Sous influence

Lire des douzaines de critiques de l’album, parcourir les blogs d’inconnus parce que Google m’a envoyé une alerte, recevoir des mails d’encouragement, et petit à petit arriver à esquisser ce que les gens trouvent dans ma musique, ce qu’ils y entendent, et pourquoi ils aiment ou n’aiment pas.

Ce qui est véritablement amusant, c’est de constater comment il faut toujours rattacher un artiste à ses influences, à sa famille musicale, le comparer.
Evidemment naturel mais souvent troublant.
Je suis très souvent associée à des artistes ou groupes qui me font me hérisser les poils de dégoût. Garbage ou No Doubt. Si il y a deux groupes des 90s aux travers desquels je suis passée (en prenant mes jambes à mon cou), c’est bien ceux-là.
L’electro-pop mieleuse de Garbage, et le ska-punk-variété-baggy de No Doubt… où diable peut-on les entendre dans Turtle Tales from Overseas?
Les filles sans doute. Il y a des filles qui chantent. Et finalement il n’y a pas tant de rockeuses dans le paysage, même si on remonte loin dans le temps.
Il y a aussi PJ Harvey qui apparaît parfois. Impossible de râler cette fois, car Polly est une grande artiste qui a en son temps remis les pendules à l’heure. Mais sa rage et son rock brut de décoffrage n’a rien à voir avec moi, évidemment.
Peut-être une intention commune, vaguement, à l’origine ?

Il y a les plus pointus, qui parlent de Kim Deal (Breeders) ou Justine Frischmann (Elastica), voire Louise Wener (Sleeper). Dans le mille. Pas tellement parce que j’en ai fait une indigestion quand j’étais adolescente, j’ai deux Breeders à la maison et un Elastica dans ma discothèque. Mais ces groupes avec fille cristallisent une époque qui m’a beaucoup marquée, c’est certain. Des filles decomplexées qui montent des groupes comme les types et qui écrivent des chansons pop presque aussi bien, avec une énergie intacte, soutenue par des guitares qui hurlent de façon somme toute assez crédible. Pas mal.
Je ne me suis jamais vraiment posée ces questions quand j’avais 15 ans. Je n’aimais pas trop les filles. Car comme tout adolescent qui se respecte j’avais un mépris infini pour la pudeur, et chez les filles à guitare il y avait plus de pudeur que chez les garçons. Aujourd’hui je m’en fiche pas mal, et dans ce monde où l’on sait tout sur son voisin à coup de statuts facebook, j’aurais tendance au contraire à ériger la pudeur comme valeur absolue.

Il y a aussi ceux qui parlent des garçons. Brian Molko très souvent. Je l’aime bien, il assure. Son mal être originel s’est transformé en une science de mélodiste indiscutable. Après il y a l’univers esthétique, la prod, le registre. Très peu pour moi. Mais il y a un style, une personalité. Et c’est en partie ce qui m’intéresse dans la musique; l’expression de la subjectivité.

Le point clé sont les années 90s. Les powerchords. La voix de fille. Parfois on lorgne un peu du côté des 80s, avec Igor et ses synthés tous droits sortis d’un imaginaire new wave sombre à mèche. Ernest a beau travailler assidûment sur sa banane, personne n’a encore evoqué le rockabilly.
Ainsi, à un univers que l’on essaie de construire se substitue les restes d’une époque qui vient titiller les sensibilités des uns et des autres, un son qui en rappelle un autre par un système étrange de correspondances, et toujours, le pouvoir de la mémoire.
Serait-ce sa propre adolescence musicale que l’on viendrait chercher à l’infini en écoutant de nouveaux disques ? Un peu sans doute.

Lors de notre concert à la Boule Noire en mai dernier, un grand type chauve, qui avaient tout au long du concert illuminé le lieu de son sourire extatique, était allé voir Ernest à la fin du set pour lui dire : “C’était formidable, cela me rappelle Garbage, j’adorais tellement ce groupe, je suis tellement content d’avoir retrouvé les mêmes sensations”.

