To stream or not to stream ? Impressions

J’ai mis du temps à sauter le pas, mais ça y est je me suis abonnée à Spotify.

Pourquoi Spotify et non Tidal ou Apple Music, ou encore Deezer? Je ne sais pas. En grande partie parce que j’avais envie de varier les plaisirs, ne pas avoir un mac tout Apple, et parce que j’en avais assez de ne pas pouvoir écouter les playlists Spotify des artistes que j’aime.

Ce qui m’intéresse ici n’est pas la part ridicule reversée à l’artiste ou le fonctionnement économique du système, mais la façon dont le streaming modifie nos habitudes d’écoute.

Jusqu’à il y a un mois, je n’étais abonnée à aucun service de streaming. Mon téléphone était rempli de mp3 que je téléchargeais consciencieusement à partir des cartes de download récupérées dans les vinyles. Je n’achète plus de cds depuis des années, mais beaucoup (trop) de vinyles. Je n’écoute pas de musique dans la rue ou dans le métro, je n’ai pas de casque Beats ou Marshall à 300 euros, et mes habitudes étaient jusqu’alors assez old school. Je découvrais des artistes par recommandation, ou par le net, sur des sites spécialisés, fouillais sur youtube ou sur le site de l’artiste pour en savoir un peu plus sur son actu, ses projets, et si j’amais, j’achetais le vinyle. Parfois même aux US, directement auprès des labels, quand les artistes n’étaient pas disponibles en Europe, et tout en me délestant de 30 euros de frais de ports. Mais toujours avec le sourire et la certitude d’avoir soutenu un groupe indépendant de qualité et donc d’avoir fait avancer l’humanité dans le bon sens.

Puis j’écoutais ensuite le vinyle chez moi, au calme.

Spotify m’a obligée à changer un peu ces habitudes. Tout d’abord j’ai acheté un connecteur bluetooth pour pouvoir piloter facilement l’appli de mon tel ou mon ordi et profiter du plaisir de mon système de son sans envahir mon appartement de cables. Quand ça marche c’est plutôt pas mal.

Alors, un nouveau monde s’est ouvert à moi et j’ai erré dans l’immensité du catalogue Spotify.

Cette errance m’a permis d’écouter beaucoup de musique, beaucoup plus que d’habitude. A force de rebondir sur une suggestion de l’algorithme, d’écouter les playlists, d’aller fouiller chez mes contacts et espionner leurs préférences, j’ai perdu un temps précieux, fait quelques découvertes, mais en vérité, rien de véritablement marquant.

Le streaming rend passif et fainéant. Ma platine ne tourne plus, mais j’écoute tout, beaucoup, ce qu’on me suggère, ou ce qu’on ne me suggère pas, des albums anciens, des nouveaux, je découvre des artistes que m’étaient inconnus, et mon cerveau ne fait absolument plus la part des choses. Je ne peux pas vous citer le nom d’une seule découverte.
J’écoute beaucoup, vite, et mal.

Oui, le streaming nous encourage à une consommation quantitative et non qualitative, il n’y a aucun doute. L’immensité de l’offre n’est absolument pas contrebalancée par une démarche artistique des plateformes. Il y a certes des recommendations, par style, mais elles tombent à côté de la plaque une fois sur deux parce que c’est un robot qui applique son algorithme en fonction des albums écoutés par l’utilisateur, du temps passé sur tel ou telle page, de la vitesse à laquelle ce dernier à zappé le titre etc. L’automatisation tue complètement la dimension personelle de l’acte d’écoute. C’est un gavage organisé.
On peut toujours essayer de dégotter de bonnes playlists spécialisées, mais c’est long, fastidieux, et les choses vraiment intéréssantes sont bien cachées.

Pour un consommateur avisé, cette immensité donne la nausée.

A mon sens, une plateforme de streaming devrait être comme un disquaire. On ne devrait pas tout avoir à dispo, mais chaque plateforme devrait obéir à une ligne artistique. Aussi les fans de jazz, soul, musique du monde iraient plutôt chez untel et les mordus de pop rock indé plutôt chez trucmuche. A cela s’ajouteraient des mises en avant censées, obéissant à une ligne artistique cohérente, comme lorsqu’un magasin de disque fait découvrir des choses à ses clients. Il y aurait des spécialistes.

Evidemment, si mon rêve se réalisait, le marché serait morcelé en une multitude de petites offres de streaming. Il y aurait les gros, bien sûr, mais on pourrait aussi aller chez les petits qui feraient un travail humain et à une échelle concevable, de défrichage et de découverte. Comme dans la vraie vie.

D’une façon plus générale, je pense qu’il faut remettre de la personnalité et de l’humain dans toutes nos entreprises, qu’elles soient commerciales, ou artistiques. Personne ne peut s’identifier à la société telle qu’elle fonctionne aujourd’hui, et ces plateformes sont un énième exemple d’un modèle vide de sens, où l’on accumule des catalogues d’oeuvres dans une immensité qui n’est pas absolument structurée.

Quelle culture musicale pourrions-nous bien nous forger en abandonnant nos oreilles à spotify et consorts?

Une culture chaotique et sans histoire, artificiellement assemblée par un robot qui, par définition, n’est pas très humain.

J’hésite à me désabonner.

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Gunshot

Un matin, une chambre d’hôtel dans un pays chaud. Un état écartelé par la guerre. Il est tôt, tout est calme. La lumière est belle et dorée. Elle se réveille et regarde son compagnon assis à la table de leur chambre écrire une carte postale. Il est photographe, ou journaliste, peu importe, mais il est là pour son travail.  Il la regarde et esquisse un sourire. Le coup retentit, la fenêtre est ouverte, il tombe de sa chaise. Un bruit sourd, et les oreilles se mettent à siffler. Puis plus rien.
C’est lui, le mort, qui raconte.

J’ai écrit ce titre pour mon nouvel album que j’ai terminé en août, et comme souvent, le texte s’est articulé autour d’images que j’avais en tête quand j’ai fredonné la mélodie.
Vendredi, trois heures après avoir posté le teaser de la vidéo que j’annonçais depuis une semaine, des assassins ont terrorisé Paris et volé la vie de centaines de personnes; une exécution planifiée et incompréhensible.
Ce titre est apparu comme une affreuse prémonition, non parce qu’il parle de terrorisme précisément, mais parce qu’il parle de la balle qui fauche. Avant elle il y a la vie et l’insouciance. Le mouvement et le langage. Puis en un instant il n’y a plus rien, juste le silence, l’absence, et le vide.

