D’amour et d’eau fraîche ?

Ce dimanche je me suis lancée dans l’élaboration des relevés royalties des artistes du label, moi incluse. L’occasion de faire un petit point comptabilité aussi, un an après notre création, afin de savoir ce qu’on a dépensé pour chacun de nos artistes, et ce qu’on a gagné sur les ventes physiques et sur le digital. Autant vous dire que je n’avais jamais fait ça avant ce soir, m’attardant rarement sur mes propres relevés, par incompétence ou par flemme, mais surtout par désenchantement.

Je voudrais vous faire une démonstration (un peu) simplifiée concernant la rémunération sur le digital qui aura certainement de l’écho auprès de ceux qui achètent des disques et consomment de la musique en streaming, comme moi.

– My Dear Recordings a vendu 106 albums de « Highline » (toutes plateformes confondues), et le label a encaissé 135€ net (après part du distributeur).

– L’album « Highline » a été streamée  212 000 fois (tout titre et toute plate-forme confondus, Youtube incluse), et My Dear Recordings a encaissé 194€ net (après part du distributeur).

– L’album « Highline » a donc généré 329€ de recettes nettes pour le label qui applique un taux de royalties très enviable à ses artistes, puisque sur le digital il leur reverse 50%, sans abattement.

À ce jour, en tant qu’artiste signé sur My Dear Recordings, j’ai gagné 164,50€ sur l’exploitation digitale de mon disque. Un disque dont la production a coûté environ 15 000 euros.

Est-il besoin de commenter?

Que je porte la casquette de fondatrice de label ou d’artiste indé, je m’insurge de la même façon. Les revenus issus du digital ne permettent pas aux petits labels d’investir pour soutenir leurs artistes, et à moins d’exploser les compteurs, aucun artiste ne peut s’y retrouver, même quand les contrats sont honnêtes.

Du coup, les labels indés s’accrochent au format physique, qui demeure encore le plus rentable. Au moins les calculs sont clairs : on connaît le prix de la fabrication d’un cd ou d’un vinyle, la marge de son distributeur, et en produisant de petites quantités, on peut s’y retrouver, même si il faut souvent ramer pour écouler ses stocks.

Mais à qui profite donc cette révolution technologique qui a changé les usages et les habitudes de consommation de la musique et qui a considérablement rapproché l’artiste de son public? Elle devrait pourtant permettre à tous les acteurs de s’y retrouver. Regardez à nouveaux les chiffres ci-dessus.

Quand allons nous prendre nos responsabilités et ruer dans les brancards? Qui d’autre que nous — artistes, micro labels, producteurs engagés, public outré — pour changer ces pratiques? Comment pouvons-nous espérer alimenter la diversité culturelle quand de telles aberrations subsistent?

Vous l’avez deviné, je suis agacée.

La voix de la raison

Depuis quelques mois je me suis rapprochée de la GAM, l’association qui porte la voix des artistes de la musique en France. Fondée il y a 4 ans (5 en février prochain), à l’initiative de Kent, Issam Krimi, Axel Bauer et Suzanne Combo, l’organisation est force de propositions afin de faire valoir les interêts des artistes (auteurs, compositeurs et interprètes), confirmés ou en développement, auprès des institutions. Il y a encore 6 mois, je ne savais pas que la Gam existait, et pourtant, maintenant que je la fréquente, elle est d’une évidence déconcertante. Hélas, trop peu d’artistes la connaissent.

Pourquoi les artistes français peinent-ils ainsi à se regrouper ? En Angleterre, la Fac (Featured Artists Coalition) existe depuis 2009 et bénéficie d’une visibilité enviable grâce à certains membres de son bureau tels que Annie Lennox, Imogen Heap ou Fran Healy (Travis). Pourquoi sommes nous si réticents à partager nos inquiétudes et mettre en commun notre expertise?

Mercredi dernier, j’ai assisté à la keynote d’Imogen Heap au MaMA. J’aime bien cette artiste, son petit côté nerd m’a toujours plu. Elle a été la première à expérimenter la sortie d’un de ses singles en utilisant la technologie blockchain (Ethereum) via Ugo Music en 2015. Même si je n’y comprenais absolument rien à l’époque, cela m’avait paru diablement cool.
Au delà de l’originalité de la démarche, l’idée était aussi de montrer comment cette technologie permet de rendre la chaîne de valeur transparente entre le fan et l’artiste. En se passant d’une multitude d’intermédiaires qui rendent la distribution de la rémunération opaque, le fan sait exactement où va son argent, et l’artiste sait qui reçoit quoi, selon les termes et pourcentages des contrats définis au préalable. L’expérience a eu un succès relatif, car ce sytème demeure encore très mystérieux pour l’utilisateur lambda. Même si’ il est de plus en plus médiatisé, et que d’autres artistes s’y frottent (RAC), il s’apparente encore à un autre monde.