A méditer. Avec un petit sourire en coin.

Magical

Un peu plus d’une semaine déjà que l’album est dans les bacs, en vrai.

Je ne parviens pas vraiment à m’empêcher d’aller errer tous les 2-3 jours à la Fnac, discrètement et rapidement, juste histoire de voir si le disque est bien mis en avant, si les gens s’arrêtent, le regardent, l’écoutent, et l’achètent. Mais je ne tiens pas bien longtemps, je me sens vite complètement ridicule. Juste un coup d’oeil, le temps de voir que le vinyle est arrivé à la Fnac, et qu’il dépasse des bacs à St Lazare. Et vite aller se cacher dans le rayon musiques du monde.
Après cette activité hautement sportive, je me détends en achetant les disques des autres, à défaut de voir des inconnus acheter le mien : 1983 de Sophie Hunger, le DVD de Blur à Hyde Park et des White Stripes au Canada, Le dernier Hey Hey My My. Tous superbes.

Tous ces artistes dont je croise la promo, qui ont fait les mêmes émissions, qui ont rencontré les mêmes journalistes à un ou deux jour près, c’est marrant.
Bobby Bazini, par exemple, on s’est suivi partout, Taratata, Deezer, iTunes, MusicMe. C’est un peu devenu un copain du coup. Je m’imagine le croiser lors d’un festival dans quelques mois, et lui dire “Hey Bobby, tu te souviens quand on était tous les deux en home de Deezer”.
N’importe quoi.

Il y a aussi eu la messe de Taratata : sagement assise devant une télé, à siroter un bon Bordeaux tout en regardant, impatiente, la prestation de Charlie Winston & Luke.
Un joli Taratata; un peu froid à cause de mon goût affirmé pour l’Hitchcockisme, mais joli malgré tout. Les sms, les parents, et l’enregistreur qui a déconné. Le générique de fin aussi. Et puis le re-regarder sur le net quelques heures plus tard, toute seule. Et se dire que ça fait tout bizarre d’avoir sa page artiste sur le site de Taratata : un rêve de gosse.
(Pour revoir le Taratata, rendez-vous ici : http://www.mytaratata.com/Pages/ARTISTES_Fiche.aspx?ArtistId=1629)

Il y a aussi eu la Boule Noire, Sold out.
Un Sold Out de débutant, mais un sold out quand même. Un joli concert, l’impression qu’il y avait un public naissant juste pour nous, des gens qui avaient écouté le disque, et qui venaient se le prendre très fort dans les oreilles en live. Un sentiment très nouveau.

Et le lendemain, le pompon, auquel personne ne s’attendait. La une de métro; enfin presque, juste derrière Sarko. Re-déferlante de sms et autres messages : “je prenais mon café ce matin en allant au boulot, et j’ai vu ta tête dans Metro blabla !”
Il y a toutes les vagues connaissances qui grâce au pouvoir de la télévision, et l’efficacité des réseaux sociaux m’envoient des messages pour me rappeler leurs souvenirs d’enfance ou d’adolescence, combien à l’époque déjà j’avais la musique dans le sang et qu’ils étaient persuadés que j’allais réussir.

Bof.

C’est amusant; ce passage de la sphère privée à la sphère publique, en une semaine, juste parce que le disque est sorti. Alors qu’en réalité, rien n’a changé.

Cette aventure est grisante, et je savais bien qu’elle le serait. Même si ce n’est que le tout début, il y a malgré tout un cap passé, une marche franchie, quelque chose. Peut-être est-ce tout simplement le fait de sortir son premier album, et par la magie des médias, de se retrouver dans la cour des grands.

Les mots clefs : la magie des médias.

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Il neige sur cette nouvelle année

Lhasa de Sela s’est éteinte à 37 ans, à Montréal, sous la neige, alors que l’année 2010 commençait à peine.