Lorsque j’étais à New York cet été j’ai beaucoup marché. J’habitais à Harlem près de l’université de Columbia. Lors d’un de mes périples, je me suis arrêtée dans un petit café, à l’angle de Broadway et de la 97e. J’ai bu un thé glacé en rêvassant, mon Olympus argentique vissé autour du cou. Un jeune garçon est venu m’aborder pour parler photo. Il s’est présenté comme photographe, monteur et vidéaste, et alors que je lui disais que j’étais française il m’a répondu dans un français parfait que lui-même était haïtien. La conversation n’a pas duré et je suis rentrée chez moi en me disant que je voulais qu’il fasse des images de New York pour ‘Gunshot’. Je l’ai contacté le soir même et nous avons décidé de filmer, sans véritable objectif, une longue balade mélancolique dans la ville. Je ne savais pas ce que j’allais en faire, mais j’étais là-bas et je voulais me souvenir. Cette ville est si belle en noir et blanc.

J’ai donc passé les jours suivants à marcher avec lui, un peu partout dans la ville, et naturellement, nous avons beaucoup parlé. Gaël vient d’une famille catholique haïtienne, sa famille habite en Floride mais lui est venu à NY il y a quinze ans. Il a servi en Iraq et s’est converti à l’Islam il y a peu.
Alors que nous partagions un avocado burger un soir, je me souviens lorsqu’il m’a dit, les yeux brillants, « I converted to Islam and I love it ».

On a tourné des images, puis je suis rentrée à Paris. Nous n’avions pas vraiment parlé depuis. Je lui avais juste envoyé le montage du lyrics une fois terminé. Le jour des attentats, dans l’heure qui a suivi les horribles événements, Gaël m’a envoyé un message sur instagram pour me demander comment j’allais. Nous avons échangé brièvement, dans la panique, et il a écrit cette phrase « Ok. Be strong! Keep G’d close. Help others keep their spirit high. Broken spirit would be victory for them. I fought against people like that. They lust over broken spirits. Keep the Faith and stay strong».

Si les mots de Gaël sont ceux d’un sage, c’est un ensemble de symboles qui se regroupent autour de cette chanson. Alors il y a ce thème, comme prémonitoire, cette mélancolie sourde, et Gaël, un musulman croyant et pratiquant, qui m’a aidé à faire ce petit film.

J’aurais pu être là-bas, avec tous ces gens. Je pense à eux, tout le temps.

One morning. A hotel room in a hot country. A state torn apart by war. It’s very early, everything is silent and the light is golden and beautiful. As she wakes up, she watches her lover sitting at the table accross their bedroom, writing a postcard. He is a photographer or a journalist, either way, he is there for work. He looks at her too and almost smiles. The shot blasts, the window is opened, he falls from his chair. A dull noise and the ears ringing. It’s over.
It’s him, the dead boy, who is speaking.

I wrote this track for the upcoming record I finished last August. As it’s usually the case, the text was built according to images and visual sequences I had in my head when I sang the melody for the first time.  And friday, three hours after I posted the teaser for the release of the video I planned weeks ago, murderers terrorized Paris and stole the life of hundreds of people : a planified and unbearable execution.
This song appeared like a terrible premonition. It doesn’t specifically talk about terrorism, but it talks about that one shot that takes life away. Before there is  innocence, movement and language. And in a glimpse, it’s all over and what’s left is absence, silence, and emptiness.

When I was in New York this summer I walked a lot. I was staying in Harlem near the Columbia University. One afternoon, I took a break in a little coffee shop at the corner of Boroadway and 97th st. I ordered an iced tea, all lost in my thoughts, my Olympus Camera hanging around my neck. A young man showed up, sat next to me and we exchanged about photography. He said he was a photographer, film editor and film maker. As I was mentionning the fact that I was coming from Paris, he answered in a perfect french that he was from Haiti. We didn’t speak much longer but as I was walking back home I thought it would be great if he could shoot images of New York for the track ‘Gunshot’. I reached out that same night and we agreed on making a video, guided by the idea that it would look like a long melancolic walk in the city. I had no idea what I would do with it, but I was out there and wanted to remember. New York is so beautiful in black and white.

So here is how I spent the following days wandering around the city with my new friend. Naturally, we ended up talking a lot : Gaël comes from a catholic family in Haïti and they now all live in Florida. He arrived in NY fifteen years ago, served in Iraq, and converted to Islam recently. I remember one night, as we were sharing an Avocado burger, he told me, with sparkles in his eyes « I converted to Islam and I love it ».

We shot the images, and I flew back to Paris. We didn’t really talk I left, only I sent him the final cut of the video when it was finished.
The day of the attacks, an hour after the awful events, Gaël sent me a message on instagram asking how I was doing. We briefly talked, as I was rushed by panic, and he wrote those words : « Ok. Be strong! Keep G’d close. Help others keep their spirit high. Broken spirit would be victory for them. I fought against people like that. They lust over broken spirits. Keep the Faith and stay strong».

Gaël’s words sound wonderfully wise, and everything about this song is symbolic. There is the theme, the heavy melancholy and Gaël himself, a convinced muslim, that helped me make this video.

I could have been there, with all those people. I think about them all the time.

Wake up
can you feel the world outside
Can you see me writing postcards
while the sun is bright
In bed, you are staring at the window
You can hear me fall, low
There’s a gunshot outside

In the papers, you never saw his face
And maybe it’s a nightmare,
Anyway it’s too late

Stand up, cause the world is still humming
It could a beginning
As the sun still shines
In bed, you’re still staring at that window
And your ears are ringing low
There’s a gunshot outside

In the papers, you never saw his face
And maybe it’s a nightmare,
Anyway it’s too late

Thou shalt not become a rockstar

(english translation below)

Depuis quelques semaines la presse ainsi que le web s’intéressent au rock indépendant. Suite à un article sur le groupe Grizzly Bear publié fin septembre dans le magazine New York, le web et les journalistes s’emballent. À travers un entretien à rallonge qui évoque la genèse du groupe et ses questionnements, on y apprend – entre autres choses – que certains membres du groupe sont obligés de garder un job à côté de leurs activités artistiques. Suite à cet article, des milliers de commentaires et des débats sans fin ont envahi la toile et les réseaux sociaux, comme si, en somme, le monde découvrait à peine que vivre de sa musique au XXIème siècle était très difficile.