Pourtant, ce qui m’a enthousiasmée lors de cette conférence, c’est l’engagement vigoureux de l’artiste anglaise, totalement en accord avec son temps, et pour le bien de tous. Car cette bataille pour une chaîne de valeur transparente bénéficierait évidemment à l’ensemble des acteurs de notre écosystème et permettrait d’assainir définitivement une industrie en décrépitude, et dramatiquement inégalitaire. Nous, artistes, avons besoin de labels, de distributeurs, et d’une multitude de partenaires pour nous développer et nous faire connaître. Hélas, la valeur que nous créons est dissoute dans un système opaque dont nous ne tirons aucun bénéfice.

Défendre ses droits, et prendre position contre un système injuste n’est pas synonyme d’isolement. J’ai moi-même monté mon label avec un ami artiste, et je travaille avec des artistes en arborant la casquette de productrice. Je n’ai absolument rien contre les labels et les producteurs, certains artistes peuvent s’en affranchir, d’autres non, selon les parcours, le moment, et les personnalités. Reconstruire la confiance entre le producteur et l’artiste fait partie des enjeux centraux. Cette relation est hélas aujourd’hui très abîmée : personne ne regarde plus loin que le bout de son nez, et les comportements des uns méprisent les problématiques des autres, sans jamais s’intéresser à l’interêt général.

Je ne sais pas si l’immobilisme des gros artistes français est lié à une inquiétude – celle peut-être de froisser les producteurs – ou si elle s’explique par un simple désintérêt. Je le trouve regrettable, car ces derniers pourraient porter de façon très convaincante la parole de tous les autres, forts de leur crédibilité dans l’industrie et de leur visibilité médiatique. De plus, cela serait un élégant travail de transmission auprès des plus jeunes générations.
Mais à vrai dire, je comprends encore moins l’inertie des plus petits et des plus jeunes. Eux qui incarnent si parfaitement le statut d’Artiste-entrepreneur et qui maîtrisent l’ensemble des aspects de leur métier. Ne devraient-ils pas s’insurger de la façon dont l’industrie dysfonctionne?

Combien de mes amis artistes ne regardent plus leur relevé de royalties sur le streaming, estimant la bataille perdue d’avance ? Je comprends ce sentiment, mais je refuse de m’y abandonner. Peut-être est-ce seulement après quelques étapes clés et un lot de désillusions que l’engagement apparaît soudain si vital, si urgent.
Je crois pourtant que l’action ne doit pas découler de la seule colère.
Puisse ce combat trouver ses racines dans un idéal solide et plein de bon sens, mené par tous les artistes et créateurs : petits, grands, jeunes, confirmés, vous et moi.

À bon entendeur.

Montage of Kurt

I finally got a chance to watch the new Kurt Cobain documentary everybody has been talking about : ‘Montage of Heck ‘. Reading Buzz Osborne interview on the Talkhouse this morning made me jump ahead. If this documentary is 99% bullshit, I had to see for myself.

Well, as a matter of fact, I didn’t like it. I haven’t learned anything, and I thought it was just a collection of sounds and images, but couldn’t see any insightful purpose behind it all.

I read Kurt’s dairy and Charles R. Cross book “Cobain Unseen” a few years ago and I knew almost everything already : how the divorce of his parents affected him deeply, the fear of humiliation, how music and the development of Nirvana structured his life for a while, his influences and surroundings, how sudden was the exposure to massive media, as well as his struggle with heroin, the fake stomach issues to justify drug medication, the shady influence of Courtney, and of course the awful ending.
What else is there to say?

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This being said, I did enjoy how the documentary was built. The animations are really great, the footage from his childhood, and some demos we can hear in the backround turned out being really inspiring. Unfortunately, the final result is nothing but a montage, and there is no convincing thread holding the images together.
Footages of Kurt and Courtney totally high while taking care of Frances Bean Cobain are terrible, and make you want to shut the whole thing down. What’s the point of showing this anyway?

It is obvious that Kurt was a smart yet fragile fellow, with a huge talent, and I do believe he is one of the finest songwriters ever. But as many others, he got crushed by success and mass exposure, and he couldn’t cope with being the leader of an entire generation. That’s basically all there is to know. There were many others like him. Celebrity and money often lead to bad influences, bad surroundings and bad people, all of this combined with drugs…well, it also usually leads to a bad ending.

Save two hours of your life for something else, you obviously don’t need to see ‘Montage of Heck’.
So there.

