in Records, Web

Myspace & Antibiotics

Trois jours au lit, avec 40°C de fièvre. Une expérience physique que je n’avais pas faite depuis longtemps.
Bonne excuse que ce virus, qui était certainement un vilain dérivé de la grippe A, pour consommer des antibiotiques puissants. Je les déteste. Mon estomac n’existe plus vraiment depuis le début du traitement, et lorsque je respire à plein poumons, il y a comme un odeur piquante et amère dans mon nez. Ce sont ces satanés antibiotiques.

La maladie a cela de bon que l’on distille le plus clair de son temps au lit. Je m’en serais bien passée, mais ces longues heures de désoeuvrement m’ont permis de geeker (assez faiblement) et d’étudier entre deux dolipranes l’état de myspace en novembre 2009 : une courte étude fiévreuse.

Voyant le compteur de mon player myspace flirter difficilement avec les 20 lectures par jour, je me rappelais avec nostalgie le bon vieux temps où je tournais à plus de 200 ou 300 lectures par jour sans actualité resplendissante, mais juste grâce à la force du réseau.
Je me souviens de 2006 et 2007 où tout le monde s’échangeait une adresse myspace, en toute circonstance; c’était comme une carte de visite. Groupes, débutants, vidéastes, étudiants, labels, assos, managers, filles, garçons…l’adresse myspace était à la fois “the place to be” pour un certain milieu professionnel et un haut lieu de drague plus classe que meetic. Myspace était totalement incontournable.

Aujourd’hui, cela à bien changé. La plateforme est totalement désertée. Certains réseaux d’amis dans la vraie vie qui se sont organisés sur myspace semblent résister et persistent à utiliser la plateforme pour communiquer (dans l’esprit des groupes yahoo), certains réseaux musicaux ne jurent encore que par cette plateforme, mais c’est anecdotique et à circuit fermé. L’entreprise essaie de renouveler son image, tant bien que mal, mais myspace n’est plus sexy, plus vraiment ouvert sur le monde et décline lentement.

Mais où tous ces gens sont-ils passés maintenant qu’ils ne sont plus sur mypace? Sur Facebook ou sur Twitter?

Sur facebook ce ne sont pas les mêmes, l’engouement est différent, un poil blasé.
Fraîchement inscrit, et après avoir mis à jour son statut frénétiquement toutes les minutes pendant une semaine, poké l’intégralité de ses copains, et huggé la terre entière, les utilisateurs sont passés à autre chose. Les plus timides et les plus largués essaient toujours de retrouver un ami d’enfance, les autres font de leur profil facebook un tabloïd vivant, scannent de vieilles photos de leur meilleur copain ivre mort, le tagguent, et ainsi règlent leurs comptes. Bien sûr, il y a aussi ceux qui utilisent le site à des fins pseudo-professionnelles, afin de communiquer des informations à leur réseau, comme une vaste mailing list.

Sur twitter ce ne sont pas les mêmes non plus. Twitter reste un système pour geeks, avec un langage, des codes particuliers. J’aime beaucoup twitter entre autre pour ces raisons, parce que je trouve que ce n’est pas complètement transparent. Plein de gens ne comprennent pas à quoi ça sert. Twitter offre une liberté de communication totale et infinie, demeure un médium assez obscur, je trouve que c’est assez étourdissant.

Mais alors, tous les myspaciens ont-ils vendu leur ordinateur? Se sont-ils exilés dans un pays qui nous est encore inconnu? Sont-il revenus, nostalgiques, à skyblog, afin de parfaire leur sens de l’orthographe sms?
Peut-être ont-ils tout simplement grandi, coupé leur mèche emo, et sans doute n’habitent-ils plus chez leurs parents. Peut-être même travaillent-ils désormais dans une entreprise et portent-ils des costards.
Hélas, il n’y a eu personne pour prendre la relève, et des milliers de profils myspace sont à l’abandon.

J’hésitais donc, en avalant une gorgée de sirop pour la toux, à griller mon compte myspace. Choix difficile.
C’est malgré tout devenu une vitrine pour les artistes; quoique poussiéreuse, elle est encore une sorte de réflexe. Au lieu de donner un cd, d’envoyer un mail, je donne encore l’adresse myspace aux intéressés. On peut écouter 4 titres, vite et bien, et finalement découvrir, quoique brièvement, mon univers. De quoi se faire une idée en somme. Même incomplète.

