Thou shalt not become a rockstar

(english translation below)

Depuis quelques semaines la presse ainsi que le web s’intéressent au rock indépendant. Suite à un article sur le groupe Grizzly Bear publié fin septembre dans le magazine New York, le web et les journalistes s’emballent. À travers un entretien à rallonge qui évoque la genèse du groupe et ses questionnements, on y apprend – entre autres choses – que certains membres du groupe sont obligés de garder un job à côté de leurs activités artistiques. Suite à cet article, des milliers de commentaires et des débats sans fin ont envahi la toile et les réseaux sociaux, comme si, en somme, le monde découvrait à peine que vivre de sa musique au XXIème siècle était très difficile.

Coup de théâtre téléphoné, après Grizzly Bear, c’est Cat Power qui annule une partie de sa tournée, pour des problèmes de santé, mais surtout des complications financières. De quoi faire les choux gras des journalistes généralistes qui s’interrogent sur le (non) fonctionnement du business de la musique indépendante. Car Grizzly Bear ou Chan Marshall sont bien installés dans le paysage médiatique et incarnent une réussite réelle dans les limites des possibilités offertes par le business indépendant. Ils ont tous les deux vendu un nombre significatif d’albums, ont obtenu un succès critique et une aura internationale… et pourtant. Ni Grizzly Bear, ni Chan Marshall ne voyagent en jet privé. Comme c’est bizarre.

Entendons-nous bien, il ne s’agit pas de faire pleurer dans les chaumières. Je ne vis pas de ma musique, mais je tente de m’organiser pour lui consacrer tout mon temps. C’est un choix, compliqué, qui suppose un certain nombre de sacrifices, mais c’est le choix que j’ai fait. La plupart des artistes que je connais ont également trouvé d’autres moyens que les disques et les concerts pour subvenir à leurs besoins. C’est une simple organisation que chacun espère temporaire. Elle n’est cependant pas réjouissante, car le travail à accomplir afin de construire sa crédibilité artistique est titanesque quand bien même ce n’est pas lui qui paie nos factures.

Je suis malgré tout consternée de constater l’écho qu’ont eu ces articles dans la presse généraliste et sur le web. Comme si l’on découvrait, en 2012, l’immense fossé entre la reconnaissance médiatique et la réalité économique. Passer à la télévision ne signifie pas avoir un compte en suisse. Et aujourd’hui c’est encore plus vrai que par le passé, la célébrité ne tient qu’à un fil et ne dure à peine qu’un instant. Mais dans l’imaginaire collectif, les raccourcis erronés sont légion. Combien de personnes avec qui j’ai discuté étaient absolument persuadées que la signature avec un label m’assurait l’indépendance financière, ou – pire encore – que mon passage à la télévision était la preuve indiscutable que je n’étais pas à plaindre !

Cet article et les quelques autres qui lui ont fait écho m’ont également rappelé la longue et interminable conversation qu’avait suscité mon post ici même, suite à mon intervention sur Hadopi dans l’émission Envoyé Spécial, il y a maintenant deux ans. (http://pamelahute.com/blog/?p=91)
Si le piratage est toujours un sujet tabou chez les artistes indépendants qui ne savent pas vraiment sur quel pied danser pour ne pas froisser leurs fans, Eward Droste de Grizzly Bear est très clair à ce sujet. Acheter 9 $ sur un store digital un album qu’un artiste a mis deux ans à fignoler  – c’est-à-dire à peine le prix d’une grande part de popcorn au cinéma, plaisante-t-il – est plus important qu’il n’y paraît. Ce n’est pas tant en terme de revenus, les montants sont faibles à moins de vendre des quantités astronomiques de fichiers, mais comme Droste le rappelle, chaque disque vendu permet de construire la valeur du projet et de se rendre crédible vis-à-vis de l’industrie. Alors que le marché est encore en transition, c’est essentiel.

Faut-il donc simplement accepter qu’aujourd’hui, un artiste, à moins de devenir un produit commercial gigantesque, au détriment, trop souvent, de la qualité de ses créations, ne puisse pas vivre de son art seul ? Quand un membre de Grizzly Bear, groupe qui remplit d’immenses salles de concerts, espère bientôt pouvoir s’acheter une maison, et payer de bonnes études à son enfant, force n’est-il pas de constater que l’industrie survit sans véritablement fonctionner ? L’artiste est au centre de la problématique car sans lui il n’y aurait pas de musique du tout, et pourtant, il est le laissé-pour-compte. Comme l’a souligné David Lowery (http://en.wikipedia.org/wiki/David_Lowery & http://thetrichordist.wordpress.com/2012/06/18/letter-to-emily-white-at-npr-all-songs-considered/) dans une lettre ouverte à toute une génération, le problème réside dans l’évaluation des éléments de la chaîne. Pourquoi aujourd’hui donnons-nous davantage de valeur au réseau ou aux machines qui diffusent de la musique qu’à la musique elle-même? A quel moment cette absurdité est-elle devenue une désespérante évidence? Pourquoi sommes-nous prêts à dépenser des centaines de dollars pour acheter un iPod et réfractaires à l’idée de dépenser 9 $ pour acheter un album sur l’iTms. C’est une question insoluble qui masque mal une absence dangereuse de communication entre les géants de l’industrie et le public. Il ne s’agit pas de blâmer une génération, mais plutôt l’aider à comprendre à quel point les artistes ont besoin de ces 9 $, et pourquoi.