C’était une artiste Tôt ou Tard, et elle ornait élégamment, avec tout son talent et sa beauté, le catalogue select du label. Je l’ai découverte en 1997 quand est sorti la Llorona, album superbe, que j’ai beaucoup écouté. Je scrutais les moindres inflexions de sa voix habitée, et j’aimais l’expression si forte de sa personnalité. L’originalité des titres, du son, et l’univers unique de cette Llorona avaient les allures d’un grand classique.

J’écoute peu de femmes qui chantent, mais sa voix dense m’avait étrangement marquée.
Sa disparition, si foudroyante, me fait un drôle d’effet.

Pourtant 2010 ne s’annonçait pas si mal.
Juste avant de partir m’isoler dans le sud de la France pour écrire de nouvelles chansons, jouer de la batterie très fort, boire du Pessac-Léognan et rêver à mon futur, j’étais passée chez Tôt ou Tard / Guess What qui avait reçu deux uniques exemplaires de l’album définitif. Noël avant l’heure. Ce petit objet imbécile que j’ai tant rêvé. Ce premier album, sa pochette, son livret, ses photos, son code barre (!).
Tous les détails les plus insignifiants sont la cause d’une infinie fierté. Cet album qui a déjà eu plusieurs minuscules vies, une histoire, et qui a failli se perdre sur d’autres chemins.

Mon premier album.

C’est celui-là même, qui sort le 22 février 2010 en Suisse, dans les bacs. Avant tout le monde.

Tandis que les albums ont la vie dure, que le format est méprisé, questionné, balloté, alors que certains ne veulent plus même en entendre parler, quel moment plus symbolique et fondateur pour un artiste que la sortie de son premier album?
Avec évidemment toute l’appréhension que cela suppose, les inconnues, cette angoisse excitante mêlée à l’impatience.

Envie que tout le monde sache, écoute, aime.
Envie de vous faire découvrir ces chansons, toutes ces chansons, mes chansons.

Alors que le monde pleure une artiste immense disparue, alors que même facebook et twitter semblent silencieux et moroses, alors qu’il neige dans mon coeur comme il neige sur le web 2.0, j’ai malgré tout violemment envie que 2010 m’appartienne.
Comme si j’avais 20 ans.

Pam.

Polly Jean HARVEY in 4-Tracks

Frénésie de vinyles ? oui, toujours, surtout depuis que j’ai découvert le bonheur des rééditions et la qualité de certaines d’entre elles.

J’ai donc acheté sur ebay (mon site préféré) les 4-tracks démos de Pj Harvey en édition vinyle. Cet opus mythique devait traîner sur mon disque dur depuis des lustres, mais je n’y avais jamais vraiment prêté l’attention qu’il fallait.
Car c’est aussi ça le plaisir d’écouter des vinyles; la concentration est différente, le rituel, les deux faces, la pochette. L’expérience de l’écoute d’un album est grandement améliorée.

Sorti en 1993, cet album est un recueil des démos de PJ Harvey, enregistrées entre 1991 et 1992, chez elle. Certains titres figurent sur l’album Rid of Me, mais la plupart sont inédits. Steve Albini qui a réalisé Rid of Me était totalement fasciné par ces démos, et a poussé PJ Harvey à les sortir sous forme d’album. Une façon, dès le début de sa carrière, de montrer l’étendue de son champ d’expérience qui, à l’époque déjà, poussait le rock dans d’audacieux retranchements.

Plus dépouillé ? Impossible.
Une guitare électrique, souvent fausse, et une ou deux voix. Parfois un peu de caisse claire ou de cymbale. Mais ce n’est certainement pas le propos de ce disque que d’être un mur de son. Ce sont simplement des démos, qui exposent l’instant d’écriture, avec une certaine brutalité et sans aucune fioritures.
A tel point qu’en 2009, ce disque apparaît comme un ovni. Il est totalement hors format : pas d’intro racoleuse, de refrain qui fait exploser les enceintes, ni de pont dancefloor. Juste une jeune femme brune, pas si belle, qui hurle toute seule chez elle en martyrisant sa guitare pendant 47 minutes.
Difficile d’imaginer plus rock and roll.