Alors même si il n’y a plus personne qui fréquente myspace, c’est la page artiste de site communautaire la plus réussie de l’histoire du web. Sur une seule page il y a tout : Image, Vidéo, Son, Blog, Calendrier.
De quoi voir, en un coup d’oeil à peine, où en est l’artiste en question.
Personne n’a fait mieux depuis.

http://www.myspace.com/pamelahute

Pam.

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12 Comments

  1. c’est de la merde
    mais pour les bands, effectivement, personne n’a fait mieux depuis
    enfin sauf pamelahute.com

  2. Joli texte comme quoi les microbes nous obligent à utiliser notre tête 😉 Ceci dit personne a fait mieux que myspace j’ai eu plus de retombées pour mes créations que sur face de bouc par ex. Et puis…sans myspace j’aurais pas découvert un pan de ton univers qui m’a donné envie d’en découvrir plus. A quand un retour aux Docks d’ailleurs ?
    Take care et bonnes vibes 🙂

  3. Je suis tout à fait d’accord avec Emma ↑
    Myspace c’est le tremplin créatif bas de gamme.
    Facebook c’est la carte de visite classe.

    Vive le communisme et la dictature du template unique !

    John

  4. Hmmm Mr Steed j’ai dit l’inverse 😉 Mais il faut avouer qu’à l’heure actuelle sans interface comme “showroom carte de visite 3D” ça devient quasi impossible d’être pris au sérieux. J’ai aussi hésité à griller tout mes comptes.

  5. Bah je sais pas mais pour moi, Myspace est quelque chose d’assez inaccessible en fait ! Si on ne sait pas bidouiller les CSS et le HTML, on est contraint de rester sur une page cheap, brouillonne et moche comme tout. Ça me rebute énormément (Facebook aussi, cela dit, mais pas pour les mêmes raisons).
    Par contre Twitter, j’adore. 🙂
    Pour revenir à Myspace, virb.com est le seul qui a réussi, il me semble, à concilier le “couteau suisse” Myspace (blog, lecteur de musique, etc.) avec une interface réussie et plus facilement paramétrable que son prédécesseur. Mais le problème avec Virb, c’est la fréquentation (tu le sais bien, Pam). Reste que je crois que l’idée pourrait avoir son heure de gloire.

  6. Le génie de myspace était son côté populaire. Avec peu de connaissances, geeks et non geeks faisaient leur page, customisée ou pas avec les pieds, mais c’était une manière de se rendre visible et d’intégrer le réseau. Un enfant de 6 ans pouvait le faire.
    Aujourd’hui ce n’est plus populaire, et il faut en effet avoir une jolie page très clean pour se différencier de la masse. Et je confirme, l’architecture est ultra ratée, c’est vraiment compliqué de coder convenablement une page myspace.
    Quant au côté couteau suisse, c’était sa force, mais c’est devenu une faiblesse, puisque les gens préfèrent finalement scinder leurs activités sur le net (blog, musique, communauté), plutôt que de tout centraliser sur une seule plateforme.
    Je pense que ce sont les sites communautaires en général qui sont amenés à disparaître, facebook aussi, certainement.
    Twitter a quant à lui une souplesse qui peut s’avérer salvatrice.
    Pam.

  7. Les réseaux sociaux, finalement ça marcherait pas un peu comme les bars ? Y’a celui qu’est à la mode, celui qui n’y est plus, celui qu’est décoré n’importe comment, celui qu’est propre… Et ce qui fait que ça fonctionne, c’est surtout les gens qu’on y retrouve et les rencontres qu’on peut y faire.

  8. J aime bien la parabole du bar branché
    mais ça manque de Guiness !!!!

  9. Je suis assez d’accord avec l’analyse de Pam sur les réseaux sociaux. Il semblerait, quelque part, que ce qui est très vite en vogue sur Internet est également souvent voué par effet inverse à un déclin dont la rapidité équivaudrait à celle de son ascension.

    En fait, le problème du réseau social, ne serait-ce pas le fait qu’il soit là pour rassembler tout le monde ? Tâche impossible, non ? Donc pas de remède-miracle non plus.

    Au fait, d’où vient la photo de l’article ?

  10. Danvorbis, la photo est extraite du film 2001, A Space Odyssey de Stanley Kubrick.

    Pour le reste, oui, c’est comme un café qui n’est plus à la mode. Mais que fait-on de tous ces outils? On va les emprunter ailleurs?
    Quelle plateforme populaire propose aux artistes autant de possibilités?
    Finalement personne ne concurrence vraiment myspace, mais cela ne l’empêche pas de s’autodétruire tranquillement.

    Le web est un drôle de miroir de la société moderne.

    Pam.