Coup de théâtre téléphoné, après Grizzly Bear, c’est Cat Power qui annule une partie de sa tournée, pour des problèmes de santé, mais surtout des complications financières. De quoi faire les choux gras des journalistes généralistes qui s’interrogent sur le (non) fonctionnement du business de la musique indépendante. Car Grizzly Bear ou Chan Marshall sont bien installés dans le paysage médiatique et incarnent une réussite réelle dans les limites des possibilités offertes par le business indépendant. Ils ont tous les deux vendu un nombre significatif d’albums, ont obtenu un succès critique et une aura internationale… et pourtant. Ni Grizzly Bear, ni Chan Marshall ne voyagent en jet privé. Comme c’est bizarre.

Entendons-nous bien, il ne s’agit pas de faire pleurer dans les chaumières. Je ne vis pas de ma musique, mais je tente de m’organiser pour lui consacrer tout mon temps. C’est un choix, compliqué, qui suppose un certain nombre de sacrifices, mais c’est le choix que j’ai fait. La plupart des artistes que je connais ont également trouvé d’autres moyens que les disques et les concerts pour subvenir à leurs besoins. C’est une simple organisation que chacun espère temporaire. Elle n’est cependant pas réjouissante, car le travail à accomplir afin de construire sa crédibilité artistique est titanesque quand bien même ce n’est pas lui qui paie nos factures.

Je suis malgré tout consternée de constater l’écho qu’ont eu ces articles dans la presse généraliste et sur le web. Comme si l’on découvrait, en 2012, l’immense fossé entre la reconnaissance médiatique et la réalité économique. Passer à la télévision ne signifie pas avoir un compte en suisse. Et aujourd’hui c’est encore plus vrai que par le passé, la célébrité ne tient qu’à un fil et ne dure à peine qu’un instant. Mais dans l’imaginaire collectif, les raccourcis erronés sont légion. Combien de personnes avec qui j’ai discuté étaient absolument persuadées que la signature avec un label m’assurait l’indépendance financière, ou – pire encore – que mon passage à la télévision était la preuve indiscutable que je n’étais pas à plaindre !

Cet article et les quelques autres qui lui ont fait écho m’ont également rappelé la longue et interminable conversation qu’avait suscité mon post ici même, suite à mon intervention sur Hadopi dans l’émission Envoyé Spécial, il y a maintenant deux ans. (http://pamelahute.com/blog/?p=91)
Si le piratage est toujours un sujet tabou chez les artistes indépendants qui ne savent pas vraiment sur quel pied danser pour ne pas froisser leurs fans, Eward Droste de Grizzly Bear est très clair à ce sujet. Acheter 9 $ sur un store digital un album qu’un artiste a mis deux ans à fignoler  – c’est-à-dire à peine le prix d’une grande part de popcorn au cinéma, plaisante-t-il – est plus important qu’il n’y paraît. Ce n’est pas tant en terme de revenus, les montants sont faibles à moins de vendre des quantités astronomiques de fichiers, mais comme Droste le rappelle, chaque disque vendu permet de construire la valeur du projet et de se rendre crédible vis-à-vis de l’industrie. Alors que le marché est encore en transition, c’est essentiel.

Faut-il donc simplement accepter qu’aujourd’hui, un artiste, à moins de devenir un produit commercial gigantesque, au détriment, trop souvent, de la qualité de ses créations, ne puisse pas vivre de son art seul ? Quand un membre de Grizzly Bear, groupe qui remplit d’immenses salles de concerts, espère bientôt pouvoir s’acheter une maison, et payer de bonnes études à son enfant, force n’est-il pas de constater que l’industrie survit sans véritablement fonctionner ? L’artiste est au centre de la problématique car sans lui il n’y aurait pas de musique du tout, et pourtant, il est le laissé-pour-compte. Comme l’a souligné David Lowery (http://en.wikipedia.org/wiki/David_Lowery & http://thetrichordist.wordpress.com/2012/06/18/letter-to-emily-white-at-npr-all-songs-considered/) dans une lettre ouverte à toute une génération, le problème réside dans l’évaluation des éléments de la chaîne. Pourquoi aujourd’hui donnons-nous davantage de valeur au réseau ou aux machines qui diffusent de la musique qu’à la musique elle-même? A quel moment cette absurdité est-elle devenue une désespérante évidence? Pourquoi sommes-nous prêts à dépenser des centaines de dollars pour acheter un iPod et réfractaires à l’idée de dépenser 9 $ pour acheter un album sur l’iTms. C’est une question insoluble qui masque mal une absence dangereuse de communication entre les géants de l’industrie et le public. Il ne s’agit pas de blâmer une génération, mais plutôt l’aider à comprendre à quel point les artistes ont besoin de ces 9 $, et pourquoi.

En faisant mine de le rendre plus accessible, le web a brisé le lien entre l’artiste et son public. En partageant la musique de l’artiste sans la payer, le public est persuadé de lui rendre service, car il le fait connaître au plus grand nombre. Il se rêve prêcheur. Mais en vérité, il s’éloigne de l’artiste, et de sa réalité.

Cet article du New York magazine a le mérite de décrire les choses telles qu’elles sont. Et le monde découvre combien elles sont désolantes.

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For a few weeks now, the press and the web have been discussing a lot about the indie music business. According to an article about the US rock band Grizzly Bear in the New York magazine published in September; both web and journalists are very excited. Through this long article, that tells us almost everything about the band – their rovings and thoughts – we learn,  amongst other things, that most members still have another job besides music. Thousands of commentaries and discussions invaded the web and social networks, as if the world was just discovering that making a living out of music in the twenty first century was not that easy.

Surprisingly enough, after Grizzly Bear, it’s Cat Power that announced she was cancelling part of her tour due to health issues and bankruptcy. The story stirred up a storm in the press which is now questioning the whole indie business. Both Grizzly Bear and Chan Marshall are confirmed artists, very well settled in the indie landscape. They have both sold a significant bunch of records, have critical acclaim and international aura…but still. They don’t have their own private jets to travel. How strange is that?