En faisant mine de le rendre plus accessible, le web a brisé le lien entre l’artiste et son public. En partageant la musique de l’artiste sans la payer, le public est persuadé de lui rendre service, car il le fait connaître au plus grand nombre. Il se rêve prêcheur. Mais en vérité, il s’éloigne de l’artiste, et de sa réalité.

Cet article du New York magazine a le mérite de décrire les choses telles qu’elles sont. Et le monde découvre combien elles sont désolantes.

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For a few weeks now, the press and the web have been discussing a lot about the indie music business. According to an article about the US rock band Grizzly Bear in the New York magazine published in September; both web and journalists are very excited. Through this long article, that tells us almost everything about the band – their rovings and thoughts – we learn,  amongst other things, that most members still have another job besides music. Thousands of commentaries and discussions invaded the web and social networks, as if the world was just discovering that making a living out of music in the twenty first century was not that easy.

Surprisingly enough, after Grizzly Bear, it’s Cat Power that announced she was cancelling part of her tour due to health issues and bankruptcy. The story stirred up a storm in the press which is now questioning the whole indie business. Both Grizzly Bear and Chan Marshall are confirmed artists, very well settled in the indie landscape. They have both sold a significant bunch of records, have critical acclaim and international aura…but still. They don’t have their own private jets to travel. How strange is that?

Let’s get it straight, I’m not trying to evoke pity. I don’t make a living out of my music myself, but I’m devoting all my time to it. It was a choice, a tough one, that meant a few sacrifices, but it’s the choice I’ve made. Most of the artists I know have found other way than playing gigs or selling records to pay their bills. It’s only about logistics, and we all hope it’s temporary. There’s absolutely nothing delightful about it though, as the work that we do to get an artistic credibility is titanic and is most likely never going to help pay our bills.

Despite everything, I am shocked by the strong repercussion those papers have had. As if people finally discovered the huge gap between the media’s gratitude and the economical realities. Airing on TV does not mean that you are a millionaire and today it’s even clearer than it was decades ago that celebrity fades in a glimpse. But in people’s minds, shortcuts are countless. How many people have I met thought that signing with a record label provided me financial stability or – even worse – that airing on telly was the indisputable evidence that I am sitting pretty !

This article and a few others reminded me of this endless chat that followed my 2010 blog post about the French Hadopi anti-piracy law right after my interview on TV. If piracy is still a touchy subject as far as indie artists are concerned, most of them not wanting to be in an awkward position towards their fans, Edward Droste from Grizzly Bear is pretty straightforward. He says that paying $9 for a digital download for an album a band took two years to make—more or less the price of a large popcorn at the movie theater- matters more than people seem to think. It’s not just in terms of income as the gains won’t be very important unless you sell a tremendous amount of files, but – as Droste says – every record sold helps to show the industry your project’s value. The market still being in a transitional state, it’s absolutely vital.

Shall we simply accept that today’s artists – unless they become a huge and probably dross product of the industry – can’t make a living out of music ? When a member of Grizzly Bear, a successful band that play gigs in huge venues, tells you he is only willing to buy a house and give a good education to his children, we must ask ourselves how the industry survives without running properly.

The artist is in the center of the whole problem as without him no music would be written, but still, he is left aside. As David Lowery said in his letter to Emily (which looks like the letter to a whole generation), we have it all wrong:”Why would we value the network and hardware that delivers music but not the music itself?” When did such an absurd idea become such an obvious and terrible fact? Why would we buy a $300 IPod and not spend $ 9 for an album on iTunes Music Store? It’s a question nobody wants to answer and it hardly hides the lack of understanding between the industry and the public. There’s no need for blaming a whole generation, but there is a need to help it understand how artists need those $9 and why.

Making him so easy to reach, the web destroyed the link between the artist and his fans. Sharing the music for free makes the fan feel good about himself. He is so convinced he’s helping. But instead he walks away from the artist and his reality.

This New York Magazine’s article at least tells things how they really are. And the world now discovers how depressing it may  be.

 

Special thanks to Valérie Risbec

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Références

Article original sur Grizzly Bear du Mag New York :
http://www.vulture.com/2012/09/grizzly-bear-shields.html

Débat sur le site stereogum  suite à l’article du Mag New York
http://stereogum.com/1166392/debating-the-grizzly-bear-ny-mag-story-and-making-a-living-making-music/top-stories/lead-story/

Cat Power et l’annulation de sa tournée sur the Atlantic Wire
http://www.theatlanticwire.com/entertainment/2012/10/theres-no-money-indie-music-cat-power-broke/58552/

La lettre de Davis Lowery à Emily, un must-read
http://thetrichordist.wordpress.com/2012/06/18/letter-to-emily-white-at-npr-all-songs-considered/

 

 

 

 

La dissolution, la cave et le Music-Hall

Dissolution

Nous sommes déjà début avril.
La pochette trouvée, un premier titre lancé dans la jungle du net, puis quelques concerts pour se dégourdir les jambes, les premières chroniques, le tournage d’un deuxième clip, et un EP qui a sorti le bout de son nez.