 

 

Girls & Bands

I was not convinced I should read Kim Gordon’s memoir. Although I do like Sonic Youth, it was never a band that fascinated me. I respected them a lot, and I bought some of their records, but I was more into Nirvana at the time, it was more pop, more visceral and spoke to me more. I always thought Sonic Youth was a bit too artsy.
Therefore, Kim Gordon was not my reference as THE woman in a band. She looked too strong, and too confident, there was something harsh about her. Maybe she was too American, too girlie. Maybe I was more into girls playing guitar and I despised bass. Maybe she was not enough of a leader. I never really thought about it, but she was not my type and I never identified with her.

When Kim and Thurston’s marriage exploded, and Sonic Youth called it a day, I felt weird. It was rather unexpected. It’s true that those two looked like a myth, it was the perfect rock and roll couple and everyone thought they couldn’t ever separate. They had been through so much already, they were in a rock band together! That had to be the biggest test ever for a relationship! But they failed, after so many years, and like most couples do, in the most pathetic way. There is no exception for rockstars, obviously. Everybody goes by the same rules.
I remember the official statement the band made for the press, it was simple, clear, and straightforward. There was no crazy media fuss about it, which I thought was elegant.
I was not a Sonic Youth fan, but those two meant something to me, and I grew up with them. Sadly, I realized how important they were to me when they separated.

‘Girl in a Band’ sounded like a good hook.
I, too, am a girl in a band after all. And whether Kim Gordon is my type or not, she is so damn cool. So I bought the book.

Autobiographies or memoirs are always interesting when you are in the music world yourself, because most of the artists now in their late 50s or 60s or even older have had unusual lives. My generation is much more formatted and trajectories often look the same. But back in the days, there were real musical movements and all those people were, if not pioneers themselves, part of something huge, something that changed the society, the music, the fashion, the way of life, and the business too. And grunge was probably the last real musical movement along with britpop. I was a teenager when it happened, I remember it all, I was watching MTV, and those bands were everywhere; on television, on the radio, on the mixtapes I made for my friends and we exchanged at school, and in my imagination too. I wanted to be like those guys. I wanted to be a girl in a band.

Kim Gordon’s book looks like an essay to me. It’s extremely insightful. As I was reading along I took a bunch of notes. She reflects about being a woman in general, and in this band in particular, about relationships, in the band, outside the band, in the business, in art, in love, in the family. It’s not a boring collection of chronological events summarizing her life. Of course, it made a lot of sense to me. Some questions I also have, some issues are simply identical because I am a woman, surrounded by guys, and expectations are somehow similar.

I was convinced Kim was a pure New Yorker, but although she was born in Rochester, NY, she was raised in California. The sunny glamorous halo surrounding her probably comes from there. But her intellectual journey really took off in New York around the no-wave movement.
What I really found fascinating is that she never really describes her job as a songwriter’s duty. It’s not about the songs, or the melodies, but mostly about the performance and the idea. For her, music, at least in the beginning, seemed to have been an artistic medium like any other. Making sound was as important as creating pictures, filming, painting, dancing or performing in any way.
It’s definitely not how I came to music, I came to music by the melody, and how it obsessed me, and by rhythmic patterns and how they appealed to me physically. It was not intellectual, at first, but totally instinctive and sensitive.
Although Kim appears as an overly sensitive person, she seemed to have found a shelter in the intellectual aspect of art. When you hide behind an idea, everything seems much easier, because that idea structures what you are doing as much as it shapes your being. It’s fully reassuring. Kim wanted to create, and it was natural for her to move into the art world. Although performing was vital for her, she doesn’t speak precisely about writing and the band’s workflow. Some songs are highlighted, and she tells the story about specific lyrics but you really understand, that despite such a raw and primitive sound, Sonic Youth’s music was guided by a highly sophisticated ambition.

Gordon also speaks as a woman, a wife and a mother, and depicts herself as insecure and fragile. She is not indecent in any way, but still manages to share a lot about herself. It’s a strong book and you sometimes feel she probably had written more than what was kept in the final version. All extracts about Kurt Cobain are amazing, their affinity was moving and it didn’t surprise me. There is something solid about her, probably linked to her social background, that makes her so wonderfully normal.
I believe one needs to have this sort of solidity to succeed in art; normal is necessary. The strength and longevity comes from that. Normal doesn’t mean boring, it’s just a structure. It means you know where you come from, and where you’re heading at, and it supposes you are not building things up randomly. It’s like a grid you can always refer to. It doesn’t protect you from everything, but I think it helps keeping you alive in a world that constantly requires you to open up, and puts a lot of pressure on you.
Kim Gordon did just that. She wasn’t really aware of herself as a rockstar. In the book you understand she somehow figured out what she represented for the kids, but it was never meaningful to her. She always had her feet on the ground. Maybe her marriage didn’t survive that normality, but I tend to believe she did, as a woman. Her career and life looks very consistent to me. She was never a girl in a brand.