Let’s get it straight, I’m not trying to evoke pity. I don’t make a living out of my music myself, but I’m devoting all my time to it. It was a choice, a tough one, that meant a few sacrifices, but it’s the choice I’ve made. Most of the artists I know have found other way than playing gigs or selling records to pay their bills. It’s only about logistics, and we all hope it’s temporary. There’s absolutely nothing delightful about it though, as the work that we do to get an artistic credibility is titanic and is most likely never going to help pay our bills.

Despite everything, I am shocked by the strong repercussion those papers have had. As if people finally discovered the huge gap between the media’s gratitude and the economical realities. Airing on TV does not mean that you are a millionaire and today it’s even clearer than it was decades ago that celebrity fades in a glimpse. But in people’s minds, shortcuts are countless. How many people have I met thought that signing with a record label provided me financial stability or – even worse – that airing on telly was the indisputable evidence that I am sitting pretty !

This article and a few others reminded me of this endless chat that followed my 2010 blog post about the French Hadopi anti-piracy law right after my interview on TV. If piracy is still a touchy subject as far as indie artists are concerned, most of them not wanting to be in an awkward position towards their fans, Edward Droste from Grizzly Bear is pretty straightforward. He says that paying $9 for a digital download for an album a band took two years to make—more or less the price of a large popcorn at the movie theater- matters more than people seem to think. It’s not just in terms of income as the gains won’t be very important unless you sell a tremendous amount of files, but – as Droste says – every record sold helps to show the industry your project’s value. The market still being in a transitional state, it’s absolutely vital.

Shall we simply accept that today’s artists – unless they become a huge and probably dross product of the industry – can’t make a living out of music ? When a member of Grizzly Bear, a successful band that play gigs in huge venues, tells you he is only willing to buy a house and give a good education to his children, we must ask ourselves how the industry survives without running properly.

The artist is in the center of the whole problem as without him no music would be written, but still, he is left aside. As David Lowery said in his letter to Emily (which looks like the letter to a whole generation), we have it all wrong:”Why would we value the network and hardware that delivers music but not the music itself?” When did such an absurd idea become such an obvious and terrible fact? Why would we buy a $300 IPod and not spend $ 9 for an album on iTunes Music Store? It’s a question nobody wants to answer and it hardly hides the lack of understanding between the industry and the public. There’s no need for blaming a whole generation, but there is a need to help it understand how artists need those $9 and why.

Making him so easy to reach, the web destroyed the link between the artist and his fans. Sharing the music for free makes the fan feel good about himself. He is so convinced he’s helping. But instead he walks away from the artist and his reality.

This New York Magazine’s article at least tells things how they really are. And the world now discovers how depressing it may  be.

 

Special thanks to Valérie Risbec

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Références

Article original sur Grizzly Bear du Mag New York :
http://www.vulture.com/2012/09/grizzly-bear-shields.html

Débat sur le site stereogum  suite à l’article du Mag New York
http://stereogum.com/1166392/debating-the-grizzly-bear-ny-mag-story-and-making-a-living-making-music/top-stories/lead-story/

Cat Power et l’annulation de sa tournée sur the Atlantic Wire
http://www.theatlanticwire.com/entertainment/2012/10/theres-no-money-indie-music-cat-power-broke/58552/

La lettre de Davis Lowery à Emily, un must-read
http://thetrichordist.wordpress.com/2012/06/18/letter-to-emily-white-at-npr-all-songs-considered/

 

 

 

 

Sous influence

Lire des douzaines de critiques de l’album, parcourir les blogs d’inconnus parce que Google m’a envoyé une alerte, recevoir des mails d’encouragement, et petit à petit arriver à esquisser ce que les gens trouvent dans ma musique, ce qu’ils y entendent, et pourquoi ils aiment ou n’aiment pas.

Ce qui est véritablement amusant, c’est de constater comment il faut toujours rattacher un artiste à ses influences, à sa famille musicale, le comparer.
Evidemment naturel mais souvent troublant.
Je suis très souvent associée à des artistes ou groupes qui me font me hérisser les poils de dégoût. Garbage ou No Doubt. Si il y a deux groupes des 90s aux travers desquels je suis passée (en prenant mes jambes à mon cou), c’est bien ceux-là.
L’electro-pop mieleuse de Garbage, et le ska-punk-variété-baggy de No Doubt… où diable peut-on les entendre dans Turtle Tales from Overseas?
Les filles sans doute. Il y a des filles qui chantent. Et finalement il n’y a pas tant de rockeuses dans le paysage, même si on remonte loin dans le temps.
Il y a aussi PJ Harvey qui apparaît parfois. Impossible de râler cette fois, car Polly est une grande artiste qui a en son temps remis les pendules à l’heure. Mais sa rage et son rock brut de décoffrage n’a rien à voir avec moi, évidemment.
Peut-être une intention commune, vaguement, à l’origine ?

Il y a les plus pointus, qui parlent de Kim Deal (Breeders) ou Justine Frischmann (Elastica), voire Louise Wener (Sleeper). Dans le mille. Pas tellement parce que j’en ai fait une indigestion quand j’étais adolescente, j’ai deux Breeders à la maison et un Elastica dans ma discothèque. Mais ces groupes avec fille cristallisent une époque qui m’a beaucoup marquée, c’est certain. Des filles decomplexées qui montent des groupes comme les types et qui écrivent des chansons pop presque aussi bien, avec une énergie intacte, soutenue par des guitares qui hurlent de façon somme toute assez crédible. Pas mal.
Je ne me suis jamais vraiment posée ces questions quand j’avais 15 ans. Je n’aimais pas trop les filles. Car comme tout adolescent qui se respecte j’avais un mépris infini pour la pudeur, et chez les filles à guitare il y avait plus de pudeur que chez les garçons. Aujourd’hui je m’en fiche pas mal, et dans ce monde où l’on sait tout sur son voisin à coup de statuts facebook, j’aurais tendance au contraire à ériger la pudeur comme valeur absolue.

Il y a aussi ceux qui parlent des garçons. Brian Molko très souvent. Je l’aime bien, il assure. Son mal être originel s’est transformé en une science de mélodiste indiscutable. Après il y a l’univers esthétique, la prod, le registre. Très peu pour moi. Mais il y a un style, une personalité. Et c’est en partie ce qui m’intéresse dans la musique; l’expression de la subjectivité.

