indisputable evidence that I am sitting pretty !

This article and a few others reminded me of this endless chat that followed my 2010 blog post about the French Hadopi anti-piracy law right after my interview on TV. If piracy is still a touchy subject as far as indie artists are concerned, most of them not wanting to be in an awkward position towards their fans, Edward Droste from Grizzly Bear is pretty straightforward. He says that paying $9 for a digital download for an album a band took two years to make—more or less the price of a large popcorn at the movie theater- matters more than people seem to think. It’s not just in terms of income as the gains won’t be very important unless you sell a tremendous amount of files, but – as Droste says – every record sold helps to show the industry your project’s value. The market still being in a transitional state, it’s absolutely vital.

Shall we simply accept that today’s artists – unless they become a huge and probably dross product of the industry – can’t make a living out of music ? When a member of Grizzly Bear, a successful band that play gigs in huge venues, tells you he is only willing to buy a house and give a good education to his children, we must ask ourselves how the industry survives without running properly.

The artist is in the center of the whole problem as without him no music would be written, but still, he is left aside. As David Lowery said in his letter to Emily (which looks like the letter to a whole generation), we have it all wrong:”Why would we value the network and hardware that delivers music but not the music itself?” When did such an absurd idea become such an obvious and terrible fact? Why would we buy a $300 IPod and not spend $ 9 for an album on iTunes Music Store? It’s a question nobody wants to answer and it hardly hides the lack of understanding between the industry and the public. There’s no need for blaming a whole generation, but there is a need to help it understand how artists need those $9 and why.

Making him so easy to reach, the web destroyed the link between the artist and his fans. Sharing the music for free makes the fan feel good about himself. He is so convinced he’s helping. But instead he walks away from the artist and his reality.

This New York Magazine’s article at least tells things how they really are. And the world now discovers how depressing it may  be.

 

Special thanks to Valérie Risbec

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Références

Article original sur Grizzly Bear du Mag New York :
http://www.vulture.com/2012/09/grizzly-bear-shields.html

Débat sur le site stereogum  suite à l’article du Mag New York
http://stereogum.com/1166392/debating-the-grizzly-bear-ny-mag-story-and-making-a-living-making-music/top-stories/lead-story/

Cat Power et l’annulation de sa tournée sur the Atlantic Wire
http://www.theatlanticwire.com/entertainment/2012/10/theres-no-money-indie-music-cat-power-broke/58552/

La lettre de Davis Lowery à Emily, un must-read
http://thetrichordist.wordpress.com/2012/06/18/letter-to-emily-white-at-npr-all-songs-considered/

 

 

 

 

La dissolution, la cave et le Music-Hall

Dissolution

Nous sommes déjà début avril.
La pochette trouvée, un premier titre lancé dans la jungle du net, puis quelques concerts pour se dégourdir les jambes, les premières chroniques, le tournage d’un deuxième clip, et un EP qui a sorti le bout de son nez.

Enfin.
Comme c’est long.
Et dire que l’album, dont la sortie est encore repoussée, ne sera pas dans les bacs avant la fin du mois d’août.

Je me souviens d’un café avec l’artiste Katel il y a 3 ans au moins. Je venais à peine de signer chez tôt Ou tard, j’avais les yeux qui brillaient ; nous allions jouer au Bataclan en première partie de Shaka Ponk, faire Taratata, et mon premier disque, Turtle Tales From Overseas allait sortir. Devant moi il y avait l’infini des possibles.
J’avais vingt six ans et je me souviens qu’elle m’écoutait avec une petite moue de vieux briscard. Plutôt que d’attendre la sortie de son deuxième lp en rongeant son frein, elle avait monté une tournée à l’arrache, dans des cafés concerts, pour faire découvrir son travail, pour supporter l’attente et se mettre en danger. Je trouvais ça dingue, je m’en sentais incapable, j’étais si contente qu’enfin on fasse tout à ma place.

Maintenant, je comprends mieux. Comment peut-on supporter une telle dissolution du temps entre les trois étapes principales de l’élaboration d’un disque : l’écriture, l’enregistrement, et la sortie (donc la diffusion, notamment via les concerts).
On ne peut pas.
Alors que le label sort des disques, et colle à un calendrier idéal (ou rêvé), de promo et d’airplay, dans un contexte actuel horriblement hostile, l’artiste, lui, a simplement envie de faire écouter ses chansons et de les jouer.
Dans le cas du Bandit, le processus a été si compliqué, pour enfin avoir un album que j’étais prête à défendre, que l’attente qui m’est imposée paraît d’autant plus difficile.
Les chroniques font du bien, même mauvaises, parce que je sais qu’il y a des oreilles inconnues qui ont découvert les nouveautés. Une petite appréhension est passée. Advienne que pourra.

Sortir de la cave

A peine deux concerts pour essayer les nouveaux titres, un à l’International devant un public clairsemé un lundi de décembre, un autre au Divan du Monde, où le set était plus maîtrisé, mais plus sage aussi, puis une date à Qimper, aux Hivernautes, pour remplacer au dernier moment une artiste australienne. La date qu’il fallait. Celle où l’on ne joue pas si bien mais où le sujet est ailleurs. Et enfin, une date à Nantes, devant 1200 personnes surchauffés à l’idée de sauter partout sur le set de Shaka Ponk. Et peut-être un de nos meilleurs concerts.
Monter sur scène était une autre étape après cette longue méditation de studio. Presque un an sans jouer…j’avais peur d’avoir oublié.