Pj Harvey est folle, sans aucun doute; il suffit d’avoir assisté une fois seulement à l’une de ses prestations scéniques pour en être totalement convaincu. Ses concerts sont très vite devenus, à force de succès et de moyens, des sortes de happenings contemporains rock and roll. Dans ces démos 4 pistes, il y a déjà tout ça, la folie douce et le délire pur, l’énergie naïve et féline de l’artiste. Polly Jean Harvey crache ses chansons dans un cri primal, et créé ainsi une sorte de transe hypnotique instantanée gonflée d’un désir violemment rebelle. Elle impose sa personnalité, avec presque rien.

J’ai moi aussi quelques heures de chansons dans mes tiroirs, lancées, hurlées, sans autre raison que l’envie de le faire. Moi toute seule dans ma chambre, une K7 qui tourne, l’ampli très fort, une guitare pas réglée, et 2 micros.
Le 4 pistes exsangue.
Parfois je regrette d’avoir envie d’écrire des mélodies et des chansons, et que cela soit une telle obsession. Je me souviens de mes toutes premières démos, que j’avais fièrement apporté à mon professeur de guitare. J’avais passé un week-end entier à écrire des chansons, il y en avait six. J’avais simplement une guitare classique très mal accordée avec mes oreilles débutantes et la tonalité du téléphone, et un micro dynamique de reporter. Je détesterais réécouter ça aujourd’hui, c’est certain. Mais je me souviens très précisément de mon état d’esprit. Je n’avais aucun obstacle : l’intention et l’énergie étaient si fortes.

PJ Harvey avait cette même force en 1991, mais avec déjà une maturité d’écriture stupéfiante.
C’est très instructif d’écouter une oeuvre pareille à l’aube de l’année 2010.
Ça remet les pendules à l’heure.

Pam.

LE BATACLAN, JEUDI 3 DECEMBRE, 7:30 PM

Hier soir, à 19h29 précises, nous étions tous les trois, Igor, Ernest et moi-même, agglutinés à droite de la scène du Bataclan, la peur au ventre.
Une minute plus tard, nous foulions les planches de cette salle incroyable pour délivrer un set de 30 minutes à un public inconnu.

Nous étions en première partie des Shaka Ponk, qui envoient un show énorme en béton armé.
Et nous trois avec notre matos vintage déglingué qui risque de nous planter à tout moment. Et nos allures de freaks. Pauvre public… Avant le concert, dans la queue, des jeunes discutaient : ” Euh y’a une nana qui joue avant eux, ça s’appelle Pamela Hute, je pense qu’elle a des gros seins”…
Personne ne savait à quoi s’attendre, peu de gens nous connaissait.
En fait, c’était sans doute un luxe de balancer les chansons comme ça, sans a priori, sans complexe.

C’est étrange comme la scène est un espace déconnecté du monde. C’est difficile pour moi d’y ressentir les mêmes choses que dans la vraie vie. Il y a quelque chose dans l’air qui est unique, un murmure si particulier qui accompagne ces grandes salles lorsqu’elles sont pleines. Ce petit grondement retenu, qui appelle, et qui ne demande qu’à exploser à la fin des morceaux, pour manifester son enthousiasme.

Hier il y avait cet enthousiasme là, celui que l’on cherche partout quand on monte sur scène. Et pourtant l’immense majorité des gens n’étaient pas venus pour nous.

C’était grisant, et je ne troquerai cette étrange ivresse pour rien au monde.

Pam.

First Award

C’était lundi soir, à l’Alhambra à Paris.

Cette année, pour la première fois, a lieu un salon entièrement dédié aux indépendants (à débattre), tous acteurs confondus. Le salon s’appelle TIME, et se déroule à l’espace Kiron, ce week end.
Pour inaugurer cette première et cette jolie initiative, les responsables du salon ont organisé une remise de prix, après avoir nominé un certain nombre d’artistes, dans un certain nombre de catégories. On ne sait pas bien qui était le jury, qui a décidé de quoi, et comment, ni pourquoi, mais j’ai reçu un mail il y a quelques semaines pour m’annoncer que Pamela Hute était nominée dans la catégorie Découverte 2009 aux côtés de The Rodeo, Zak Laughed, Paco Volume & Ladylike Dragons.