Enfin.
Comme c’est long.
Et dire que l’album, dont la sortie est encore repoussée, ne sera pas dans les bacs avant la fin du mois d’août.

Je me souviens d’un café avec l’artiste Katel il y a 3 ans au moins. Je venais à peine de signer chez tôt Ou tard, j’avais les yeux qui brillaient ; nous allions jouer au Bataclan en première partie de Shaka Ponk, faire Taratata, et mon premier disque, Turtle Tales From Overseas allait sortir. Devant moi il y avait l’infini des possibles.
J’avais vingt six ans et je me souviens qu’elle m’écoutait avec une petite moue de vieux briscard. Plutôt que d’attendre la sortie de son deuxième lp en rongeant son frein, elle avait monté une tournée à l’arrache, dans des cafés concerts, pour faire découvrir son travail, pour supporter l’attente et se mettre en danger. Je trouvais ça dingue, je m’en sentais incapable, j’étais si contente qu’enfin on fasse tout à ma place.

Maintenant, je comprends mieux. Comment peut-on supporter une telle dissolution du temps entre les trois étapes principales de l’élaboration d’un disque : l’écriture, l’enregistrement, et la sortie (donc la diffusion, notamment via les concerts).
On ne peut pas.
Alors que le label sort des disques, et colle à un calendrier idéal (ou rêvé), de promo et d’airplay, dans un contexte actuel horriblement hostile, l’artiste, lui, a simplement envie de faire écouter ses chansons et de les jouer.
Dans le cas du Bandit, le processus a été si compliqué, pour enfin avoir un album que j’étais prête à défendre, que l’attente qui m’est imposée paraît d’autant plus difficile.
Les chroniques font du bien, même mauvaises, parce que je sais qu’il y a des oreilles inconnues qui ont découvert les nouveautés. Une petite appréhension est passée. Advienne que pourra.

Sortir de la cave

A peine deux concerts pour essayer les nouveaux titres, un à l’International devant un public clairsemé un lundi de décembre, un autre au Divan du Monde, où le set était plus maîtrisé, mais plus sage aussi, puis une date à Qimper, aux Hivernautes, pour remplacer au dernier moment une artiste australienne. La date qu’il fallait. Celle où l’on ne joue pas si bien mais où le sujet est ailleurs. Et enfin, une date à Nantes, devant 1200 personnes surchauffés à l’idée de sauter partout sur le set de Shaka Ponk. Et peut-être un de nos meilleurs concerts.
Monter sur scène était une autre étape après cette longue méditation de studio. Presque un an sans jouer…j’avais peur d’avoir oublié.

Music-Hall

Après cette mise en bouche, je me suis souvenue de cette date énorme programmée le 4 avril 2012. Ai-je bien lu, bien entendu ? J’attends de le voir pour le croire. Le matin même, je me suis frottée les yeux : d’abord le nom sur la façade, les loges, le Marilyn, puis la scène…et voilà…nous y sommes.
Hier soir, il fallait abandonner backstage cette angoisse sourde de la première fois, et ne pas trembler en foulant la scène de l’Olympia. C’est chose faîte.
J’ai eu très peur, mais je n’ai pas tremblé.

Cover art

Une pochette de disque : L’artwork, la recherche, et la culture de la pochette d’album. L’audace. L’infini des références.
Entre graphisme et symbolique, photographie et mise en page… à la recherche de l’atemporel.

Le disque ou l’icône?

Photobucket

Les deux.

Sacré casse-tête. Voilà plusieurs mois que je tourne le titre dans ma tête pour en sortir quelque chose, une idée, un signe, une ambiance, une attitude.
Or le Bandit est plutôt bavard, il n’est pas du genre à aller à l’essentiel.

Et bien chers amis, j’ai le regret de vous annoncer, que je n’ai toujours pas de pochette pour ce satané disque.

Le deuxième second

Le disque était terminé, mixé, masterisé, et il avait presque une pochette. Je l’avais fait écouter à un certain nombre d’oreilles de confiance qui semblaient convaincues. Le label était content, mon directeur artistique enthousiaste. Et le disque avait un titre; un titre astucieux qui lui allait bien.
Mais déjà, cela sonnait faux. Le titre avait une autre envergure que le disque lui même.
Le titre était meilleur que le disque.

Vous vous souvenez peut-être de cet article, ici-même, où je racontais combien j’avais détesté enregistrer ce premier deuxième album. C’est tout à fait exact. Il y avait dans l’air de mauvaises choses, rien ne pouvait permettre à ce disque d’être une réussite. J’en avais eu l’intuition très tôt, pendant les enregistrements, mais on n’arrête pas le travail de toute une équipe “parce qu’on sent quelque chose dans l’air”. Alors on ferme sa gueule et on suit le mouvement, en espérant qu’on arrivera quand même à rattraper le ratage qui est en train d’avoir lieu, plus tard.

