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La voix de la raison

Depuis quelques mois je me suis rapprochée de la GAM, l’association qui porte la voix des artistes de la musique en France. Fondée il y a 4 ans (5 en février prochain), à l’initiative de Kent, Issam Krimi, Axel Bauer et Suzanne Combo, l’organisation est force de propositions afin de faire valoir les interêts des artistes (auteurs, compositeurs et interprètes), confirmés ou en développement, auprès des institutions. Il y a encore 6 mois, je ne savais pas que la Gam existait, et pourtant, maintenant que je la fréquente, elle est d’une évidence déconcertante. Hélas, trop peu d’artistes la connaissent.

Pourquoi les artistes français peinent-ils ainsi à se regrouper ? En Angleterre, la Fac (Featured Artists Coalition) existe depuis 2009 et bénéficie d’une visibilité enviable grâce à certains membres de son bureau tels que Annie Lennox, Imogen Heap ou Fran Healy (Travis). Pourquoi sommes nous si réticents à partager nos inquiétudes et mettre en commun notre expertise?

Mercredi dernier, j’ai assisté à la keynote d’Imogen Heap au MaMA. J’aime bien cette artiste, son petit côté nerd m’a toujours plu. Elle a été la première à expérimenter la sortie d’un de ses singles en utilisant la technologie blockchain (Ethereum) via Ugo Music en 2015. Même si je n’y comprenais absolument rien à l’époque, cela m’avait paru diablement cool.
Au delà de l’originalité de la démarche, l’idée était aussi de montrer comment cette technologie permet de rendre la chaîne de valeur transparente entre le fan et l’artiste. En se passant d’une multitude d’intermédiaires qui rendent la distribution de la rémunération opaque, le fan sait exactement où va son argent, et l’artiste sait qui reçoit quoi, selon les termes et pourcentages des contrats définis au préalable. L’expérience a eu un succès relatif, car ce sytème demeure encore très mystérieux pour l’utilisateur lambda. Même si’ il est de plus en plus médiatisé, et que d’autres artistes s’y frottent (RAC), il s’apparente encore à un autre monde.

Pourtant, ce qui m’a enthousiasmée lors de cette conférence, c’est l’engagement vigoureux de l’artiste anglaise, totalement en accord avec son temps, et pour le bien de tous. Car cette bataille pour une chaîne de valeur transparente bénéficierait évidemment à l’ensemble des acteurs de notre écosystème et permettrait d’assainir définitivement une industrie en décrépitude, et dramatiquement inégalitaire. Nous, artistes, avons besoin de labels, de distributeurs, et d’une multitude de partenaires pour nous développer et nous faire connaître. Hélas, la valeur que nous créons est dissoute dans un système opaque dont nous ne tirons aucun bénéfice.

Défendre ses droits, et prendre position contre un système injuste n’est pas synonyme d’isolement. J’ai moi-même monté mon label avec un ami artiste, et je travaille avec des artistes en arborant la casquette de productrice. Je n’ai absolument rien contre les labels et les producteurs, certains artistes peuvent s’en affranchir, d’autres non, selon les parcours, le moment, et les personnalités. Reconstruire la confiance entre le producteur et l’artiste fait partie des enjeux centraux. Cette relation est hélas aujourd’hui très abîmée : personne ne regarde plus loin que le bout de son nez, et les comportements des uns méprisent les problématiques des autres, sans jamais s’intéresser à l’interêt général.

Je ne sais pas si l’immobilisme des gros artistes français est lié à une inquiétude – celle peut-être de froisser les producteurs – ou si elle s’explique par un simple désintérêt. Je le trouve regrettable, car ces derniers pourraient porter de façon très convaincante la parole de tous les autres, forts de leur crédibilité dans l’industrie et de leur visibilité médiatique. De plus, cela serait un élégant travail de transmission auprès des plus jeunes générations.
Mais à vrai dire, je comprends encore moins l’inertie des plus petits et des plus jeunes. Eux qui incarnent si parfaitement le statut d’Artiste-entrepreneur et qui maîtrisent l’ensemble des aspects de leur métier. Ne devraient-ils pas s’insurger de la façon dont l’industrie dysfonctionne?

Combien de mes amis artistes ne regardent plus leur relevé de royalties sur le streaming, estimant la bataille perdue d’avance ? Je comprends ce sentiment, mais je refuse de m’y abandonner. Peut-être est-ce seulement après quelques étapes clés et un lot de désillusions que l’engagement apparaît soudain si vital, si urgent.
Je crois pourtant que l’action ne doit pas découler de la seule colère.
Puisse ce combat trouver ses racines dans un idéal solide et plein de bon sens, mené par tous les artistes et créateurs : petits, grands, jeunes, confirmés, vous et moi.

À bon entendeur.

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