Anyway, this book a must-read and Kim Gordon is obviously a smart woman. He reflections are genuinely openhearted and inspiring. It was stimulating in many ways. It’s not a rockstar’s ego-centered autobiography, but a woman’s collection of thoughts and memories. And a very valuable one.

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Sonic Fighters

Last saturday was Dave Grohl’s serie « Sonic Highways » finale.
I have been following the serie every week and I thought it was really well made. I guess it’s a must-see for anybody interested in music.
I am not a huge Foo Fighter fan – which you obviously don’t need to be to enjoy the show -, but I remember when their first record came out in 1995. After Cobain’s suicide and the end of Nirvana, I was expecting Grohl to bounce back at some point. Some of his songs were already available on Nirvana’s B-sides and I liked them. Grohl already had a style of its own.

Foo Fighters’ first album was a fine record to release after the Nirvana madness. Grohl couldn’t be accused of copying, or rushing into something new just to keep himself in the race. It was obvious that he has been practicing songwriting for a while, and that he had something to say. So, of course, it worked out well and it was fully deserved. I lost track after ‘The Color And the Shape’ released in 1997 : the band’s sound and songs became a little too polished for my taste. Nevertheless, I always respected the guy and what he achieved.

Grohl is a major figure of American rock music and “Sonic Highways” was the logical continuation to his movie “Sound City”. After being the drummer of one of the most exciting acts of the nineties, he has become the leader of one of America’s biggest rock band. How wouldn’t he be jaded ? Grohl seems to have kept his feet on the ground and what strikes me is how he always focused on fulfilling his dreams. Now that he has accomplished so much, he works on passing his knowledge and passion on to the new generation. Most great artists do that. He has a vision of himself, and of the music as a whole, which makes people want to hear what he has to say.

“Sonic Highways” obviously has an educational purpose. Grohl focused on emblematic cities according to his major musical influences. Of course there are a lot of omissions, but I believe you cannot make any exhaustive list of what America has in store musically anyway. It would simply take ages to mention everyone. The choices of the studios, and all the people interviewed create a patchwork of what American music is to Grohl. It’s interesting precisely because we watch America through his prism. Generations of musicians, producers, journalists, famous rockstars, and all kind of people involved in the musical development of their city… all episodes are tethered by Grohl’s idea of music.
And the Foo Fighters, of course, trying to make a record.

As expected, the last stop of this musical tour of America is New York.
As you may know, I am a frustrated non-New Yorker. Needless to say I watched the latest episode voraciously. In comparaison to other episodes, Grohl really focuses on the Magic Shop, as a studio of course, but as the mirror of how New York has changed. More than the recording studio itself, it’s Steve Rosenthal, the owner, that makes the episode so heart-warming. New York is still where everything happens, and everybody praises its energy and movement. You need such vitality to make art, and nobody denies it.  Magic can happen anywhere but New York is obviously the best place to give it a try. Unfortunately, as any metropole in the world, the city is changing : business is taking over. Recording studios, record stores, independant bookstores, they all close their doors and are replaced by fancy-shitty restaurants or whatever it may be. It happened to Headgear, where my second opus “Bandit” was mixed (one of the last records mixed there), and to a bunch of other great places.

I guess we cannot really change that, and if Grohl’s aim was to make people understand that those musico-historical places define a city, and, when it all adds up, define America in general, he is right. But more than places, it’s the people involved that make a city special and resistant to standardization. Of course, Grohl points that out too. Since it’s an American show, it has this happy ending, and Grohl’s conclusion is, as he says to President Obama, “anybody can make anything out of nothing”. The American Dream, always. But who will deny that America is a land of opportunities ?

In conclusion, “Sonic Highways” is half between Grohl’s dream and Grohl’s reality. It’s a tour of America’s legendary venues and studios, according to the personal trajectory of a guy, Grohl himself. This is why it’s better than any documentary looking for completeness. The serie is guided by curiosity which helps making it interesting. Although the album that came out of it is not his best work, it was probably exciting to make it that way, and the whole approach is conceptual enough to satisfy the fans. But it’s also a great marketing move, in order to promote another Foo Fighters record.
If only Grohl could do the same musical tour over Europe for next season it will probably really affect his confort zone, and help him make a record as good as the show itself. But maybe that’s already the plan. Who knows ? Wait and see.

Action Pamela !