Alors je me suis mêlée à la foule, pour voir.
C’était bien, rapide, efficace, ponctué de chouettes lives (Jil is Lucky, Paco Volume), bien mené et inattendu surtout. Parce que nous avons gagné !
C’est mon premier prix.
Il a fallu monter sur scène, attraper un micro sans fil (je déteste les micros sans fil), et parler vaguement devant une assemblée assez blasée, remercier tout le monde. Mais qui? C’était marrant. Et c’est ce charmant Kemar de No One Is Innocent qui nous a remis le prix. Idéal.
J’ai désormais une sorte de micro trophée en verre et en forme de mediator, qui orne une étagère du studio où nous répétons.
Ça ne sert à rien, mais c’est chouette quand même, non?

Pour voir tous les prix décernés : http://www.lesvraisindependants.net/resultats-des-time-awards-2009/

Pam.



Photo Pierre-jean G.
www.pierre-jean.net

Compilations

Dans la lignée de l‘interview-fleuve-canapé de Bidibule voici une nouvelle série de questions-réponses pour le site owni.fr.

Les questions du web se répètent. Que penses-tu d’Hadopi, des labels participatifs, du streaming etc.
A quelques jours de la diffusion de l’enquête d’Envoyé Spécial à laquelle j’ai participé, le débat ne s’apaise pas. En 2009, où en sommes nous? Le piratage, la production, le live, les artistes, les internautes… Tout se mélange, et il ne reste que l’image floue d’un vaste marasme dont personne ne sait comment se sortir.

Bizarrement, je n’arrive pas à m’inquiéter. Peut-être parce que je fais partie des artistes qui sont sur le bon chemin, qui ont eu la chance de rencontrer les bonnes personnes. Mais si le marché s’effondre, qu’y puis-je ? Quel est mon rôle en tant qu’artiste ? Je constate bêtement et comme tout le monde la fin d’une ère. Et nostalgique, d’une époque que je n’ai même pas connue, j’erre chez les disquaires qui résistent et bave frénétiquement devant un vinyle original de Bowie, à 100 euros.

Le mois passé j’ai fait un gros tri dans mes cds, j’en ai balancé une bonne centaine. Des groupes moches que j’écoutais ado, et dont j’avais acheté les albums avec la carte fnac de mon père. J’ai tout jeté. Je regardais ce grand sac plein de boitiers sans aucun regret, avec soulagement presque.
Le cd n’est pas un objet, c’est un ratage. Il est trop multiple, il n’a aucune particularité. On en trouve dans les boîtes de Kellogg’s, ou par paquets de 500 à Montgallet. On peut en graver chez soi. Il est évidemment amené à disparaître, il n’a aucune valeur.

En rangeant et en contemplant ces morceaux de plastiques inertes, je me suis souvenue de la révolution Napster. A l’époque, et déjà nerd avant l’heure, je dépensais l’intégralité de mon argent de poche en photocopies couleurs. Des copains me prêtaient des cds, que je gravais (en 4x !) et je photocopiais la pochette pour que ma copie ressemble vaguement à quelque chose de proche de l’original. Cela me prenait un temps fou mais le résultat était excellent.
Et puis arriva Napster. L’intégralité de la musique, comme ça, en cliquant. J’ai abandonné la photocopie, évidemment.
J’avais beau mettre 5 heures à télécharger un mp3 avec mon modem 28.8 et bien je ne me décourageais pas. La compression était absolument dramatique, on n’entendait quasiment rien. Un poil mieux que du streaming, mais en fait, à peine. Les codecs étaient très mauvais au début du mp3. Mais peu m’importait, je gravais tout cela sur cd et je me faisais des compilations d’enfer avec un son immonde. C’était un chouette sentiment de liberté: le monde et la musique étaient à moi, derrière mon écran d’ordinateur.