Mais est-ce vraiment un sentiment supportable ? La perspective de l’échec ?
Ce disque, je ne l’aimais pas. Quoi que je fasse, je n’arrivais rien à en tirer. C’était à pleurer. Alors, j’ai commencé à rêver que je re-enregistrais l’album, chez moi.
Puis un soir, arrivée au bord du précipice, et sans avoir trouvé aucune autre solution satisfaisante, j’ai décidé que j’allais refaire mon disque, avant qu’il ne soit trop tard.

Remettre en question un travail terminé, le dénigrer au point de ne plus vouloir en entendre parler, cela ne me ressemble pas. J’avais l’impression de tout foutre en l’air, d’avoir pris une décision ultra violente. Bien sûr, c’était totalement libérateur, mais aussi un peu inquiétant. Et si finalement, j’étais incapable de faire mieux? Si tout cela était le caprice odieux d’une éternelle insatisfaite?

J’étais absolument sûre de moi.

Le label, quoique interloqué, s’est montré très compréhensif. Ernest, a donné le meilleur de lui même, comme d’habitude, et a accepté cet énième défi imposé, sans hésitation. Après avoir rempli une voiture de matériel en tout genre, Igor et moi avons quitté Paris, trop heureux. Nous avons dédié une semaine à la réalisation d’une infinité de tests sonores; combinaisons improbables de micros, écoute attentive du moindre son de caisse claire, enregistrement de toutes mes guitares les unes après les autres, dans tous les amplis, apprentissage express de ProTools… Tout ce temps perdu et infiniment précieux, ce temps qu’on ne prend jamais ailleurs que chez soi.

Et puis Ernest est passé en coup de vent, un court week-end, et a enregistré les onze titres du disque en à peine une journée et demie. Je n’en revenais pas.
Nous avons tout refait. Les guitares, les basses, les voix, certains arrangements. Titre après titre.
Le mixage du premier morceau m’a procuré une joie pure. Tout sonnait comme dans mes rêves, enfin, et sans effort.
J’avais retrouvé le Bandit ! Un titre à peine, et déjà, il faisait un tabac.

C’est amusant comme on peut se laisser entraîner là où l’on ne veut pas, tout en sachant que c’est le mauvais chemin.
Pourquoi le son d’un album est une chose si importante ? Après tout, les chansons ont toujours été là. Et les chansons ne bougeront pas d’un poil, elles seront toujours vivantes, fidèles à elles-mêmes. Mais le son d’un disque, cette photographie-là, on peut si facilement la rater, et dire exactement l’inverse que ce qu’on avait en tête. Il était moins une.

Je ne suis pas tombée dans le piège, j’ai attrapé le Bandit.



Mon deuxième est…

J’en suis revenue.

La Fabrique, 12 jours, 12 titres.

Lieu sublime, envie irrépressible d’enregistrer, et pourtant.

J’avais écrit ici combien le passage au deuxième disque était compliqué. Cette transition douloureuse, je l’ai expérimentée physiquement lors de ces douze jours passés à faire des prises. Donner le meilleur de soi pour dépasser l’amour enfantin du premier disque, progresser. Et puis ne pas trouver ce que l’on cherche, être exigeant jusqu’à l’épuisement.

Rythme effréné, soleil de plomb, peu de sommeil et beaucoup d’inquiétude. Plus de voix, plus d’oreilles. Si seulement j’avais su !

Dans quelques mois, ou quelques années, il m’en restera un souvenir amusé. Toute cette tension inutile alors que ce n’était que le second disque. J’ai le temps d’en faire des disques, et d’en voir des studios, des micros, des cabines, des control room. J’ai le temps d’avoir encore mille extinctions de voix, d’avoir peur, d’avoir envie de mieux faire, d’expérimenter.
Mais il faut une première fois à tout. C’était mon premier deuxième album et je peux dire aujourd’hui qu’il sera né dans un relatif inconfort.

Faut-il être à fleur de peau pour enregistrer un bon disque? Quel est le moment le plus important? l’écriture de la chanson, ou l’enregistrement définitif de cette dernière? J’ai toujours pensé que l’écriture était le moment clef. J’aurais tendance à changer mon fusil d’épaule après ces quelques jours. Enregistrer un disque est un acte horriblement définitif, sur lequel on ne revient pas. Ce qui est définitif est figé, mort. Alors qu’en concert on donne éternellement vie aux chansons, en studio on doit s’appliquer à tuer la chanson, au moment où elle est la plus belle.
Qu’il y a t il au monde de plus angoissant?

Peut-être que la chanson sera plus belle demain? qui sait. Ou était-elle plus belle hier?

Je le dis ici sans honte, j’ai détesté enregistrer ce disque.

Comment chasser ce curieux désamour ?