J’avais promis que je vous raconterai le tournage du clip. Avant que ma mémoire ne flanche et que je ne me souvienne plus de rien, voici les grandes lignes de cette jolie aventure.

Le réalisateur Nicolas Bary m’a contacté en février dernier par email pour me dire qu’il voulait que nous réalisions un clip ensemble. Plaisir que de recevoir une telle requête, mais frustration de savoir que le timing était mauvais; pas de titre à défendre, plus de promo, en pleine écriture du second disque… Alors comment faire un clip ?

J’étais réticente, d’autant que ma première expérience de tournage était absolument catastrophique et le résultat dramatiquement médiocre, malgré un certain nombre de moyens. J’avais donc tiré un trait sur le principe même du clip, en attendant l’opportunité parfaite.
Heureusement, Nicolas Bary n’est pas le genre de personne qui se laisse intimider par ce type de préjugé imbécile; il voulait crânement incarner cette opportunité-là. Il déploie une énergie communicative et semble prêt à tout pour mener à terme ses envies et ses projets; si le contact passe, tout est possible. Même si sur le papier tout semble impossible.
Notre rencontre s’est passée comme dans un rêve, Nicolas s’est installé dans mon univers avec une facilité déconcertante. Un premier rendez-vous et déjà nous savions que nous allions tourner un clip ensemble.

Après un certain nombre de rebondissements dont je ne donnerai pas le détail ici, une date de tournage a été fixée.
Nicolas ne nous avait pas dit grand chose sur la teneur des images qu’il comptait filmer, pas de story board, pas de précision sur les décors. Il ne voulait pas m’en dire plus. Moi qui adore tout savoir, j’ai dû me faire une raison.

Premier jour, 7h30, la chargée de prod passe me chercher. Le rendez-vous sur place était fixé à 8h00, nous devions être tous les trois prêts à tourner à 9h00. J’avais dormi 4 heures; l’excitation sans doute. Heureusement, et on l’oublie souvent, au cinéma, tout est faux. Alors le maquillage m’a rapidement rendu mes 9 heures de sommeil, pour mon plus grand bonheur.
Matériel, habits, lumières, tout était prêt; l’équipe bossait depuis 7 heures du matin.

Le premier jour de tournage se déroulait dans deux lieux différents. Un premier décor dans le XXe et un autre à Aubervilliers. Théoriquement sportif donc, que de passer de l’un à l’autre, mais tout était calculé au millimètre et je n’y ai vu que du feu.
En gros nous n’avions qu’à nous faire maquiller et coiffer, nous changer selon les plans et les desiderata du réalisateur et faire un peu de playback. Exercice absolument horrible et que je ne sais pas faire. Surtout à 9 heures du matin.
Alors qu’un baffle émoussé crachait le titre, nous tentions tant bien que mal de nous trémousser au son de la musique, ce qui, malgré les douzaines de cafés/thés volés à la production, s’avéra bien difficile. Nicolas, heureusement, sachant exactement ce qu’il voulait, nous a laissé nous mettre à l’aise, jouer avec la caméra et prendre nos marques.
Sur le combo, les images étaient superbes. J’étais bluffée.

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Quelques plans plus tard, alors que sonnait l’heure du déjeuner, nous sommes partis pour Aubervilliers où était prévu le grand jeu : deux voitures vintages, des rampes de projos, un mur d’amplis. Mon dieu. A peine le temps d’avaler un sandwich, d’attendre que tout le monde s’installe, et de se faire rattraper par une envie foudroyante de dormir – maquillage, ou non – il fallait y aller. Moteur. Action Travelling. Action Pamela.
Le petit plus était que les rampes de projecteurs disposées derrière nous dégageaient une chaleur de bête. Nous transpirions donc tous les trois de manière tout à fait anormale. La maquilleuse venait régulièrement m’éponger; j’adorais ça, vraiment et, imperturbable, j’ai continué à faire mon playback non sans un manque réel de conviction. Nicolas ne semblait pas trop se préoccuper de mes mouvements ralentis, et de mes tics de bouche approximatifs. Se laissant guider par le moment, nos attitudes et jeux de regards, il a filmé ce qu’il voulait, juste comme il le voulait.

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L’heure de la sieste dépassée, nous devions encore shooter trois scènes. Une à l’extérieure avec une vieille volvo P1800ES, une autre dans un ascenseur avec une Jaguar coupé Type E, puis enfin un dernier plan dans un grand hall en béton très graphique.
C’est Ernest qui a conduit la volvo pendant qu’Igor et moi profitions du confort des sièges 70s, tétanisés à l’idée qu’Ernest rate un virage – le propriétaire de la voiture scrutant attentivement la moindre de ses accélérations.
Tout s’est évidemment bien passé et la fin de la journée s’est déroulée tranquillement. Lors de la dernière scène, portée par une sorte d’énergie rock and roll absurde, j’ai tenté de casser un vinyle – et bien je vous assure que ce n’est pas chose aisée.

