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Sous influence

Lire des douzaines de critiques de l’album, parcourir les blogs d’inconnus parce que Google m’a envoyé une alerte, recevoir des mails d’encouragement, et petit à petit arriver à esquisser ce que les gens trouvent dans ma musique, ce qu’ils y entendent, et pourquoi ils aiment ou n’aiment pas.

Ce qui est véritablement amusant, c’est de constater comment il faut toujours rattacher un artiste à ses influences, à sa famille musicale, le comparer.
Evidemment naturel mais souvent troublant.
Je suis très souvent associée à des artistes ou groupes qui me font me hérisser les poils de dégoût. Garbage ou No Doubt. Si il y a deux groupes des 90s aux travers desquels je suis passée (en prenant mes jambes à mon cou), c’est bien ceux-là.
L’electro-pop mieleuse de Garbage, et le ska-punk-variété-baggy de No Doubt… où diable peut-on les entendre dans Turtle Tales from Overseas?
Les filles sans doute. Il y a des filles qui chantent. Et finalement il n’y a pas tant de rockeuses dans le paysage, même si on remonte loin dans le temps.
Il y a aussi PJ Harvey qui apparaît parfois. Impossible de râler cette fois, car Polly est une grande artiste qui a en son temps remis les pendules à l’heure. Mais sa rage et son rock brut de décoffrage n’a rien à voir avec moi, évidemment.
Peut-être une intention commune, vaguement, à l’origine ?

Il y a les plus pointus, qui parlent de Kim Deal (Breeders) ou Justine Frischmann (Elastica), voire Louise Wener (Sleeper). Dans le mille. Pas tellement parce que j’en ai fait une indigestion quand j’étais adolescente, j’ai deux Breeders à la maison et un Elastica dans ma discothèque. Mais ces groupes avec fille cristallisent une époque qui m’a beaucoup marquée, c’est certain. Des filles decomplexées qui montent des groupes comme les types et qui écrivent des chansons pop presque aussi bien, avec une énergie intacte, soutenue par des guitares qui hurlent de façon somme toute assez crédible. Pas mal.
Je ne me suis jamais vraiment posée ces questions quand j’avais 15 ans. Je n’aimais pas trop les filles. Car comme tout adolescent qui se respecte j’avais un mépris infini pour la pudeur, et chez les filles à guitare il y avait plus de pudeur que chez les garçons. Aujourd’hui je m’en fiche pas mal, et dans ce monde où l’on sait tout sur son voisin à coup de statuts facebook, j’aurais tendance au contraire à ériger la pudeur comme valeur absolue.

Il y a aussi ceux qui parlent des garçons. Brian Molko très souvent. Je l’aime bien, il assure. Son mal être originel s’est transformé en une science de mélodiste indiscutable. Après il y a l’univers esthétique, la prod, le registre. Très peu pour moi. Mais il y a un style, une personalité. Et c’est en partie ce qui m’intéresse dans la musique; l’expression de la subjectivité.

Le point clé sont les années 90s. Les powerchords. La voix de fille. Parfois on lorgne un peu du côté des 80s, avec Igor et ses synthés tous droits sortis d’un imaginaire new wave sombre à mèche. Ernest a beau travailler assidûment sur sa banane, personne n’a encore evoqué le rockabilly.
Ainsi, à un univers que l’on essaie de construire se substitue les restes d’une époque qui vient titiller les sensibilités des uns et des autres, un son qui en rappelle un autre par un système étrange de correspondances, et toujours, le pouvoir de la mémoire.
Serait-ce sa propre adolescence musicale que l’on viendrait chercher à l’infini en écoutant de nouveaux disques ? Un peu sans doute.

Lors de notre concert à la Boule Noire en mai dernier, un grand type chauve, qui avaient tout au long du concert illuminé le lieu de son sourire extatique, était allé voir Ernest à la fin du set pour lui dire : “C’était formidable, cela me rappelle Garbage, j’adorais tellement ce groupe, je suis tellement content d’avoir retrouvé les mêmes sensations”.

A méditer. Avec un petit sourire en coin.

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Comment

  1. La comparaison avec les autres artistes, c’est pour le côté commercial, savoir si on doit te mettre plutôt à côté des petits pois ou plutôt en face des pointes d’asperges. Pour ma part, la comparaison ne se fait jamais, j’écoute et j’aime, parce que ça colle avec mon humeur du moment, la saison (pourquoi pas…), ou j’aime pas. Mais en général, quand j’aime, il s’instaure une sorte de fidélité, ça c’est indéniable !
    M.

  2. situer peut-être utile pour inviter les gens sensibles à un univers voisin à écouter ou pour décrire avec une image commune, partagée. ça peut donner l’esprit du truc. Toutes les comparaisons dans ton billet me semblent capillotractées. pour le grain de voix (y a toujours un grain de voix assez voisin qui existe) j’irais jusqu’aux Motels de Martha (Davis ?). Mais une fois que ton univers sera bien établi dans l’imaginaire collectif, il n’y aura plus de comparaison. Une bonne partie du chemin sera faite. keep on rockin’

  3. Bonsoir Pam,

    Mais c’est terrible cette histoire de Garbage et de No Doubt, quand on y réfléchit bien ! Et si les gens n’aimaient ce que nous faisons que pour de mauvaises raisons ? Et si l’amour de la musique n’était qu’un malentendu ?… comme la vie ?

    Je savais bien que je n’aurais jamais dû lire cette partie ancienne de votre blog. J’y suis allé pour essayer de mieux vous “contextualiser”, comme vous dites, et je vais en repartir avec une crise existentielle. Enfin, vous me direz que je l’ai bien cherché…

    En parlant de contextualiser, j’ai un truc marrant à vous raconter. Une histoire vraie.

    La semaine dernière, je reçois un énorme paquet d’Amazon, énorme, au moins 1 mètre de long sur 50 centimètres de large. Je me dis : chouette un cadeau ! Qu’est-ce que je découvre, niché au fond de cette énorme boîte, après avoir enlevé des kilos et des kilos de papier de protection et de billes de polystyrène… ? Votre précédent album “turtles tales from overseas”, commandé quelques jours auparavant !

    Tout de suite, vous me connaissez, je me pose des questions, je cherche à “contextualiser”. Mais que signifie donc cet acte a priori absurde du service logistique d’Amazon ?

    D’un seul coup, cela m’est apparu comme une évidence ! Mais oui ! Amazon voulait me dire, par cette métaphore subtile du trésor enfoui dans l’océan des choses banales, que j’avais fait le bon choix. Et comme, tout événement fort a des significations multiples, je me suis dit encore que l’inconscient d’Amazon ne faisait qu’anticiper une production future pléthorique à la Mc Cartney de votre part. Ah non ! Mac Cartney, encore une influence de plus ! Décidement, on n’en sortira jamais…

    Et si vous voulez savoir ce que je pense de cet album sans faire référence aux références, je veux bien faire cet effort, si cela vous intéresse, sinon je vais aller me coucher avec ma crise existentielle.

  4. Cher ami,
    je serais absolument ravie d’avoir votre avis éclairé sur ce premier disque. Le deuxième prenant d’autres chemins, j’adorerais savoir ce que vous lisez entre les lignes de ce premier opus.
    Pam.