Le point clé sont les années 90s. Les powerchords. La voix de fille. Parfois on lorgne un peu du côté des 80s, avec Igor et ses synthés tous droits sortis d’un imaginaire new wave sombre à mèche. Ernest a beau travailler assidûment sur sa banane, personne n’a encore evoqué le rockabilly.
Ainsi, à un univers que l’on essaie de construire se substitue les restes d’une époque qui vient titiller les sensibilités des uns et des autres, un son qui en rappelle un autre par un système étrange de correspondances, et toujours, le pouvoir de la mémoire.
Serait-ce sa propre adolescence musicale que l’on viendrait chercher à l’infini en écoutant de nouveaux disques ? Un peu sans doute.

Lors de notre concert à la Boule Noire en mai dernier, un grand type chauve, qui avaient tout au long du concert illuminé le lieu de son sourire extatique, était allé voir Ernest à la fin du set pour lui dire : “C’était formidable, cela me rappelle Garbage, j’adorais tellement ce groupe, je suis tellement content d’avoir retrouvé les mêmes sensations”.

A méditer. Avec un petit sourire en coin.

Magical

Un peu plus d’une semaine déjà que l’album est dans les bacs, en vrai.

Je ne parviens pas vraiment à m’empêcher d’aller errer tous les 2-3 jours à la Fnac, discrètement et rapidement, juste histoire de voir si le disque est bien mis en avant, si les gens s’arrêtent, le regardent, l’écoutent, et l’achètent. Mais je ne tiens pas bien longtemps, je me sens vite complètement ridicule. Juste un coup d’oeil, le temps de voir que le vinyle est arrivé à la Fnac, et qu’il dépasse des bacs à St Lazare. Et vite aller se cacher dans le rayon musiques du monde.
Après cette activité hautement sportive, je me détends en achetant les disques des autres, à défaut de voir des inconnus acheter le mien : 1983 de Sophie Hunger, le DVD de Blur à Hyde Park et des White Stripes au Canada, Le dernier Hey Hey My My. Tous superbes.

Tous ces artistes dont je croise la promo, qui ont fait les mêmes émissions, qui ont rencontré les mêmes journalistes à un ou deux jour près, c’est marrant.
Bobby Bazini, par exemple, on s’est suivi partout, Taratata, Deezer, iTunes, MusicMe. C’est un peu devenu un copain du coup. Je m’imagine le croiser lors d’un festival dans quelques mois, et lui dire “Hey Bobby, tu te souviens quand on était tous les deux en home de Deezer”.
N’importe quoi.

Il y a aussi eu la messe de Taratata : sagement assise devant une télé, à siroter un bon Bordeaux tout en regardant, impatiente, la prestation de Charlie Winston & Luke.
Un joli Taratata; un peu froid à cause de mon goût affirmé pour l’Hitchcockisme, mais joli malgré tout. Les sms, les parents, et l’enregistreur qui a déconné. Le générique de fin aussi. Et puis le re-regarder sur le net quelques heures plus tard, toute seule. Et se dire que ça fait tout bizarre d’avoir sa page artiste sur le site de Taratata : un rêve de gosse.
(Pour revoir le Taratata, rendez-vous ici : http://www.mytaratata.com/Pages/ARTISTES_Fiche.aspx?ArtistId=1629)

Il y a aussi eu la Boule Noire, Sold out.
Un Sold Out de débutant, mais un sold out quand même. Un joli concert, l’impression qu’il y avait un public naissant juste pour nous, des gens qui avaient écouté le disque, et qui venaient se le prendre très fort dans les oreilles en live. Un sentiment très nouveau.

Et le lendemain, le pompon, auquel personne ne s’attendait. La une de métro; enfin presque, juste derrière Sarko. Re-déferlante de sms et autres messages : “je prenais mon café ce matin en allant au boulot, et j’ai vu ta tête dans Metro blabla !”
Il y a toutes les vagues connaissances qui grâce au pouvoir de la télévision, et l’efficacité des réseaux sociaux m’envoient des messages pour me rappeler leurs souvenirs d’enfance ou d’adolescence, combien à l’époque déjà j’avais la musique dans le sang et qu’ils étaient persuadés que j’allais réussir.

Bof.

C’est amusant; ce passage de la sphère privée à la sphère publique, en une semaine, juste parce que le disque est sorti. Alors qu’en réalité, rien n’a changé.

Cette aventure est grisante, et je savais bien qu’elle le serait. Même si ce n’est que le tout début, il y a malgré tout un cap passé, une marche franchie, quelque chose. Peut-être est-ce tout simplement le fait de sortir son premier album, et par la magie des médias, de se retrouver dans la cour des grands.

Les mots clefs : la magie des médias.

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Il neige sur cette nouvelle année

Lhasa de Sela s’est éteinte à 37 ans, à Montréal, sous la neige, alors que l’année 2010 commençait à peine.

C’était une artiste Tôt ou Tard, et elle ornait élégamment, avec tout son talent et sa beauté, le catalogue select du label. Je l’ai découverte en 1997 quand est sorti la Llorona, album superbe, que j’ai beaucoup écouté. Je scrutais les moindres inflexions de sa voix habitée, et j’aimais l’expression si forte de sa personnalité. L’originalité des titres, du son, et l’univers unique de cette Llorona avaient les allures d’un grand classique.

J’écoute peu de femmes qui chantent, mais sa voix dense m’avait étrangement marquée.
Sa disparition, si foudroyante, me fait un drôle d’effet.

Pourtant 2010 ne s’annonçait pas si mal.
Juste avant de partir m’isoler dans le sud de la France pour écrire de nouvelles chansons, jouer de la batterie très fort, boire du Pessac-Léognan et rêver à mon futur, j’étais passée chez Tôt ou Tard / Guess What qui avait reçu deux uniques exemplaires de l’album définitif. Noël avant l’heure. Ce petit objet imbécile que j’ai tant rêvé. Ce premier album, sa pochette, son livret, ses photos, son code barre (!).
Tous les détails les plus insignifiants sont la cause d’une infinie fierté. Cet album qui a déjà eu plusieurs minuscules vies, une histoire, et qui a failli se perdre sur d’autres chemins.

Mon premier album.