J’aime profondément ce disque et ce qu’il va devenir, mais je n’ai pas aimé le faire.
Quel affreux paradoxe.

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Thanks to Sarah Bastin for the marvellous photo. © Sarah Bastin – 2011

D’un disque à l’autre.

Le blog dormait.
Comme une marmotte, il a dormi tout l’hiver.

Moi-même, en vérité, je n’ai pas tant dormi. Hagarde et emmitouflée, j’écrivais des chansons et je retouchais des démos jusqu’à la nausée, au point de ne plus les aimer du tout. Choisir des titres, en faire de nouveaux, en reprendre d’anciens, et ne plus aimer l’album avant même de l’avoir écrit, c’est à peu de choses près ce à quoi ressemblait mon hibernation.

Mon dieu ! Si seulement j’avais su qu’écrire un second disque demanderait autant d’énergie.
Pourtant, le premier opus n’a pas eu un succès foudroyant et même si il a eu une vie honnête, l’accompagner ne m’a pas exténué. Il m’a même donné envie de passer à la suite. Non, ce n’est pas la fatigue de l’énergie déployée sur le premier qui a été douloureuse, c’est l’énergie que demande l’abandon, le passage.

Ce qui est véritablement difficile c’est de quitter un premier disque. Ce premier album est une chose si particulière, l’incarnation tant désirée d’un projet que l’on nourrit pendant des années. Et puis on s’habitue à le voir partout, à le traîner sur scène, à le défendre avec conviction. On s’habitue à vivre avec.
Parce c’était le premier, je l’ai aimé d’une façon si particulière.

Le laisser s’en aller, le tuer presque, et s’obliger à avancer, à se dévoiler d’une autre façon, a été très difficile. J’ai dû quitter Paris pendant plusieurs mois, essayer d’écrire, y arriver, ou pas, y croire. Supporter aussi qu’il n’y avait plus rien à dire sur moi, et comprendre que c’était le moment de préparer ce qu’il y aurait à dire dans le futur. Vivre avec une absence totale de perpective : un deuxième album, d’accord, mais quand ?
Et le label qui avait d’autres chats à fouetter et qui me disait, en somme, “tu peux mieux faire”.
Alors oui, finalement, comme il n’y avait pas de choix, il a fallu mieux faire. Et, mon impatience contenue, j’ai continué à écrire, de mauvaises choses et de bonnes choses, pour enfin avoir un truc qui ressemble à un disque.

J’ai détesté cet hiver, comme le creux d’une vague glacée et dangereuse. Je savais bien que la vague retrouverait de sa superbe avec les premiers rayons du soleil et qu’elle m’emmènerait avec elle, il y avait une multitude de signes. Mais mon impatience m’a torturée et j’ai passé de longues journées à ne rien faire sinon regarder le plus de matchs de tennis possible afin d’oublier l’existence même de mon cerveau. Je suis devenue presque incollable sur le circuit atp masculin. Une boulimie imbécile, et surtout pas de musique. Juste le bruit des balles.

La vague enfin a pointé le bout de son nez et je suis sortie officiellement de ma léthargie mardi 7 juin. C’était ma plus belle journée depuis longtemps. Tout se dessinait enfin. Un clip qui s’avérera une expérience extraordinaire (je développerai ultérieurement), des rencontres déterminantes et excitantes, un planning redoutable avec un label à nouveau acquis à ma cause (lui qui n’a pourtant jamais vraiment cessé de l’être), et l’enregistrement dudit album, qui s’approche enfin à pas de géant.

Car oui, je pars jeudi enregistrer ce nouveau disque. Et j’ai peur.

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La carte est plus intéressante que le territoire

Je n’avais pas du tout l’intention de lire ce roman. Je suis toujours méfiante lorsque la presse me présente un auteur sur un plateau. Entre les scandales vaseux (essentiellement entretenus par des critiques blasés), Iggy Pop et sa bande de copains-lettreux cocaïnomanes, j’ai toujours eu du mal à suivre. Plutôt que d’essayer, j’ai preferé me dire que cela ne devait certainement pas en valoir la peine.

J’avais pourtant lu et aimé L’extension du domaine de la lutte à sa sortie en 1994, et croisé des poèmes qui étaient très bons.
Et puis Houellebecq avait un petit côté underground-freak sympa, à l’image de ce disque sorti chez Tricatel où il scandait sa poésie sur un fond musical d’As Dragon. C’était moche, mais j’y avais trouvé un certain sens. La poésie semble affreusement sans vie lorsqu’elle est imprimée, il était bon de l’entendre. Houellebecq semblait totalement emberlificoté dans l’idée que le XXe siècle allait forcément se tranformer en XXIe siècle. C’était plaisant, mais pas vraiment suffisant.

J’ai finalement craqué lors d’une mes énièmes errances dans l’univers parfaitement anonyme de la Fnac et j’ai acheté La Carte et le Territoire. Pendant de longues semaines le livre trônait sur une de mes enceintes, et je lui jetais des regards peu aimables, ne me décidant pas à en commencer la lecture. C’est finalement un sms du Monde.fr sur mon iPhone m’annonçant qu’on lui avait decerné le prix Goncourt qui me poussa à la lecture.
La pire raison, en somme, et tout ce contre quoi je luttais.