Music-Hall

Après cette mise en bouche, je me suis souvenue de cette date énorme programmée le 4 avril 2012. Ai-je bien lu, bien entendu ? J’attends de le voir pour le croire. Le matin même, je me suis frottée les yeux : d’abord le nom sur la façade, les loges, le Marilyn, puis la scène…et voilà…nous y sommes.
Hier soir, il fallait abandonner backstage cette angoisse sourde de la première fois, et ne pas trembler en foulant la scène de l’Olympia. C’est chose faîte.
J’ai eu très peur, mais je n’ai pas tremblé.

Cover art

Une pochette de disque : L’artwork, la recherche, et la culture de la pochette d’album. L’audace. L’infini des références.
Entre graphisme et symbolique, photographie et mise en page… à la recherche de l’atemporel.

Le disque ou l’icône?

Photobucket

Les deux.

Sacré casse-tête. Voilà plusieurs mois que je tourne le titre dans ma tête pour en sortir quelque chose, une idée, un signe, une ambiance, une attitude.
Or le Bandit est plutôt bavard, il n’est pas du genre à aller à l’essentiel.

Et bien chers amis, j’ai le regret de vous annoncer, que je n’ai toujours pas de pochette pour ce satané disque.

Le deuxième second

Le disque était terminé, mixé, masterisé, et il avait presque une pochette. Je l’avais fait écouter à un certain nombre d’oreilles de confiance qui semblaient convaincues. Le label était content, mon directeur artistique enthousiaste. Et le disque avait un titre; un titre astucieux qui lui allait bien.
Mais déjà, cela sonnait faux. Le titre avait une autre envergure que le disque lui même.
Le titre était meilleur que le disque.

Vous vous souvenez peut-être de cet article, ici-même, où je racontais combien j’avais détesté enregistrer ce premier deuxième album. C’est tout à fait exact. Il y avait dans l’air de mauvaises choses, rien ne pouvait permettre à ce disque d’être une réussite. J’en avais eu l’intuition très tôt, pendant les enregistrements, mais on n’arrête pas le travail de toute une équipe “parce qu’on sent quelque chose dans l’air”. Alors on ferme sa gueule et on suit le mouvement, en espérant qu’on arrivera quand même à rattraper le ratage qui est en train d’avoir lieu, plus tard.

Mais est-ce vraiment un sentiment supportable ? La perspective de l’échec ?
Ce disque, je ne l’aimais pas. Quoi que je fasse, je n’arrivais rien à en tirer. C’était à pleurer. Alors, j’ai commencé à rêver que je re-enregistrais l’album, chez moi.
Puis un soir, arrivée au bord du précipice, et sans avoir trouvé aucune autre solution satisfaisante, j’ai décidé que j’allais refaire mon disque, avant qu’il ne soit trop tard.

Remettre en question un travail terminé, le dénigrer au point de ne plus vouloir en entendre parler, cela ne me ressemble pas. J’avais l’impression de tout foutre en l’air, d’avoir pris une décision ultra violente. Bien sûr, c’était totalement libérateur, mais aussi un peu inquiétant. Et si finalement, j’étais incapable de faire mieux? Si tout cela était le caprice odieux d’une éternelle insatisfaite?

J’étais absolument sûre de moi.

Le label, quoique interloqué, s’est montré très compréhensif. Ernest, a donné le meilleur de lui même, comme d’habitude, et a accepté cet énième défi imposé, sans hésitation. Après avoir rempli une voiture de matériel en tout genre, Igor et moi avons quitté Paris, trop heureux. Nous avons dédié une semaine à la réalisation d’une infinité de tests sonores; combinaisons improbables de micros, écoute attentive du moindre son de caisse claire, enregistrement de toutes mes guitares les unes après les autres, dans tous les amplis, apprentissage express de ProTools… Tout ce temps perdu et infiniment précieux, ce temps qu’on ne prend jamais ailleurs que chez soi.

Et puis Ernest est passé en coup de vent, un court week-end, et a enregistré les onze titres du disque en à peine une journée et demie. Je n’en revenais pas.
Nous avons tout refait. Les guitares, les basses, les voix, certains arrangements. Titre après titre.
Le mixage du premier morceau m’a procuré une joie pure. Tout sonnait comme dans mes rêves, enfin, et sans effort.
J’avais retrouvé le Bandit ! Un titre à peine, et déjà, il faisait un tabac.

C’est amusant comme on peut se laisser entraîner là où l’on ne veut pas, tout en sachant que c’est le mauvais chemin.
Pourquoi le son d’un album est une chose si importante ? Après tout, les chansons ont toujours été là. Et les chansons ne bougeront pas d’un poil, elles seront toujours vivantes, fidèles à elles-mêmes. Mais le son d’un disque, cette photographie-là, on peut si facilement la rater, et dire exactement l’inverse que ce qu’on avait en tête. Il était moins une.

Je ne suis pas tombée dans le piège, j’ai attrapé le Bandit.