C’est celui-là même, qui sort le 22 février 2010 en Suisse, dans les bacs. Avant tout le monde.

Tandis que les albums ont la vie dure, que le format est méprisé, questionné, balloté, alors que certains ne veulent plus même en entendre parler, quel moment plus symbolique et fondateur pour un artiste que la sortie de son premier album?
Avec évidemment toute l’appréhension que cela suppose, les inconnues, cette angoisse excitante mêlée à l’impatience.

Envie que tout le monde sache, écoute, aime.
Envie de vous faire découvrir ces chansons, toutes ces chansons, mes chansons.

Alors que le monde pleure une artiste immense disparue, alors que même facebook et twitter semblent silencieux et moroses, alors qu’il neige dans mon coeur comme il neige sur le web 2.0, j’ai malgré tout violemment envie que 2010 m’appartienne.
Comme si j’avais 20 ans.

Pam.

Envoyé Spécial

Le reportage a été diffusé, jeudi dernier en première partie de soirée, sur France 2.
C’était ma première apparition sur le petit écran, et évidemment, j’appréhendais : le montage d’une part, et le résultat, la crédibilité, ma tête, mes propos etc.

C’était bien. J’ai parlé plus de deux heures au total avec le journaliste qui me submergeait de questions. Il en reste à peine quelques minutes. C’est la télé. Ce media que je croyais en déclin, offre pourtant une visibilité étonnante. Les compteurs ont explosé. Ils continuent d’exploser.

Je me suis bien évidemment retrouvée au centre du houleux débat des pro-hadopistes et des contre-hadopistes. Je l’ai certainement un peu cherché, et cette grosse exposition médiatique devait évidemment faire surgir des animosités.
Tout cela malgré moi, car je n’ai pas particulièrement envie de débattre sur le sujet qui mène inévitablement à une impasse. Pour moi, cette loi a le mérite de proposer quelque chose, qui ne réglera sans doute pas tout, mais qui permettra d’encadrer une dérive et encouragera les internautes à prendre conscience d’un problème, à les responsabiliser. L’offre légale existe, elle est imparfaite, mais elle existe, il faut lui faire confiance et la développer, l’améliorer, et l’adapter à la demande.

A cette prise de position assez souple et somme toute peu revendicative, il y a nombre de détracteurs qui continuent de défendre un internet libre, paradis de la culture et du partage.
Internet est un medium formidable, mais qui souffre aujourd’hui de son immensité et de sa position de no-laws-land.
Internet est devenu un sur-medium, une instance qui surpasserait étrangement toutes les autres.
Je ne comprends pas bien ce statut, surtout lorsqu’il s’agit de culture. Internet n’est pas un véritable lieu de culture, comme peuvent l’être une bibliothèque, un musée, ou une salle de spectacle. C’est une immensité virtuelle, où tout existe, le pire et le meilleur (quoique ce dernier étant souvent plus difficile à trouver). C’est à chaque individu de faire ses choix. L’excès de données et d’informations disponibles sur internet oblige au discernement, mais beaucoup se contentent de prendre ce qui est disponible; boulimiques et écœurés de leurs 8 disques durs remplis de mp3, ils s’en remettent alors aux acteurs de la musique et les accusent d’être responsables du déclin de la qualité des produits culturels.

Il y a autre chose que j’ai constaté suite à cette intervention télévisée. Les problématiques des artistes et des acteurs du métiers de la musique sont très mal connues des internautes.
Beaucoup consomment de la musique et prétendent avoir fait des découvertes grâce au téléchargement. Cela continue de m’étonner, car une découverte implique que l’on est plus ou moins passif, comme lorsqu’on écoute la radio, alors que lorsque l’on télécharge on est évidemment actif, puisque l’on fait cette démarche de télécharger un contenu qui nous intéresse. Difficile pour moi d’imaginer la découverte et la part de hasard là-dedans, mais sans doute me trompé-je.

L’artiste est considéré comme une sorte d’archange décérébré, vivant d’amour et d’eau fraîche dans un monde sans contrainte qui ressemble étrangement au paradis. Aussi, quand il prend la parole, c’est extrêmement gênant, et si il exprime clairement une opinion, c’est pire encore. Enfin, si il ose parler d’argent, il a évidemment vendu son âme au diable. Mais un diable un peu différent de celui du rock and roll, sinon c’est incohérent, bien-sûr.

Les producteurs sont tous de méchants gros messieurs avec des cigares qui exploitent les artistes naïfs (et décérébrés) et qui veulent faire durer un modèle économique en déclin pour continuer de payer leur chauffeur et leurs divers excès, qui s’accrochent désespérément au CD comme l’unique moyen de remplir leur coffre fort de billets, au détriment des angelots-artistes toujours décérébrés, évidemment.

En résumant, et en se projetant dans le futur, on obtient quelque chose du genre :

A l’artiste donc d’enregistrer son disque dans sa salle de bain avec un sm58 et tout son talent, à lui de le mixer avec cubase (cracké?) sur son PC à 500 euros, à lui ensuite de diffuser massivement ses mp3 sur le net pour se faire connaître et faire monter le buzz (!). Il faut aussi qu’il garde espoir assez longtemps, et qu’il soit totalement passionné et dédié à son art. Si il peut se contenter d’un repas par jour, bien sûr c’est mieux. Il est possible qu’il n’ai pas vraiment le choix, sauf si il prend un job à côté, ce qui est une bonne solution et certainement ce que feront tous les artistes dans un futur proche.

En parallèle, il doit se produire sur scène (tout seul? ou avec son ordinateur), mais sans musiciens parce que cela coûte cher, ou alors avec des gens qui jouent juste pour le plaisir et qui ne souhaitent pas être payés (cela pourra être des gens rencontrés sur le lieu de travail de l’artiste), il gravera au préalable des disques avec son cher pc, imprimera une pochette avec son sang en guise d’encre rouge (le rouge c’est assez voyant et très vendeur), et vendra son disque 5 euros (ou moins si possible) à la sortie des concerts.
Encore faut-il qu’il y ai du monde aux concerts, mais le buzz sur internet aura évidemment aidé à la reconnaissance de l’artiste et les rades pourris seront pleins d’admirateurs transis, avides de culture, et prêts à acheter le cd de l’artiste, pour son seul bénéfice.

On peut difficilement rêver mieux.