“Au moment où ils approchaient de l’échangeur de Melun-Centre, il comprit qu’il avait vécu, pendant cette semaine, une parenthèse paisible.”
Michel Houellebecq, La carte et le territoire.
C’est en lisant cette phrase, page 61 de l’édition Flammarion, que j’ai compris que Houellebecq n’était pas un fantôme et qu’on pourrait très certainement étudier son oeuvre dans les cours de littérature : la description chirurgicalo-glauque contrebalancée par l’expression un peu vide mais juste du sentiment. J’ai pensé à Jean-Jacques Rousseau, et à ses tics d’écriture, lorsque par exemple dans ses sublimes Confessions, il se décrit astucieusement en juxtaposant deux adjectifs à connotations négative, suivis de trois adjectifs a connotation positive : “Je me suis montré tel que je fus, méprisable et vil quand je l’ai été, bon, généreux, sublime, quand je l’ai été”. Je remarque rarement ces choses-là, certainement parce qu’il y a peu d’écritures qui sont aussi emplies de leur auteur. Et j’aime ça follement : quand l’art transpire l’artiste, quand il n’y a aucune confusion possible, quand on peut saisir le caractère et qu’il est plein de défauts.

La Carte est le Territoire est un roman et un document où l’écrivain met en scène sa propre mort, la France de 2010, le quotidien policier et le monde étrange de l’art contemporain. Mais pas que.
J’ai trouvé le propos global sur l’art et l’artiste et sur ses problématiques d’une justesse effroyable. Sans doute parce que Michel Houellebecq parvient à trouver au travers de ses trois personnages principaux un prisme parfait qui permet une lecture metaphysique de la vie et du monde. A eux trois, ils sont des calques, et le roman devient total lorsque les trois calques se superposent.
Je me demande comment les journalistes sont parvenus à écrire sur ce livre, à en faire une critique. C’est un livre qui se suffit à lui-même. Il est totalement tourné sur lui-même, sur son auteur, sur ses questionnements et fabrique un cercle parfait dont le lecteur (et sans doute l’auteur) n’est libéré qu’au point final. La mise en abyme est idyllique et irréprochable mais jamais ne se mort la queue.

Michel a assurément les pieds dans son époque et, assagi, il a troqué le cynisme contre l’ironie. Tant mieux, car le cynisme est un truc d’artiste paresseux.

La fiction sera toujours plus belle que la réalité, et c’est bon de s’en convaincre une énième fois.

Lisez ce livre, nom de Dieu.

Sous influence

Lire des douzaines de critiques de l’album, parcourir les blogs d’inconnus parce que Google m’a envoyé une alerte, recevoir des mails d’encouragement, et petit à petit arriver à esquisser ce que les gens trouvent dans ma musique, ce qu’ils y entendent, et pourquoi ils aiment ou n’aiment pas.

Ce qui est véritablement amusant, c’est de constater comment il faut toujours rattacher un artiste à ses influences, à sa famille musicale, le comparer.
Evidemment naturel mais souvent troublant.
Je suis très souvent associée à des artistes ou groupes qui me font me hérisser les poils de dégoût. Garbage ou No Doubt. Si il y a deux groupes des 90s aux travers desquels je suis passée (en prenant mes jambes à mon cou), c’est bien ceux-là.
L’electro-pop mieleuse de Garbage, et le ska-punk-variété-baggy de No Doubt… où diable peut-on les entendre dans Turtle Tales from Overseas?
Les filles sans doute. Il y a des filles qui chantent. Et finalement il n’y a pas tant de rockeuses dans le paysage, même si on remonte loin dans le temps.
Il y a aussi PJ Harvey qui apparaît parfois. Impossible de râler cette fois, car Polly est une grande artiste qui a en son temps remis les pendules à l’heure. Mais sa rage et son rock brut de décoffrage n’a rien à voir avec moi, évidemment.
Peut-être une intention commune, vaguement, à l’origine ?

Il y a les plus pointus, qui parlent de Kim Deal (Breeders) ou Justine Frischmann (Elastica), voire Louise Wener (Sleeper). Dans le mille. Pas tellement parce que j’en ai fait une indigestion quand j’étais adolescente, j’ai deux Breeders à la maison et un Elastica dans ma discothèque. Mais ces groupes avec fille cristallisent une époque qui m’a beaucoup marquée, c’est certain. Des filles decomplexées qui montent des groupes comme les types et qui écrivent des chansons pop presque aussi bien, avec une énergie intacte, soutenue par des guitares qui hurlent de façon somme toute assez crédible. Pas mal.
Je ne me suis jamais vraiment posée ces questions quand j’avais 15 ans. Je n’aimais pas trop les filles. Car comme tout adolescent qui se respecte j’avais un mépris infini pour la pudeur, et chez les filles à guitare il y avait plus de pudeur que chez les garçons. Aujourd’hui je m’en fiche pas mal, et dans ce monde où l’on sait tout sur son voisin à coup de statuts facebook, j’aurais tendance au contraire à ériger la pudeur comme valeur absolue.