Mon goût pour la musique a fait que je n’ai pas pour autant arrêté d’acheter des albums, et à vrai dire je ne suis pas du tout représentative du commun des mortels. Je suis du genre à télécharger un album illégalement, l’écouter, puis si j’aime je l’achète sur iTunes et souvent aussi en cd ou alors en collector vinyle. Si je n’aime pas, j’efface de mon disque dur parce que je n’ai pas la collectionnite des fichiers informatiques, du tout. Je me sers des mp3 comme borne d’écoute à domicile.

Je me suis souvenue aussi que dans les années 2000 tout le monde ne parlait que de numériser sa discothèque. Adieu les cds, tout dans un disque dur, sur un ordi, branché dans l’ampli. C’est un vrai boulot que de numériser ses cds, c’est fastidieux. Souvent c’était juste pour gagner de la place et passer pour un mélomane technologiquement très au fait.
Que sont devenus tous ces disques durs pleins de musique? Quelle tristesse. Parce qu’évidemment ces mêmes gens sont désormais branchés sur Deezer et ont remplacé l’ampli et la chaîne hi-fi par un système Bose pour iPod, plus design, et moins encombrant.

C’est une culture qui disparaît. La culture du son. La disparition du support fait disparaître le son, l’expérimentation et la diversité. La musique est partout, mais elle n’a plus de réalité physique autre que dans les salles de concerts.

C’est une drôle d’époque, riche en aberrations.

Pam.

Tahiti Boy & The Palmtree Family

Je suis toujours décalée dans mes découvertes, vous savez bien.
Je découvre les disques avec des mois de retard, parce que je ne fais pas confiance à la presse. Si elle en parle trop, je n’écoute pas. Et ainsi mon chemin croise parfois des artistes que j’avais sciemment ignoré.

C’est ainsi que j’ai découvert Tahiti Boy & The Palmtree Family.
Les inrocks et Magic en avaient fait leurs choux gras en mai 2008 lorsque l’album Good Children Go to Heaven était sorti en France. J’étais globalement assez méfiante à l’époque parce que le Tahiti Boy en question se montrait en public avec les mêmes lunettes que moi. Et je continue de trouver que tout le monde s’est approprié les lunettes vintage, certes avec beaucoup d’aisance, mais aussi avec pas mal de mépris envers moi, qui suis, rappelons-le, à l’origine de la mode.

A force d’errance sur le web, je me suis trouvée il y a deux jours nez à nez avec ce clip, coloré et joliment fait. Et ce titre, Brooklyn, n’est-il pas un single pop imparable ?

Revigorée, je me suis empressée d’aller acheter l’album sur iTunes, en consommatrice modèle que je suis. J’aurais préféré acheter un vinyle, mais apparemment, rien de tel n’est jamais sorti.

Tahiti Boy & The Palmtree Family a livré ce premier album en France il y a plus d’un an, dans un contexte confidentiel mais enthousiaste. Good children go to Heaven est un authentique petit bijou de pop. Les compositions sont fraiches, enjouées, et délicieusement mélodiques, sans jamais être niaises ou ennuyeuses. La réalisation est absolument parfaite, élégante, riche comme le premier disque d’Arcade Fire. Pas de grandiloquence, juste un sens du détail aiguisé et des imperfections savoureuses dont on peut difficilement se passer.
Je n’ai pas un seul reproche à faire à cet opus. Il m’accompagne depuis deux jours sans faillir et sans céder à la moindre faute de goût.

Pour ceux qui étudient l’importance centrale de la flûte dans la pop music, voici un album récent qui vous permettra de vous documenter et de questionner à nouveaux vos certitudes.

Mais il faut rappeler que Tahiti Boy n’est pas tout à fait novice. Après avoir habité New York pendant des années et avoir travaillé pour quelques grands (Tv on the Radio), il continue de réaliser ou arranger pour d’autres.
La Palmtree Family est cependant un vrai groupe, composé de 7 musiciens au total, tous issus de formations très sexy dans le milieu rock français (feu Hopper, Syd Matters, Poney Poney).