L’artiste est donc désormais totalement autonome, grâce à la technologie actuelle, aux outils de communication qu’offre internet. Il n’a besoin de personne pour se faire connaître du grand public. Il n’a surtout pas besoin d’un producteur pour financer son projet (qui on l’a vu ne coûte rien, au profit de la créativité et de la qualité), et pour l’aider à toucher les medias, pour se développer, lui donner des conseils, le faire progresser. L’artiste est totalement affranchi de ces contraintes. Il n’a plus besoin d’intermédiaire.

Sa passion aveugle et sa débilité sont sa force, dans un monde où les habitudes de consommation ont profondément changé.

N’est-ce pas formidable?

Pam.

Compilations

Dans la lignée de l‘interview-fleuve-canapé de Bidibule voici une nouvelle série de questions-réponses pour le site owni.fr.

Les questions du web se répètent. Que penses-tu d’Hadopi, des labels participatifs, du streaming etc.
A quelques jours de la diffusion de l’enquête d’Envoyé Spécial à laquelle j’ai participé, le débat ne s’apaise pas. En 2009, où en sommes nous? Le piratage, la production, le live, les artistes, les internautes… Tout se mélange, et il ne reste que l’image floue d’un vaste marasme dont personne ne sait comment se sortir.

Bizarrement, je n’arrive pas à m’inquiéter. Peut-être parce que je fais partie des artistes qui sont sur le bon chemin, qui ont eu la chance de rencontrer les bonnes personnes. Mais si le marché s’effondre, qu’y puis-je ? Quel est mon rôle en tant qu’artiste ? Je constate bêtement et comme tout le monde la fin d’une ère. Et nostalgique, d’une époque que je n’ai même pas connue, j’erre chez les disquaires qui résistent et bave frénétiquement devant un vinyle original de Bowie, à 100 euros.

Le mois passé j’ai fait un gros tri dans mes cds, j’en ai balancé une bonne centaine. Des groupes moches que j’écoutais ado, et dont j’avais acheté les albums avec la carte fnac de mon père. J’ai tout jeté. Je regardais ce grand sac plein de boitiers sans aucun regret, avec soulagement presque.
Le cd n’est pas un objet, c’est un ratage. Il est trop multiple, il n’a aucune particularité. On en trouve dans les boîtes de Kellogg’s, ou par paquets de 500 à Montgallet. On peut en graver chez soi. Il est évidemment amené à disparaître, il n’a aucune valeur.

En rangeant et en contemplant ces morceaux de plastiques inertes, je me suis souvenue de la révolution Napster. A l’époque, et déjà nerd avant l’heure, je dépensais l’intégralité de mon argent de poche en photocopies couleurs. Des copains me prêtaient des cds, que je gravais (en 4x !) et je photocopiais la pochette pour que ma copie ressemble vaguement à quelque chose de proche de l’original. Cela me prenait un temps fou mais le résultat était excellent.
Et puis arriva Napster. L’intégralité de la musique, comme ça, en cliquant. J’ai abandonné la photocopie, évidemment.
J’avais beau mettre 5 heures à télécharger un mp3 avec mon modem 28.8 et bien je ne me décourageais pas. La compression était absolument dramatique, on n’entendait quasiment rien. Un poil mieux que du streaming, mais en fait, à peine. Les codecs étaient très mauvais au début du mp3. Mais peu m’importait, je gravais tout cela sur cd et je me faisais des compilations d’enfer avec un son immonde. C’était un chouette sentiment de liberté: le monde et la musique étaient à moi, derrière mon écran d’ordinateur.

Mon goût pour la musique a fait que je n’ai pas pour autant arrêté d’acheter des albums, et à vrai dire je ne suis pas du tout représentative du commun des mortels. Je suis du genre à télécharger un album illégalement, l’écouter, puis si j’aime je l’achète sur iTunes et souvent aussi en cd ou alors en collector vinyle. Si je n’aime pas, j’efface de mon disque dur parce que je n’ai pas la collectionnite des fichiers informatiques, du tout. Je me sers des mp3 comme borne d’écoute à domicile.

Je me suis souvenue aussi que dans les années 2000 tout le monde ne parlait que de numériser sa discothèque. Adieu les cds, tout dans un disque dur, sur un ordi, branché dans l’ampli. C’est un vrai boulot que de numériser ses cds, c’est fastidieux. Souvent c’était juste pour gagner de la place et passer pour un mélomane technologiquement très au fait.
Que sont devenus tous ces disques durs pleins de musique? Quelle tristesse. Parce qu’évidemment ces mêmes gens sont désormais branchés sur Deezer et ont remplacé l’ampli et la chaîne hi-fi par un système Bose pour iPod, plus design, et moins encombrant.

C’est une culture qui disparaît. La culture du son. La disparition du support fait disparaître le son, l’expérimentation et la diversité. La musique est partout, mais elle n’a plus de réalité physique autre que dans les salles de concerts.

C’est une drôle d’époque, riche en aberrations.

Pam.

Tahiti Boy & The Palmtree Family

Je suis toujours décalée dans mes découvertes, vous savez bien.
Je découvre les disques avec des mois de retard, parce que je ne fais pas confiance à la presse. Si elle en parle trop, je n’écoute pas. Et ainsi mon chemin croise parfois des artistes que j’avais sciemment ignoré.

C’est ainsi que j’ai découvert Tahiti Boy & The Palmtree Family.
Les inrocks et Magic en avaient fait leurs choux gras en mai 2008 lorsque l’album Good Children Go to Heaven était sorti en France. J’étais globalement assez méfiante à l’époque parce que le Tahiti Boy en question se montrait en public avec les mêmes lunettes que moi. Et je continue de trouver que tout le monde s’est approprié les lunettes vintage, certes avec beaucoup d’aisance, mais aussi avec pas mal de mépris envers moi, qui suis, rappelons-le, à l’origine de la mode.

A force d’errance sur le web, je me suis trouvée il y a deux jours nez à nez avec ce clip, coloré et joliment fait. Et ce titre, Brooklyn, n’est-il pas un single pop imparable ?

Revigorée, je me suis empressée d’aller acheter l’album sur iTunes, en consommatrice modèle que je suis. J’aurais préféré acheter un vinyle, mais apparemment, rien de tel n’est jamais sorti.