Il y a aussi ceux qui parlent des garçons. Brian Molko très souvent. Je l’aime bien, il assure. Son mal être originel s’est transformé en une science de mélodiste indiscutable. Après il y a l’univers esthétique, la prod, le registre. Très peu pour moi. Mais il y a un style, une personalité. Et c’est en partie ce qui m’intéresse dans la musique; l’expression de la subjectivité.

Le point clé sont les années 90s. Les powerchords. La voix de fille. Parfois on lorgne un peu du côté des 80s, avec Igor et ses synthés tous droits sortis d’un imaginaire new wave sombre à mèche. Ernest a beau travailler assidûment sur sa banane, personne n’a encore evoqué le rockabilly.
Ainsi, à un univers que l’on essaie de construire se substitue les restes d’une époque qui vient titiller les sensibilités des uns et des autres, un son qui en rappelle un autre par un système étrange de correspondances, et toujours, le pouvoir de la mémoire.
Serait-ce sa propre adolescence musicale que l’on viendrait chercher à l’infini en écoutant de nouveaux disques ? Un peu sans doute.

Lors de notre concert à la Boule Noire en mai dernier, un grand type chauve, qui avaient tout au long du concert illuminé le lieu de son sourire extatique, était allé voir Ernest à la fin du set pour lui dire : “C’était formidable, cela me rappelle Garbage, j’adorais tellement ce groupe, je suis tellement content d’avoir retrouvé les mêmes sensations”.

A méditer. Avec un petit sourire en coin.

Magical

Un peu plus d’une semaine déjà que l’album est dans les bacs, en vrai.

Je ne parviens pas vraiment à m’empêcher d’aller errer tous les 2-3 jours à la Fnac, discrètement et rapidement, juste histoire de voir si le disque est bien mis en avant, si les gens s’arrêtent, le regardent, l’écoutent, et l’achètent. Mais je ne tiens pas bien longtemps, je me sens vite complètement ridicule. Juste un coup d’oeil, le temps de voir que le vinyle est arrivé à la Fnac, et qu’il dépasse des bacs à St Lazare. Et vite aller se cacher dans le rayon musiques du monde.
Après cette activité hautement sportive, je me détends en achetant les disques des autres, à défaut de voir des inconnus acheter le mien : 1983 de Sophie Hunger, le DVD de Blur à Hyde Park et des White Stripes au Canada, Le dernier Hey Hey My My. Tous superbes.

Tous ces artistes dont je croise la promo, qui ont fait les mêmes émissions, qui ont rencontré les mêmes journalistes à un ou deux jour près, c’est marrant.
Bobby Bazini, par exemple, on s’est suivi partout, Taratata, Deezer, iTunes, MusicMe. C’est un peu devenu un copain du coup. Je m’imagine le croiser lors d’un festival dans quelques mois, et lui dire “Hey Bobby, tu te souviens quand on était tous les deux en home de Deezer”.
N’importe quoi.

Il y a aussi eu la messe de Taratata : sagement assise devant une télé, à siroter un bon Bordeaux tout en regardant, impatiente, la prestation de Charlie Winston & Luke.
Un joli Taratata; un peu froid à cause de mon goût affirmé pour l’Hitchcockisme, mais joli malgré tout. Les sms, les parents, et l’enregistreur qui a déconné. Le générique de fin aussi. Et puis le re-regarder sur le net quelques heures plus tard, toute seule. Et se dire que ça fait tout bizarre d’avoir sa page artiste sur le site de Taratata : un rêve de gosse.
(Pour revoir le Taratata, rendez-vous ici : http://www.mytaratata.com/Pages/ARTISTES_Fiche.aspx?ArtistId=1629)

Il y a aussi eu la Boule Noire, Sold out.
Un Sold Out de débutant, mais un sold out quand même. Un joli concert, l’impression qu’il y avait un public naissant juste pour nous, des gens qui avaient écouté le disque, et qui venaient se le prendre très fort dans les oreilles en live. Un sentiment très nouveau.

Et le lendemain, le pompon, auquel personne ne s’attendait. La une de métro; enfin presque, juste derrière Sarko. Re-déferlante de sms et autres messages : “je prenais mon café ce matin en allant au boulot, et j’ai vu ta tête dans Metro blabla !”
Il y a toutes les vagues connaissances qui grâce au pouvoir de la télévision, et l’efficacité des réseaux sociaux m’envoient des messages pour me rappeler leurs souvenirs d’enfance ou d’adolescence, combien à l’époque déjà j’avais la musique dans le sang et qu’ils étaient persuadés que j’allais réussir.

Bof.

C’est amusant; ce passage de la sphère privée à la sphère publique, en une semaine, juste parce que le disque est sorti. Alors qu’en réalité, rien n’a changé.