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Je suis rentrée chez moi, exténuée mais ravie. Le rythme effréné de cette première journée m’avait empêché de questionner efficacement mon état de fatigue, et avait laissé place à de plaisantes courbatures. A 11 heures je dormais comme un loir, la tête pleine de belles images.

La seconde journée de tournage avait lieu à Saint-Cloud dans un endroit que j’avais déjà visité avec Nicolas. Nous avions également plusieurs scènes à filmer mais le planning était plus soft.
Playback encore, mais cette fois avec un peu plus d’assurance. Pas de mur d’amplis, juste un AC30, et un décor plus chaud ; pierre, bois, verrière – ambiance loft new yorkais.
Nicolas était toujours aussi doucement directif, sachant parfaitement où aller et comment, ce qui ne laissait pas de place à l’hésitation. Parfait pour nous qui devenions franchement mauvais dès lors que nous réfléchissions à ce que nous devions faire en présence de la camera. Apprendre à regarder l’objectif, et à se regarder sans rire. Cela n’a pas toujours été facile. Ernest d’ailleurs avait trouvé une parade et s’il regardait dans ma direction, c’était toujours un peu au-dessus, ou en-dessous, pour ne pas glousser. Igor tentait pendant ce temps-là de dompter sa mèche folle, sérieusement mise en valeur par la coiffeuse du plateau. Nous avons beaucoup ri.

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La journée est passée rapidement, alors que l’équipe elle aussi commençait à montrer des signes de déconcentration. On riait beaucoup et les installations duraient plus longtemps, au grand damn de Nicolas qui luttait pour avoir les images qu’il voulait, quoique sans signe d’agacement.

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Après m’être changée mille fois, m’être allongée sur des néons de lumière, avoir eu un mal de dos carabiné suite à cette expérience, avoir fixé la caméra si longtemps que mes yeux semblaient inertes, j’ai enfin tourné la dernière scène. J’y étais seule, assise dans un fauteuil, l’air grave, et je suivais des yeux la camera en travelling tout en marmonnant les paroles de la chanson.
C’était doux.

En fait, cela aurait pu durer encore quelques jours. C’était bien.

Non?

Un grand merci à toute l’équipe du tournage, à Sarah Bastin qui est responsable de ces magnifiques clichés, à Gaëlle Dubois, à Vit’Net notre teinturier préféré, à mon label Tôt ou Tard et aux Partenaires sans qui ce projet n’aurait sans doute pas vu le jour.

Magical

Un peu plus d’une semaine déjà que l’album est dans les bacs, en vrai.

Je ne parviens pas vraiment à m’empêcher d’aller errer tous les 2-3 jours à la Fnac, discrètement et rapidement, juste histoire de voir si le disque est bien mis en avant, si les gens s’arrêtent, le regardent, l’écoutent, et l’achètent. Mais je ne tiens pas bien longtemps, je me sens vite complètement ridicule. Juste un coup d’oeil, le temps de voir que le vinyle est arrivé à la Fnac, et qu’il dépasse des bacs à St Lazare. Et vite aller se cacher dans le rayon musiques du monde.
Après cette activité hautement sportive, je me détends en achetant les disques des autres, à défaut de voir des inconnus acheter le mien : 1983 de Sophie Hunger, le DVD de Blur à Hyde Park et des White Stripes au Canada, Le dernier Hey Hey My My. Tous superbes.

Tous ces artistes dont je croise la promo, qui ont fait les mêmes émissions, qui ont rencontré les mêmes journalistes à un ou deux jour près, c’est marrant.
Bobby Bazini, par exemple, on s’est suivi partout, Taratata, Deezer, iTunes, MusicMe. C’est un peu devenu un copain du coup. Je m’imagine le croiser lors d’un festival dans quelques mois, et lui dire “Hey Bobby, tu te souviens quand on était tous les deux en home de Deezer”.
N’importe quoi.

Il y a aussi eu la messe de Taratata : sagement assise devant une télé, à siroter un bon Bordeaux tout en regardant, impatiente, la prestation de Charlie Winston & Luke.
Un joli Taratata; un peu froid à cause de mon goût affirmé pour l’Hitchcockisme, mais joli malgré tout. Les sms, les parents, et l’enregistreur qui a déconné. Le générique de fin aussi. Et puis le re-regarder sur le net quelques heures plus tard, toute seule. Et se dire que ça fait tout bizarre d’avoir sa page artiste sur le site de Taratata : un rêve de gosse.
(Pour revoir le Taratata, rendez-vous ici : http://www.mytaratata.com/Pages/ARTISTES_Fiche.aspx?ArtistId=1629)

Il y a aussi eu la Boule Noire, Sold out.
Un Sold Out de débutant, mais un sold out quand même. Un joli concert, l’impression qu’il y avait un public naissant juste pour nous, des gens qui avaient écouté le disque, et qui venaient se le prendre très fort dans les oreilles en live. Un sentiment très nouveau.