Le génie mélodique du Boy mêlé à la crème des musiciens indie français laissait en effet présager une élégante réussite. Ce premier album à les troublantes allures d’un grand classique.

A voir : http://www.vimeo.com/1765895

http://www.myspace.com/tahitiboyfamily

http://www.thirdsiderecords.net

Pam.

Myspace & Antibiotics

Trois jours au lit, avec 40°C de fièvre. Une expérience physique que je n’avais pas faite depuis longtemps.
Bonne excuse que ce virus, qui était certainement un vilain dérivé de la grippe A, pour consommer des antibiotiques puissants. Je les déteste. Mon estomac n’existe plus vraiment depuis le début du traitement, et lorsque je respire à plein poumons, il y a comme un odeur piquante et amère dans mon nez. Ce sont ces satanés antibiotiques.

La maladie a cela de bon que l’on distille le plus clair de son temps au lit. Je m’en serais bien passée, mais ces longues heures de désoeuvrement m’ont permis de geeker (assez faiblement) et d’étudier entre deux dolipranes l’état de myspace en novembre 2009 : une courte étude fiévreuse.

Voyant le compteur de mon player myspace flirter difficilement avec les 20 lectures par jour, je me rappelais avec nostalgie le bon vieux temps où je tournais à plus de 200 ou 300 lectures par jour sans actualité resplendissante, mais juste grâce à la force du réseau.
Je me souviens de 2006 et 2007 où tout le monde s’échangeait une adresse myspace, en toute circonstance; c’était comme une carte de visite. Groupes, débutants, vidéastes, étudiants, labels, assos, managers, filles, garçons…l’adresse myspace était à la fois “the place to be” pour un certain milieu professionnel et un haut lieu de drague plus classe que meetic. Myspace était totalement incontournable.

Aujourd’hui, cela à bien changé. La plateforme est totalement désertée. Certains réseaux d’amis dans la vraie vie qui se sont organisés sur myspace semblent résister et persistent à utiliser la plateforme pour communiquer (dans l’esprit des groupes yahoo), certains réseaux musicaux ne jurent encore que par cette plateforme, mais c’est anecdotique et à circuit fermé. L’entreprise essaie de renouveler son image, tant bien que mal, mais myspace n’est plus sexy, plus vraiment ouvert sur le monde et décline lentement.

Mais où tous ces gens sont-ils passés maintenant qu’ils ne sont plus sur mypace? Sur Facebook ou sur Twitter?

Sur facebook ce ne sont pas les mêmes, l’engouement est différent, un poil blasé.
Fraîchement inscrit, et après avoir mis à jour son statut frénétiquement toutes les minutes pendant une semaine, poké l’intégralité de ses copains, et huggé la terre entière, les utilisateurs sont passés à autre chose. Les plus timides et les plus largués essaient toujours de retrouver un ami d’enfance, les autres font de leur profil facebook un tabloïd vivant, scannent de vieilles photos de leur meilleur copain ivre mort, le tagguent, et ainsi règlent leurs comptes. Bien sûr, il y a aussi ceux qui utilisent le site à des fins pseudo-professionnelles, afin de communiquer des informations à leur réseau, comme une vaste mailing list.

Sur twitter ce ne sont pas les mêmes non plus. Twitter reste un système pour geeks, avec un langage, des codes particuliers. J’aime beaucoup twitter entre autre pour ces raisons, parce que je trouve que ce n’est pas complètement transparent. Plein de gens ne comprennent pas à quoi ça sert. Twitter offre une liberté de communication totale et infinie, demeure un médium assez obscur, je trouve que c’est assez étourdissant.

Mais alors, tous les myspaciens ont-ils vendu leur ordinateur? Se sont-ils exilés dans un pays qui nous est encore inconnu? Sont-il revenus, nostalgiques, à skyblog, afin de parfaire leur sens de l’orthographe sms?
Peut-être ont-ils tout simplement grandi, coupé leur mèche emo, et sans doute n’habitent-ils plus chez leurs parents. Peut-être même travaillent-ils désormais dans une entreprise et portent-ils des costards.
Hélas, il n’y a eu personne pour prendre la relève, et des milliers de profils myspace sont à l’abandon.