Cette aventure est grisante, et je savais bien qu’elle le serait. Même si ce n’est que le tout début, il y a malgré tout un cap passé, une marche franchie, quelque chose. Peut-être est-ce tout simplement le fait de sortir son premier album, et par la magie des médias, de se retrouver dans la cour des grands.

Les mots clefs : la magie des médias.

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MY TARATATA

Jeudi dernier j’ai enregistré mon premier Taratata.
Le premier, parce qu’évidemment, je compte en refaire d’autres. Vous pensez-bien.

J’ai aimé;
c’était court, agréable, certainement imparfait et un peu flou;
intimidant et grisant à la fois.

J’avais peur des caméras, de les sentir braquées sur moi. Elles étaient très discrètes.
J’avais peur de Nagui et de ses questions. Il avait un regard franc et rassurant.
J’avais peur de mon rythme cardiaque. Il était en effet très élevé.
J’avais peur que ma guitare soit désaccordée. A priori c’était convenable.
En vérité, j’avais peur d’assez peu de choses. Mais ces détails se sont accumulés et ont fini par fabriquer une solide angoisse qui m’a accompagnée pendant toute la semaine précédant le jour J.

La journée a été longue.
Comme sur le tournage d’un film, il faut attendre. Les artistes enchainent les répétitions et balances jusqu’à 20h30 où l’émission a commencé dans les conditions du direct. Deux émissions étaient tournées dans la soirée, nous étions programmés dans la seconde.

Nous sommes arrivés vers 13h00 pour les balances. Découverte du plateau. Tout s’est bien passé; mise en place ultra rapide, aidés par le staff puis plusieurs répétitions du titre, pour le son, les lumières, les caméras, et pour nous-même.
Je me suis sentie submergée par un je-ne-sais quoi très joli, mais très paralysant aussi. Les pieds sur le parquet. Waouh.

L’organisation est impressionnante. La synchronisation, le staff, la multitude d’êtres humains qu’il faut pour faire fonctionner un plateau de ce genre : une vraie petite ville.
Nagui est venu se présenter à la fin de notre balance.
Lunaire.
Et oui, je suis bien là, sur le plateau de Taratata.
Je vais aller boire un thé, tiens.

La suite de la journée était assez calme, beaucoup d’attente, et beaucoup de riens. Un peu de maquillage, des discussions, le My Taratata qui permet de dire un bon nombre de bêtises devant une caméra dans une grande caisse en papier mâché, et une faim insoutenable. Le catering est excellent, nous nous sommes jetés dessus à peine était-il ouvert.
Honteux.

20h00.
La première émission a fini par commencer. Je sentais cette étrange effervescence, un peu comme avant un concert. Le public était placé, tout le monde s’affairait, les artistes attendaient leur tour.
Depuis les loges on entendait le son de la salle, le murmure. Il était à peine audible, mais assez pour faire battre mon coeur plus vite qu’à l’accoutumé.

Il y a eu pas mal de cigarettes fumées, un petit footing improvisé à l’extérieur du studio 30 minutes avant notre passage, l’incapacité de boire quoique ce soit de peur de manquer quelque chose d’essentiel, de ne pas savourer assez.
Et puis le moment est venu, vers 23h00 (?). Une jeune fille nous a guidé jusqu’au plateau. Il a fallu attendre quelques instants que l’on nous fasse signe de s’installer pendant que l’artiste précédent était en interview. Ernest et Igor ont pu se placer assez vite. Quant à moi, j’ai attendu derrière les caméras, personne ne me disait d’aller m’installer. Ce moment a duré une éternité. J’attendais, encore et encore, cherchant quelqu’un du regard, pour m’aider, me dire quoi faire, et l’interview se terminait. J’étais abandonnée.
Mais personne ne m’avait oublié, et il a bien fallu y aller devant ce micro, si loin de mes camarades.

A peine le temps de vérifier deux trois choses (ma guitare est bien branchée, le jack, l’ampli, le micro, mes cheveux, mon mediator), Igor a lancé la séquence, le public tapait dans les mains, et c’était parti.
Je n’en ai presque aucun souvenir.
Après il y a eu l’interview, le duo, et encore une interview. J’avais la bouche sèche comme le désert du Sahara.
Le plus doux, c’était le final, quand tout le monde s’est retrouvé sur le plateau pour le générique de fin. Je pouvais sentir dans l’air la détente, le plaisir de la pression qui s’en va, doucement. Et l’envie très immature de boire des coupes de champagne toute la nuit.
Il n’en fut rien, et la nuit qui a suivi était presque paisible.
Reste encore l’appréhension du résultat. C’était bien, c’était médiocre? Les souvenirs qui se bousculent, les sensations, les regrets, l’interview que je me suis reformulée mille fois dans ma tête. Les maladresses?

Taratata, c’était bien.
C’était très bien.

Et comme la vie n’était pas assez belle, le label m’a appelé vendredi pour me dire que le vinyle de l’album était arrivé.

(Merci à Sarah Bastin pour les superbes clichés-souvenirs de cette journée dont je ne publie qu’une infime partie sur ce blog)