Et le lendemain, le pompon, auquel personne ne s’attendait. La une de métro; enfin presque, juste derrière Sarko. Re-déferlante de sms et autres messages : “je prenais mon café ce matin en allant au boulot, et j’ai vu ta tête dans Metro blabla !”
Il y a toutes les vagues connaissances qui grâce au pouvoir de la télévision, et l’efficacité des réseaux sociaux m’envoient des messages pour me rappeler leurs souvenirs d’enfance ou d’adolescence, combien à l’époque déjà j’avais la musique dans le sang et qu’ils étaient persuadés que j’allais réussir.

Bof.

C’est amusant; ce passage de la sphère privée à la sphère publique, en une semaine, juste parce que le disque est sorti. Alors qu’en réalité, rien n’a changé.

Cette aventure est grisante, et je savais bien qu’elle le serait. Même si ce n’est que le tout début, il y a malgré tout un cap passé, une marche franchie, quelque chose. Peut-être est-ce tout simplement le fait de sortir son premier album, et par la magie des médias, de se retrouver dans la cour des grands.

Les mots clefs : la magie des médias.

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MY TARATATA

Jeudi dernier j’ai enregistré mon premier Taratata.
Le premier, parce qu’évidemment, je compte en refaire d’autres. Vous pensez-bien.

J’ai aimé;
c’était court, agréable, certainement imparfait et un peu flou;
intimidant et grisant à la fois.

J’avais peur des caméras, de les sentir braquées sur moi. Elles étaient très discrètes.
J’avais peur de Nagui et de ses questions. Il avait un regard franc et rassurant.
J’avais peur de mon rythme cardiaque. Il était en effet très élevé.
J’avais peur que ma guitare soit désaccordée. A priori c’était convenable.
En vérité, j’avais peur d’assez peu de choses. Mais ces détails se sont accumulés et ont fini par fabriquer une solide angoisse qui m’a accompagnée pendant toute la semaine précédant le jour J.

La journée a été longue.
Comme sur le tournage d’un film, il faut attendre. Les artistes enchainent les répétitions et balances jusqu’à 20h30 où l’émission a commencé dans les conditions du direct. Deux émissions étaient tournées dans la soirée, nous étions programmés dans la seconde.

Nous sommes arrivés vers 13h00 pour les balances. Découverte du plateau. Tout s’est bien passé; mise en place ultra rapide, aidés par le staff puis plusieurs répétitions du titre, pour le son, les lumières, les caméras, et pour nous-même.
Je me suis sentie submergée par un je-ne-sais quoi très joli, mais très paralysant aussi. Les pieds sur le parquet. Waouh.

L’organisation est impressionnante. La synchronisation, le staff, la multitude d’êtres humains qu’il faut pour faire fonctionner un plateau de ce genre : une vraie petite ville.
Nagui est venu se présenter à la fin de notre balance.
Lunaire.
Et oui, je suis bien là, sur le plateau de Taratata.
Je vais aller boire un thé, tiens.

La suite de la journée était assez calme, beaucoup d’attente, et beaucoup de riens. Un peu de maquillage, des discussions, le My Taratata qui permet de dire un bon nombre de bêtises devant une caméra dans une grande caisse en papier mâché, et une faim insoutenable. Le catering est excellent, nous nous sommes jetés dessus à peine était-il ouvert.
Honteux.

20h00.
La première émission a fini par commencer. Je sentais cette étrange effervescence, un peu comme avant un concert. Le public était placé, tout le monde s’affairait, les artistes attendaient leur tour.
Depuis les loges on entendait le son de la salle, le murmure. Il était à peine audible, mais assez pour faire battre mon coeur plus vite qu’à l’accoutumé.