J’hésitais donc, en avalant une gorgée de sirop pour la toux, à griller mon compte myspace. Choix difficile.
C’est malgré tout devenu une vitrine pour les artistes; quoique poussiéreuse, elle est encore une sorte de réflexe. Au lieu de donner un cd, d’envoyer un mail, je donne encore l’adresse myspace aux intéressés. On peut écouter 4 titres, vite et bien, et finalement découvrir, quoique brièvement, mon univers. De quoi se faire une idée en somme. Même incomplète.

Alors même si il n’y a plus personne qui fréquente myspace, c’est la page artiste de site communautaire la plus réussie de l’histoire du web. Sur une seule page il y a tout : Image, Vidéo, Son, Blog, Calendrier.
De quoi voir, en un coup d’oeil à peine, où en est l’artiste en question.
Personne n’a fait mieux depuis.

http://www.myspace.com/pamelahute

Pam.

Bobines et microphones

Il va bien falloir s’y habituer.
Les caméras.

Hier soir une équipe est venue nous filmer dans notre Hute-cave, là où nous répétons assidûment depuis 4 ans. On avait tout bien rangé pour l’occasion, j’avais sorti (une partie de) mes plus belles guitares et j’ai obligé le cameraman à faire quelques jolis gros plans. L’art avant toute chose.

La télévision semble souffrir elle aussi des conséquences du net. On la regarde moins, moins bien, et toutes les vulgaires tentatives des chaînes de populariser à l’extrême leurs mauvais programmes semblent assez vaines.
Malgré tout, ce media est inévitable, et il y a encore quelques rendez-vous que les gens ne manquent pas. Des émissions au concept fort qui ont fait leur réputation depuis des années. Et les téléspectateurs sont une cible unique, vaste, mélangée, variée. Incontournable en somme.

Avant, je trouvais que la radio était un medium extrêmement intimidant. C’est très difficile. Pourtant je connais ma voix, je n’ai pas peur d’un micro, toute la technologie radiophonique m’est familière. Mais il faut être rapide, vif, clair. Sans image, il ne peut pas y avoir de faux pas. L’auditeur imagine, il faut lui donner bien plus de matière qu’à la télévision, où l’image capte l’attention avant le contenu et le discours.
Depuis et après une bonne dizaine d’émissions ultra ratées, ennuyeuses, trop longues et sans fin, je me suis habituée. La réussite d’une émission de radio est évidemment en grande partie la responsabilité du journaliste qui a plus ou moins étudié sont sujet, qui rebondit vite, qui ne laisse pas l’invité dans le silence ou la réflexion trop longtemps, qui lui tire des vers du nez.

A la télévision, c’est presque pareil, surtout dans un programme où tout est centré sur le contenu, plutôt que sur la force des images. Finalement, c’est au journaliste que l’on s’adresse et non à la caméra. Et ça c’est très surmontable.
Mais je me demande vraiment comment on peut présenter le journal de 20h00.

C’était amusant de jouer et d’être filmé : le cadreur à 1 mm de mon nez, du micro, puis des touches du Moog d’Igor, l’objectif dans la cymbale de Lô. Mais c’est dur, où dois-je regarder exactement, que dois-je faire ? Et dans le feu de l’action, quelle angoisse.
Faut-il sur-jouer devant une caméra, être naturel? Autant de question auxquelles nous n’avons évidemment pas encore répondu.

Hier soir c’était notre première télévision de toute notre petite vie de rockstars en herbe.
Cela méritait bien un article sur ce blog.

La diffusion est prévue mi novembre sur France 2. J’éditerai en temps voulu cet article pour vous donner tous les détails.

edit :
LE 19 NOVEMBRE SUR FRANCE 2, ENVOYÉ SPÉCIAL À 20H30
http://envoye-special.france2.fr/index-fr.php?page=accueil

Pam.