Tahiti Boy & The Palmtree Family a livré ce premier album en France il y a plus d’un an, dans un contexte confidentiel mais enthousiaste. Good children go to Heaven est un authentique petit bijou de pop. Les compositions sont fraiches, enjouées, et délicieusement mélodiques, sans jamais être niaises ou ennuyeuses. La réalisation est absolument parfaite, élégante, riche comme le premier disque d’Arcade Fire. Pas de grandiloquence, juste un sens du détail aiguisé et des imperfections savoureuses dont on peut difficilement se passer.
Je n’ai pas un seul reproche à faire à cet opus. Il m’accompagne depuis deux jours sans faillir et sans céder à la moindre faute de goût.

Pour ceux qui étudient l’importance centrale de la flûte dans la pop music, voici un album récent qui vous permettra de vous documenter et de questionner à nouveaux vos certitudes.

Mais il faut rappeler que Tahiti Boy n’est pas tout à fait novice. Après avoir habité New York pendant des années et avoir travaillé pour quelques grands (Tv on the Radio), il continue de réaliser ou arranger pour d’autres.
La Palmtree Family est cependant un vrai groupe, composé de 7 musiciens au total, tous issus de formations très sexy dans le milieu rock français (feu Hopper, Syd Matters, Poney Poney).

Le génie mélodique du Boy mêlé à la crème des musiciens indie français laissait en effet présager une élégante réussite. Ce premier album à les troublantes allures d’un grand classique.

A voir : http://www.vimeo.com/1765895

http://www.myspace.com/tahitiboyfamily

http://www.thirdsiderecords.net

Pam.

Myspace & Antibiotics

Trois jours au lit, avec 40°C de fièvre. Une expérience physique que je n’avais pas faite depuis longtemps.
Bonne excuse que ce virus, qui était certainement un vilain dérivé de la grippe A, pour consommer des antibiotiques puissants. Je les déteste. Mon estomac n’existe plus vraiment depuis le début du traitement, et lorsque je respire à plein poumons, il y a comme un odeur piquante et amère dans mon nez. Ce sont ces satanés antibiotiques.

La maladie a cela de bon que l’on distille le plus clair de son temps au lit. Je m’en serais bien passée, mais ces longues heures de désoeuvrement m’ont permis de geeker (assez faiblement) et d’étudier entre deux dolipranes l’état de myspace en novembre 2009 : une courte étude fiévreuse.

Voyant le compteur de mon player myspace flirter difficilement avec les 20 lectures par jour, je me rappelais avec nostalgie le bon vieux temps où je tournais à plus de 200 ou 300 lectures par jour sans actualité resplendissante, mais juste grâce à la force du réseau.
Je me souviens de 2006 et 2007 où tout le monde s’échangeait une adresse myspace, en toute circonstance; c’était comme une carte de visite. Groupes, débutants, vidéastes, étudiants, labels, assos, managers, filles, garçons…l’adresse myspace était à la fois “the place to be” pour un certain milieu professionnel et un haut lieu de drague plus classe que meetic. Myspace était totalement incontournable.

Aujourd’hui, cela à bien changé. La plateforme est totalement désertée. Certains réseaux d’amis dans la vraie vie qui se sont organisés sur myspace semblent résister et persistent à utiliser la plateforme pour communiquer (dans l’esprit des groupes yahoo), certains réseaux musicaux ne jurent encore que par cette plateforme, mais c’est anecdotique et à circuit fermé. L’entreprise essaie de renouveler son image, tant bien que mal, mais myspace n’est plus sexy, plus vraiment ouvert sur le monde et décline lentement.

Mais où tous ces gens sont-ils passés maintenant qu’ils ne sont plus sur mypace? Sur Facebook ou sur Twitter?

Sur facebook ce ne sont pas les mêmes, l’engouement est différent, un poil blasé.
Fraîchement inscrit, et après avoir mis à jour son statut frénétiquement toutes les minutes pendant une semaine, poké l’intégralité de ses copains, et huggé la terre entière, les utilisateurs sont passés à autre chose. Les plus timides et les plus largués essaient toujours de retrouver un ami d’enfance, les autres font de leur profil facebook un tabloïd vivant, scannent de vieilles photos de leur meilleur copain ivre mort, le tagguent, et ainsi règlent leurs comptes. Bien sûr, il y a aussi ceux qui utilisent le site à des fins pseudo-professionnelles, afin de communiquer des informations à leur réseau, comme une vaste mailing list.

Sur twitter ce ne sont pas les mêmes non plus. Twitter reste un système pour geeks, avec un langage, des codes particuliers. J’aime beaucoup twitter entre autre pour ces raisons, parce que je trouve que ce n’est pas complètement transparent. Plein de gens ne comprennent pas à quoi ça sert. Twitter offre une liberté de communication totale et infinie, demeure un médium assez obscur, je trouve que c’est assez étourdissant.

Mais alors, tous les myspaciens ont-ils vendu leur ordinateur? Se sont-ils exilés dans un pays qui nous est encore inconnu? Sont-il revenus, nostalgiques, à skyblog, afin de parfaire leur sens de l’orthographe sms?
Peut-être ont-ils tout simplement grandi, coupé leur mèche emo, et sans doute n’habitent-ils plus chez leurs parents. Peut-être même travaillent-ils désormais dans une entreprise et portent-ils des costards.
Hélas, il n’y a eu personne pour prendre la relève, et des milliers de profils myspace sont à l’abandon.

J’hésitais donc, en avalant une gorgée de sirop pour la toux, à griller mon compte myspace. Choix difficile.
C’est malgré tout devenu une vitrine pour les artistes; quoique poussiéreuse, elle est encore une sorte de réflexe. Au lieu de donner un cd, d’envoyer un mail, je donne encore l’adresse myspace aux intéressés. On peut écouter 4 titres, vite et bien, et finalement découvrir, quoique brièvement, mon univers. De quoi se faire une idée en somme. Même incomplète.

Alors même si il n’y a plus personne qui fréquente myspace, c’est la page artiste de site communautaire la plus réussie de l’histoire du web. Sur une seule page il y a tout : Image, Vidéo, Son, Blog, Calendrier.
De quoi voir, en un coup d’oeil à peine, où en est l’artiste en question.
Personne n’a fait mieux depuis.

http://www.myspace.com/pamelahute

Pam.