Il y a eu pas mal de cigarettes fumées, un petit footing improvisé à l’extérieur du studio 30 minutes avant notre passage, l’incapacité de boire quoique ce soit de peur de manquer quelque chose d’essentiel, de ne pas savourer assez.
Et puis le moment est venu, vers 23h00 (?). Une jeune fille nous a guidé jusqu’au plateau. Il a fallu attendre quelques instants que l’on nous fasse signe de s’installer pendant que l’artiste précédent était en interview. Ernest et Igor ont pu se placer assez vite. Quant à moi, j’ai attendu derrière les caméras, personne ne me disait d’aller m’installer. Ce moment a duré une éternité. J’attendais, encore et encore, cherchant quelqu’un du regard, pour m’aider, me dire quoi faire, et l’interview se terminait. J’étais abandonnée.
Mais personne ne m’avait oublié, et il a bien fallu y aller devant ce micro, si loin de mes camarades.

A peine le temps de vérifier deux trois choses (ma guitare est bien branchée, le jack, l’ampli, le micro, mes cheveux, mon mediator), Igor a lancé la séquence, le public tapait dans les mains, et c’était parti.
Je n’en ai presque aucun souvenir.
Après il y a eu l’interview, le duo, et encore une interview. J’avais la bouche sèche comme le désert du Sahara.
Le plus doux, c’était le final, quand tout le monde s’est retrouvé sur le plateau pour le générique de fin. Je pouvais sentir dans l’air la détente, le plaisir de la pression qui s’en va, doucement. Et l’envie très immature de boire des coupes de champagne toute la nuit.
Il n’en fut rien, et la nuit qui a suivi était presque paisible.
Reste encore l’appréhension du résultat. C’était bien, c’était médiocre? Les souvenirs qui se bousculent, les sensations, les regrets, l’interview que je me suis reformulée mille fois dans ma tête. Les maladresses?

Taratata, c’était bien.
C’était très bien.

Et comme la vie n’était pas assez belle, le label m’a appelé vendredi pour me dire que le vinyle de l’album était arrivé.

(Merci à Sarah Bastin pour les superbes clichés-souvenirs de cette journée dont je ne publie qu’une infime partie sur ce blog)

Bobines et microphones

Il va bien falloir s’y habituer.
Les caméras.

Hier soir une équipe est venue nous filmer dans notre Hute-cave, là où nous répétons assidûment depuis 4 ans. On avait tout bien rangé pour l’occasion, j’avais sorti (une partie de) mes plus belles guitares et j’ai obligé le cameraman à faire quelques jolis gros plans. L’art avant toute chose.

La télévision semble souffrir elle aussi des conséquences du net. On la regarde moins, moins bien, et toutes les vulgaires tentatives des chaînes de populariser à l’extrême leurs mauvais programmes semblent assez vaines.
Malgré tout, ce media est inévitable, et il y a encore quelques rendez-vous que les gens ne manquent pas. Des émissions au concept fort qui ont fait leur réputation depuis des années. Et les téléspectateurs sont une cible unique, vaste, mélangée, variée. Incontournable en somme.

Avant, je trouvais que la radio était un medium extrêmement intimidant. C’est très difficile. Pourtant je connais ma voix, je n’ai pas peur d’un micro, toute la technologie radiophonique m’est familière. Mais il faut être rapide, vif, clair. Sans image, il ne peut pas y avoir de faux pas. L’auditeur imagine, il faut lui donner bien plus de matière qu’à la télévision, où l’image capte l’attention avant le contenu et le discours.
Depuis et après une bonne dizaine d’émissions ultra ratées, ennuyeuses, trop longues et sans fin, je me suis habituée. La réussite d’une émission de radio est évidemment en grande partie la responsabilité du journaliste qui a plus ou moins étudié sont sujet, qui rebondit vite, qui ne laisse pas l’invité dans le silence ou la réflexion trop longtemps, qui lui tire des vers du nez.

A la télévision, c’est presque pareil, surtout dans un programme où tout est centré sur le contenu, plutôt que sur la force des images. Finalement, c’est au journaliste que l’on s’adresse et non à la caméra. Et ça c’est très surmontable.
Mais je me demande vraiment comment on peut présenter le journal de 20h00.

C’était amusant de jouer et d’être filmé : le cadreur à 1 mm de mon nez, du micro, puis des touches du Moog d’Igor, l’objectif dans la cymbale de Lô. Mais c’est dur, où dois-je regarder exactement, que dois-je faire ? Et dans le feu de l’action, quelle angoisse.
Faut-il sur-jouer devant une caméra, être naturel? Autant de question auxquelles nous n’avons évidemment pas encore répondu.

Hier soir c’était notre première télévision de toute notre petite vie de rockstars en herbe.
Cela méritait bien un article sur ce blog.

La diffusion est prévue mi novembre sur France 2. J’éditerai en temps voulu cet article pour vous donner tous les détails.

edit :
LE 19 NOVEMBRE SUR FRANCE 2, ENVOYÉ SPÉCIAL À 20H30
http://envoye-special.france2.fr/index-fr.php?page=accueil

Pam.